AU FIL DES HOMELIES

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SOYEZ HEUREUX !

Nb 6, 22-27, Ga 4, 4-7, Lc 2, 16-21
Sainte Marie, Mère de Dieu – année B (1er janvier 1982)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


Circoncision

C'est extrêmement difficile et délicat, au début de cette nouvelle année, de pouvoir formuler des vœux qui ne soient pas des paroles mais des vœux qui soient vrais. Car à quoi bon se souhaiter la paix, la justice et tant d'autres choses quand on voit que la paix n'existe pas. "Ils disent : paix, paix, mais il n'y a pas de paix." Pourtant si nous voulons échanger quelques vœux qui soient valables, je vous propose d'essayer de les connaître et de les faire parvenir à la profondeur de notre cœur à travers la lecture de l'évangile que nous venons d'entendre et qui nous relate l'adoration des bergers et la prière intérieure de Marie. Dans cet évangile il y a plusieurs traits qui me paraissent caractéristiques des vœux que nous pouvons nous formuler aujourd'hui.

Le premier, c'est que lorsque les bergers arrivent à la crèche ils racontent ce qu'ils ont vu et entendu. Et le premier vœu que je fais à votre intention et à notre intention à tous, c'est que, nous aussi nous disions très simplement ce que nous avons vu et entendu, c'est-à-dire que nous essayions de vivre dans la vérité. Voilà le premier vœu : vivre dans la vérité. Or il est très difficile aujourd'hui de vivre dans la vérité, car le moins que l'on puisse dire c'est que nous vivons dans un monde de confusion, dans un monde de trouble où le langage est souvent un langage menteur, "parole d'un cœur double" comme dit encore le psaume. Nous vivons dans un monde où les situations sont extrêmement confuses. Nous sommes dans un monde dans lequel on fait tout pour, souvent, ne pas dire en face la vérité de ce qu'on voit ou de ce qu'on entend. Et je crois que nous, chrétiens, nous avons le devoir d'être des hommes qui disent ce que nous voyons et ce que nous entendons. Nous n'avons pas à adapter notre langage à la situation, car, tôt ou tard c'est la situation qui nous adaptera à elle. Nous avons à être les témoins de la vérité, de voir en face ce qui se passe, et de le dire. C'est cela qui compte d'abord.

Après, lorsque les bergers ont raconté ce qu'ils avaient vu et entendu, à ce moment-là, ils chantent, ils louent et ils bénissent Dieu. Ainsi de nous. Nous ne pourrons véritablement chanter, louer et bénir Dieu, ce que nous devons aussi nous souhaiter comme second vœu, car c'est là le cœur même de notre existence chrétienne, mais nous ne pourrons le faire que si nous avons véritablement voulu, du plus profond de notre cœur, vivre d'abord dans la vérité. Et simplement, à partir de ce moment-là, nous pourrons chanter Dieu et le célébrer, quelles que soient les circonstances. Car la louange de Dieu n'est pas facteur du contentement de notre cœur ou du bonheur que nous éprouvons, mais la louange de Dieu c'est une réalité que Dieu met Lui-même au fond de notre cœur et Il peut l'y mettre dans les pires situations, les pires épreuves personnelles, sociales ou mondiales. C'est cela que nous devons nous souhaiter : que jamais dans notre cœur, quoi qu'il arrive, nous ne cessions de bénir Dieu car Dieu est la source de tout bonheur qui puisse être donné.

Je ne sais pas si, personnellement, vous êtes heureux d'avoir les prêtres que vous avez. Mais, ce que je peux vous dire, au nom des frères c'est que nous, nous sommes heureux d'être vos prêtres. Nous essayons plus ou moins bien dans notre vie, mais nous essayons sans cesse de bénir Dieu parce qu'Il nous a confié d'être les ministres de cette assemblée qui se réunit et qui prie ici. C'est pourquoi nous essayons d'être vraiment heureux, non pas de ce bonheur facile qui est de se donner simplement l'illusion que tout va bien, il y a de temps en temps des difficultés dans notre vie, il y a de temps en temps des moments difficiles, mais nous sommes heureux parce que c'est Dieu qui nous a voulus là et qui nous a voulus comme ministres et serviteurs de cette communauté. Et nous souhaitons que vous aussi, vous soyez heureux de ce que Dieu vous a mis dans cette église qui est à Aix, que Dieu vous a mis au cœur de cette assemblée et que vous puissiez avec nous, de tout votre cœur, bénir Dieu et le louer pour tous les bienfaits qu'Il ne cesse de donner même au-delà des apparentes victoires du mal et du péché sur ce monde.

Enfin, la troisième chose, peut-être la plus importante, c'est que "Marie gardait toutes ces choses et les méditait dans son cœur". C'est cela le plus important. Le troisième vœu que je voudrais formuler c'est que nous ayons une foi faite de chair et de sang. Je m'explique. Le grand danger de notre foi aujourd'hui, c'est de devenir une sorte de foi spiritualiste comme on dit, c'est-à-dire une foi à grandes idées, à grands systèmes, une foi de théologien, une foi d'intellectuel. C'est un grand, grand danger aujourd'hui. Et si nous nous appuyons sur cette parole : "Marie gardait toutes ces choses et les méditait dans son cœur" nous faisons une grave erreur. Car Marie n'a pu garder ces choses et les méditer dans son cœur que, parce qu'elle avait d'abord reçu, dans sa chair, le Verbe de Dieu. C'est à partir du moment où le Verbe de Dieu veut se marquer dans notre existence la plus concrète qu'Il parvient petit à petit au plus profond de notre cœur. C'est parce que la présence de Dieu est d'abord marquée dans notre chair par un signe visible qui est celui du baptême, c'est parce que cette présence de Dieu est renouvelée sans cesse, de jour en jour, à travers un signe visible, ce pain qui est vraiment le corps du Christ et non je ne sais quelle abstraction, à travers ce vin qui est vraiment le sang du Christ ressuscité qu'Il peut entrer dans notre cœur, petit à petit, et non pas l'inverse.

Nous, aujourd'hui, à l'école de Marie, Il faut que nous apprenions à recevoir Jésus, indissociablement, dans notre corps, dans notre chair, dans notre existence concrète et dans notre cœur. Que ce soit tout notre être qui reçoive la foi, qui accueille la Parole de Dieu, qui accueille l'amour des frères, qui accueille la vie donnée par l'Esprit dans les sacrements. Si ce n'est pas tout nous-mêmes, dans un don total de nous-même à Dieu, comme l'a fait la vierge Marie, nous risquons, purement et simplement de dénaturer le sens profond de notre foi.

Frères et sœurs, voilà ce que nous devons nous souhaiter les uns aux autres. Vivre dans la vérité, nous apprendre les uns les autres à louer et à chanter les merveilles de Dieu, et enfin, laisser la Parole de Dieu, la vie des sacrements et l'amour des frères se graver véritablement dans notre chair. Pour le réaliser vraiment, nous avons quelqu'un que nous pouvons regarder sans cesse, c'est la vierge Marie. La vierge Marie est souvent vénérée dans les sanctuaires où elle prend le nom du lieu où elle est vénérée. A Cheztochova, à Lourdes, à Fatima, en des milliers d'endroits, le souvenir de sa présence s'est attaché au lieu. Ceci n'est pas pour dissoudre la personnalité de Marie dans je ne sais quelle universalité de n'importe quelle couleur qui finit par être celle de la grisaille ou de la muraille. Mais ceci est voulu, je pense, par la providence de Dieu, car la vierge Marie, c'est l'Église ; l'Église qui est à Cheztochova en Pologne, l'Église qui est au Portugal, en France, en Italie, etc... C'est précisément dans la mesure où nous saurons vivre véritablement dans la vérité, dans la louange, où nous saurons vivre comme la vierge Marie, en recevant le Verbe de Dieu dans notre chair qu'alors seront noués en vérité tous ces liens, tout ce tissu d'incarnation du Christ qui nous lie les uns aux autres et qui nous établit dans son unique corps qui est l'Église, quelles que soient les frontières, quels que soient les rideaux de fer, de plomb que l'on veut faire peser entre les hommes. Alors ce sera vraiment la présence du Seigneur dans son corps, et dans sa chair ressuscitée qui fera de chacun de nous les membres de son corps ainsi que Marie est la première des membres de ce corps, la première des rachetés, la première à avoir accueilli, dans sa chair et dans son cœur la Parole éternelle de Dieu, le Verbe de Dieu.

 

AMEN

 
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