AU FIL DES HOMELIES

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TRIPLE ENRACINEMENT DE JÉSUS

Gn 17,1-13 ; Lc 2, 1-7
Vigiles de la fête de Sainte Marie Mère de Dieu – année A (1er janvier 1984)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL


Saint Jean de Malte : Crèche 2008-2009

Cette célébration du premier janvier est une fête assez complexe, sans parler du jour de l'An qui est une célébration civile même si c'est pour nous l'occasion d'échanger des vœux et de prier les uns pour les autres. Cette fête liturgiquement parlant a déjà au moins trois significations.

D'une part c'est l'Octave de Noël, c'est-à-dire l'accomplissement de la fête de Noël, et c'est pourquoi nous venons de reprendre l'évangile de la messe de minuit. En même temps, nous célébrons Sainte Marie, Mère de Dieu car Noël est la plus grande fête de la Vierge Marie, puisque c'est la fête de sa maternité divine et ce mystère qui est au cœur de celui de Noël n'ayant peut-être pas été suffisamment développé ce jour-là car le mystère de l'Incarnation, en quelque sorte, occupait tout le devant de la scène, c'est en ce jour octave de Noël que nous nous attardons davantage sur ce rôle de Marie, Mère de Dieu, Theotokos. Enfin le huitième jour après Noël est aussi l'anniversaire de la circoncision de Jésus. C'était l'ancien nom de cette fête avant le dernier Concile. Tout cela nous semble un peu disparate, mais en réalité tout cela s'unifie très profondément.

Cette circoncision qu'évoquait la première lecture dans le livre de la Genèse, où nous voyons Dieu donner à Abraham le signe de la circoncision comme manifestation du côté de l'homme de son Alliance avec Dieu, est le signe distinctif de la religion juive et en même temps de la race juive. Que Jésus ait reçu dans sa chair le signe de la circoncision c'est la manifestation claire, ferme de son enracinement dans cette race d'Israël. Par la circoncision, Jésus est fait sujet de la Loi. Lui qui est le créateur du monde, Lui qui est Celui qui a appelé Abraham d'Ur en Chaldée pour le conduire vers la terre promise, Lui qui, sans cesse, s'est penché du haut du ciel, vers ce peuple qu'Il avait choisi, ce peuple élu, Il se soumet au signe humain de l'Alliance de ce peuple avec le Dieu qui l'avait choisi. Par la circoncision, Jésus fait corps, il fait chair avec cette race d'Israël, avec cette descendance d'Abraham, de David, des patriarches, des prophètes. Il est l'accomplissement, l'aboutissement de cette longue attente de l'Ancien Testament, de cette longue préparation. Il est l'épanouissement de ce choix que Dieu avait fait de ce peuple, un peuple parmi les autres, non pas parce qu'il était meilleur que les autres. Au départ, comme le dit la Bible, c'était un ramassis de tribus à travers le désert. Et ce peuple n'avait cessé d'être rebelle, mais Dieu l'a choisi et "les dons de Dieu sont sans repentance". Ce choix de Dieu ne peut pas être effacé et à jamais ce peuple est le peuple élu. Et voilà que Jésus s'enracine dans ce peuple choisi. Il s'enracine dans ces lignées et ces générations d'hommes que Dieu a préparées pour qu'en jaillisse la chair de son Fils.

Jésus, sujet de la Loi, Jésus fils d'Israël, tel est le premier aspect de cette fête que nous révèle la circoncision de Jésus. Mais en parlant de la maternité de Marie nous évoquons un autre enracinement de Jésus, un enracinement qui est à la fois le même et plus large. Car en Marie, le Fils de Dieu Jésus puise sa chair humaine et Marie c'est une chair d'Israël qu'elle donne à son Fils. Donc en célébrant la maternité de Marie, nous célébrons d'une autre manière, moins légale, moins symbolique, plus charnelle cet enracinement du Fils de Dieu dans la race d'Israël.

Mais cela est plus large encore car Marie c'est l'Ève nouvelle, et est la Femme par excellence. Cette humanité, cette nature humaine qu'elle transmet à son enfant qui est le Fils de Dieu, ce n'est pas seulement l'humanité d'Israël. C'est l'humanité de toute la race humaine, c'est la chair qui, depuis Adam, de génération en génération, et à travers tous les peuples et toutes les nations, y compris les nations païennes, s'est transmise. C'est cette chair-là que Jésus reçoit de Marie et c'est un enracinement plus radical encore, plus profond, plus terrien car, en se recevant homme, du sein de Marie, Jésus assume en Lui toute cette caractéristique terrestre de l'humanité. Cette chair par laquelle nous communiquons avec tout cet univers matériel, cette chair par laquelle nous communions à toute la beauté et toute la de cet univers matériel sorti des mains de Dieu au premier jour de la création, cette chair aussi qui est une chair de péché, comme le dira saint Paul, car en elle s'est gravé le choix négatif de l'homme depuis les origines. Le choix de son cœur s'est imprimé dans sa chair et c'est une chair de mort, une chair mortelle, une chair usée, une chair affligée par toutes les servitudes, toutes les souffrances, toutes les déchéances.

C'est notre chair de péché en même temps que notre chair de splendeur de créature de Dieu que Jésus reçoit par Marie, par la maternité divine de Marie. Et ainsi par sa circoncision aussi bien que par la maternité de sa Mère, ce que nous célébrons de Jésus, c'est son enracinement dans la terre des hommes, dans l'univers des hommes.

Le Fils de Dieu prend racine chez nous. Il est profondément engagé dans cette histoire des hommes qui est une histoire de faiblesse, de péché, qui est aussi une histoire de merveilles et qui va devenir l'histoire du salut et l'histoire de la grâce, parce qu'en y prenant chair, en y prenant racine, Jésus va transfigurer cette histoire. Il va achever l'Alliance conclue avec Abraham, avec Moïse, avec David. Il va transformer cet Ancien Testament en Testament Nouveau. Il va guérir toutes les plaies, rajeunir toutes les usures de cette chair malheureuse. Il va conduire cette humanité à sa signification, à son accomplissement, à sa vérité, à sa lumière en Dieu.

Tel est le sens de la célébration d'aujourd'hui. A travers Marie, à travers Abraham, à travers la circoncision, à travers l'enfantement, c'est Dieu prenant à pleines mains notre terre humaine, Dieu prenant à pleines mains notre nature humaine Dieu épousant tout ce que nous sommes, tout ce qu'est ce monde, aussi bien les ombres que les beautés, assumant tout cela pour le conduire jusqu'au Royaume. Que cette octave de Noël, que cet accomplissement de la fête de Noël, que cet épanouissement de notre prière de Noël, de notre méditation de l'Incarnation du Christ soit exultation de joie car notre vieille terre, notre vieille chair, notre vieux péché, tout cela est guéri par Dieu, parce que Dieu s'est fait proche, parce que Dieu s'est fait nôtre, parce qu'Il nous fait siens, parce qu'Il nous prend avec Lui et parce que, ainsi, nous entrons dans notre vraie demeure.

 

AMEN

 
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