AU FIL DES HOMELIES

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LE NOM DE JÉSUS

Nb 6, 22-27, Ga 4, 4-7, Lc 2, 16-21
Sainte Marie, Mère de Dieu – année B (1er janvier 1985)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

En ce premier jour de l'année, nous célébrons l'octave c'est-à-dire l'accomplissement, la solennité de Noël, l'achèvement de la joie de Noël. C'est pourquoi, très tôt dans son histoire, l'Église a célébré ce jour-là Marie. Marie dont la place est si centrale dans le mystère de Noël, Marie mère de Dieu.

Et en même temps, comme nous venons de l'entendre dans l'évangile, nous célébrons le mystère de ce huitième jour de la vie de Jésus, cet enracinement de Jésus dans l'Alliance ancienne, conclue avec Abraham.

Peut-être avez-vous remarqué qu'il y a une autre dimension à ce huitième jour de la vie du Christ, c'est que, au moment où on l'a circoncis, selon la coutume, on qui a donné son nom, le nom de Jésus. Pendant quelques instants, je voudrais que nous méditions sur cette conjonction entre la fête de Marie, mère de Dieu, et ce nom de Jésus, et plus précisément sur ce qu'a dû être pendant tant de jours, tant d'années, dans la bouche de Marie, ce Nom qu'elle prononçait sans cesse et qu'elle se répétait en appelant son enfant le ce nom de Jésus.

Jésus, Dieu qui nous sauve. Jésus ! ce nom qui est le seul nom, dans l'univers tout entier, en qui nous puissions trouver la paix, la joie, le salut. Jésus, ce nom qui est au-dessus de tout nom et dont Saint Paul nous dit que "au ciel, sur terre et dans les enfers, tout s'agenouille devant le Nom de Jésus". Ce nom que Marie connaît mieux que personne, car déjà pen­dant le temps où elle portait cet enfant dans son sein, elle lui redisait à voix basse ce nom que l'ange lui avait confié, ce nom que Dieu Lui-même, par l'intermédiaire de l'ange avait indiqué à Marie pour être le nom de son enfant. Ce nom que Marie a dû si profondément ruminer dans son cœur. Ce nom dont saint Bernard a su parler avec tant de profondeur : "Jésus, nom qui est une lumière, qui est une nourriture, qui est un baume. Le nom de Jésus qui éclaire quand on le prêche, qui nourrit quand on le médite, qui est un baume quand on l'invoque. Le nom de Jésus qui s'est répandu sur la terre, ce nom qui était caché dans le cœur de Dieu, que seuls les cieux possédaient et que seuls les anges connaissaient, et voici qu'il a été envoyé sur la terre, qu'il s'est diffusé jusque dans le cœur des hommes et la terre peut pousser, enfin, ce cri : "Ton Nom" reprenant le psaume "Ton Nom est comme une huile répandue !" Ce Nom s'est répandu sur la terre et quiconque l'invoquera sera sauvé. Ton Nom qui inonde non seulement le ciel et la terre, mais jusqu'aux enfers, puisque, au nom de Jésus tout genou fléchit, au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame que Jésus est Seigneur .... Jésus, miel dans ma bouche, mélodie pour mon oreille, chant pour mon cœur."

Ces paroles de saint Bernard ce sont celles que Marie a vécues. Le nom de son enfant comme un chant dans son cœur, comme une mélodie pour son oreille, comme un miel dans sa bouche. Je voudrais qu'en ce début de l'année, nous demandions à Marie, d'abord de nous apprendre à prononcer ce nom de Jésus, comme elle-même a su le dire, avec le même amour, la même confiance, la même passion, avec la-même tendresse, que nous sachions comme elle, mettre ce nom de Jésus au centre, au cœur de notre vie, que nous sachions, comme elle, le répéter toujours nouveau, le redire toujours plus mélodieux, toujours plus profond en nous. Que ce nom de Jésus, comme dans la bouche de Marie soit ce miel, ce chant, cette consolation, cette force, cette nourriture. Que Marie nous apprenne la prière car qu'est-ce que la prière sinon redire à Celui que nous aimons ce Nom bien-aimé qui est qui sien. Qu'est-ce que la prière sinon nous tenir devant Celui que nous aimons et très doucement l'appeler par son nom, mettre notre cœur devant le sien, pour que son nom nous remplisse de joie ? Que Marie nous apprenne ainsi cette prière très simple, cette prière très dépouillée qui n'est pas accumulation de longs discours mais simple immobilité devant Jésus, répétant son Nom.

Je crois que c'est un des rôles majeurs de Marie dans notre vie chrétienne, que d'être l'initiatrice de chacun d'entre nous à la prière dont elle a parmi tous les êtres humains le secret. Marie qui a su, mieux que personne, être sans cesse en présence de Dieu, de Dieu son enfant. Marie qui peut nous apprendre à nous tenir, comme elle, en présence de Dieu, de Jésus notre frère. Que Marie nous apprenne à redire comme elle ce nom de Jésus.

Jésus nous a donné sa Mère pour qu'elle soit notre mère. Jésus n'a pas gardé Marie pour Lui seul. Il est venu sur la terre pour être l'un de nous, pour être notre frère, pour que nous soyons ses frères. Alors nous pourrions demander à Marie une deuxième faveur : c'est de dire notre nom comme elle a dit le nom de Jésus, avec la même délicatesse, la même tendresse, la même proximité, que nous sachions à tout instant que Marie répète ce nom qui est le nôtre, ce nom nouveau, ce nom toujours renouvelé par la grâce de Dieu. Que Marie, ainsi, nous entoure de cette proximité maternelle qu'elle a eue pour Jésus son enfant et que Jésus veut qu'elle ait aussi pour chacun de nous.

La troisième faveur que nous pourrions demander à Marie c'est, après nous avoir appris à dire comme elle le nom de Jésus, après avoir elle-même prononcé notre nom comme elle prononçait le nom de Jésus, de nous apprendre à dire nous aussi notre propre nom comme elle le prononce, c'est-à-dire apprendre à nous désigner nous-même, à nous aimer nous-même avec cette même simplicité, cette même humi­lité qui se trouve dans le cœur maternel de Marie. Que nous apprenions à nous regarder avec douceur, à nous regarder nous-mêmes dans la paix, dans la simplicité et dans la joie. Souvent, nous ne nous aimons pas assez, nous ne savons pas nous aimer, nous nous aimons mal, nous nous voudrions plus beaux, plus grands, plus intelligents, plus forts, nous nous voudrions autres que nous sommes et nous ne savons pas nous aimer tels que nous sommes, tels que Dieu nous a donnés à nous-mêmes, tels que Marie nous aime, comme Dieu nous aime, tels que Marie dit notre nom avec tendresse, douceur et ce sourire maternel qui est le sien.

Alors que nous apprenions, en disant avec Marie le nom de Jésus, et en disant avec Marie notre propre nom, à nous insérer, simplement et humblement, dans cette nouvelle année, dans la simplicité, la grâce, la lumière très douce qui rayonne du visage de Dieu et qui, par le visage de Jésus, par le visage de Marie, nous est transmise, pour que cette grâce rayonne aussi sur notre propre visage.

 

AMEN

 
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