AU FIL DES HOMELIES

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 SENS DU RITE DE LA CIRCONCISION

Nb 6, 22-27, Ga 4, 4-7, Lc 2, 16-21
Sainte Marie, Mère de Dieu – année C (1er janvier 1986)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Cette fête du premier janvier est tout à la fois celle de la maternité divine de Marie, celle de la circoncision de Jésus, le huitième jour après sa naissance. Demain nous parlerons davantage de la maternité divine. Je voudrais vous dire quelques mots de la circoncision.

Le huitième jour après sa naissance, confor­mément à ce que Dieu avait demandé jadis à Abra­ham comme sceau de son alliance avec son peuple, Jésus a été circoncis. Il a été marqué dans sa chair du sceau de l'Alliance. Cette circoncision de Jésus c'est l'affirmation de son appartenance claire, nette à la race d'Israël, au peuple élu, à l'Alliance de l'Ancien Testament. Les parents de Jésus ont voulu qu'Il soit soumis à ce précepte de la Loi. Ici il ne s'agit pas exactement d'un précepte de la Loi, mais à ce signe antérieur même à la Loi qui remonte à l'origine même du peuple d'Israël. Mais par-delà cette obéissance à la Loi, par-delà cet enracinement dans la race, dans l'Alliance d'Israël, que signifie ce mystère de la cir­concision de Jésus ?

Le geste de la circoncision, le signe de la cir­concision veut dire que l'Alliance entre Dieu et son peuple se situe à la racine même de la vie. C'est au point de naissance de la vie que Dieu vient prendre possession de son peuple. Dieu se rend présent à la source même de la vie de chacun des membres de son peuple, de la vie de ce peuple tout entier qu'Il a fait sien. Et c'est cela que signifie la circoncision. En recevant la circoncision du peuple d'Israël, Jésus s'inscrit dans cette Alliance où Dieu prend possession de l 39;homme, prend possession de ce peuple qui est comme au centre de l'humanité, comme représentatif de cette humanité, comme choisi parmi tous les autres hommes, pour être témoin de Dieu devant les hom­mes et des hommes devant Dieu. Jésus s'insère dans ce peuple et Lui aussi, dans sa vie d'homme, est entiè­rement pris par l'Alliance de Dieu.

Seulement au moment où Jésus reçoit ainsi la circoncision, c'est-à-dire au moment où dans sa chair, Il est totalement pris par Dieu, en même temps Il est Lui aussi Dieu. Vraiment homme Il est aussi vraiment Dieu. Et au moment où Dieu inscrit son Alliance dans la source de la vie humaine de Jésus comme de tous les membres de son peuple, au moment où Dieu fait cela dans la vie humaine de Jésus, Jésus, comme Dieu, apporte au cœur même de cette vie humaine le jaillissement nouveau de la vie divine. C'est dire que ce que la circoncision signifiait, le fait que toute vie humaine appartient à Dieu, le fait que nous sommes entre les mains de Dieu, à la racine la plus première de notre être, cela va prendre maintenant une signifi­cation entièrement nouvelle, radicalement nouvelle. Ce n'est plus seulement la vie humaine qui appartient à Dieu, c'est la vie divine qui vient se mêler à cette vie humaine. En Jésus, il n'y a plus de séparation entre la vie humaine et la vie divine. C'est la même personne divine qui est en même temps Cet homme Jésus, cet homme qui est ainsi consacré, sanctifié dans sa vie par l'alliance de sa chair, cet homme est en même temps Dieu, Celui qui vient consacrer toute chair, Celui qui vient prendre possession de toute chair. Et Il prend possession de toute chair en donnant, à travers la sienne propre, à la chair de tous les hommes, la présence vivifiante de la vie même de Dieu. Désor­mais, les hommes ne sont plus seulement appelés à vivre une vie d'homme dont Dieu est le maître, dont Dieu est à la fois le Créateur et la fin, la source en laquelle Dieu est présent, ils ne sont plus seulement appelés à vivre une vie humaine totalement consacrée à Dieu, ils sont appelés à vivre de la vie divine elle-même. A partir de Jésus, c'est une sorte de circonci­sion nouvelle qui va nous être proposée.

Saint Paul le dit très bien, :"la circoncision véritable n'est pas celle de la chair, mais celle du cœur", car la vie divine vient plus profondément encore prendre possession des racines mêmes de notre être en nous divinisant à partir du fond de notre cœur. Et Jésus non seulement est vraiment Dieu et vraiment homme, mais par sa Résurrection, Il va donner à sa chair humaine, à cette chair qui a été circoncise le huitième jour, il va donner à sa chair humaine de vi­vre au rythme même de la vie de Dieu. C'est cela la Résurrection. C'est la divinisation de la chair humaine de Jésus. Et à travers la chair humaine de Jésus c'est le commencement, l'inauguration de la divinisation de notre chair a nous. C'est la promesse de la résurrec­tion de notre propre chair, la promesse du fait que notre chair vivra et comment déjà mystérieusement à vivre au rythme de la vie de Dieu, à partir de ce cœur circoncis par le don que Jésus nous fait, le don de sa grâce, le don de sa présence, le don de son Esprit-Saint.

Ainsi le mystère de la circoncision est en quelque sorte à la charnière entre l'Ancien et le Nou­veau Testament. Jésus accomplit les promesses de l'Ancien Testament. Il assume, Il récapitule en Lui tout ce qui a été vrai d'Abraham, des patriarches, de tous leurs descendants, de tous les prophètes, toute cette possession, de plus en plus profonde exercée par Dieu sur ce peuple, sur cette race, sur cette chair d'homme. Jésus assume tout cela, le récapitule en quelque sorte pour le faire exploser dans une gerbe de vie nouvelle, plus belle, plus grande parce que c'est la vie même de Dieu qui désormais va prendre non seu­lement ce peuple mais tous les peuples, va prendre non seulement l'Israël selon la chair mais aussi l'Israël nouveau, l'Église, l'humanité tout entière, tout appelée à la vie de Dieu. Et à une vie de Dieu qui ne serait pas seulement une vie purement spirituelle, une vie men­tale, une vie désincarnée, mais à une vie de Dieu qui nous prendra tout entier, y compris notre propre chair.

Ainsi le mystère de la circoncision, qui est à la charnière entre l'Ancien et le Nouveau Testament, marque aussi la charnière en nous, entre la vie divine qui "descend du Père des lumières" et puis notre pro­pre chair matérielle, humaine, corporelle, terrestre qui est assumée, elle aussi tout entière, dans cette vie divine. Au fond, c'est seulement le déploiement d'un des aspects de ce mystère de l'Incarnation. Nous sommes entièrement saisis par la main de Dieu, par la puissance de Dieu, par la vie de Dieu. Nous sommes tout entiers transfigurés, à travers le Christ, à partir du Christ, à partir de la chair du Christ qui se communi­que à nous pour sanctifier et consacrer, diviniser notre propre chair, notre existence tout entière, de bout en bout, de haut en bas.

Rendons grâce, au début de cette année qui fait partie de ce déroulement de la vie de notre chair, car c'est en fonction de notre chair, de notre apparte­nance matérielle au monde que s'écoulent et se dé­roulent les années qui se succèdent, rendons grâce pour cette divinisation que Dieu opère ne nous, à par­tir de son Fils, et qui nous prend tout entiers, âme et corps, chair et esprit.

 

AMEN

 

 
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