AU FIL DES HOMELIES

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MARIE MÈRE DE DIEU

Luc 2, 1-7
Vigiles de la fête de Sainte Marie Mère de Dieu – année B (1er janvier 1988)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

Saint Jean de Malte : Marie - Crèche 2009
Avant que nous échangions nos vœux de paix, de bonheur, de joie, de confiance en Dieu, j'aimerais vous donner les vœux de Dieu. S'il y en a un qui doit nous donner ses vœux, nous sou­haiter quelque chose, c'est bien Lui, et il le fait, en cette nuit, avec la fête de Marie mère de Dieu. Chose étonnante cette fête, comme beaucoup de fêtes que nous célébrons dans la liturgie, contient un peu toutes les fêtes. En effet, cette définition de Marie comme Mère de Dieu date de 431 et souvent, comme défini­tion dogmatique, cela évoque en nous invariablement une assemblée assez sévère d'hommes d'Eglise avec chapeau et crosse en main qui, ayant bien réfléchi, beaucoup prié, avec quelques grammes de sainteté au fond de leur cœur, réussissent enfin à découvrir et à dévoiler le mystère de Dieu. Et c'est vrai que lorsque nous parlons de dogme, et principalement de celui-là cela évoque pour nous le fruit d'une pensée, d'une réflexion. Certes nous savons, et nous le disons, que l'Esprit souffle et inspire les Pères des différents conciles, mais n'empêche que nous voyons ces braves pères, tout à fait sages et vénérables, se creuser la cervelle afin de mieux comprendre le mystère de Dieu et de le livrer ainsi à l'histoire de l'Église.

Je crois que nous faisons une grave erreur et j'ai envie de vous propose l'image inverse. Le dogme de l'Église, c'est le lieu où Dieu s'agenouille. Ce n'est pas le fruit d'une découverte, d'une élucubration aussi noble ou aussi intelligente soit-elle. Mais c'est le fruit d'un Dieu qui ouvre son cœur afin de le livrer. C'est Dieu qui veut non pas nous faire mieux comprendre ce qu'Il est, mais nous faire monter vers Lui, car le mot essentiel et de nous appeler à participer à ce qu'Il est. Le dogme ne tombe pas du ciel en passant par l'Église pour ensemencer nos esprits, les rendre plus capables de Dieu, du mystère de Dieu. Tout au contraire, dans l'Église, chaque dogme est comme un marche-pied supplémentaire sur lequel nous pouvons avancer sans crainte et avec fermeté, parce que c'est Dieu qui en est Lui-même le soubassement, c'est Dieu Lui-même qui le fait.

Vous allez me dire : quel rapport y a-t-il avec Marie, mère de Dieu ? Il y a en Marie un tel échange où Dieu prend à la fois de la chair humaine et tout à la fois fera participer chaque homme à la vie divine (comme nous le chantions tout à l'heure dans l'an­tienne "Comme un échange admirable"), que Dieu descend, et tout en descendant Il ne peut pas nier ce qu'Il est. Et Il descend avec tout son mystère, toute sa transcendance, et cette transcendance tout entière inclue dans le sein de Marie. Et dans ce sein de Marie tout est dit, et c'est comme un mystère intime de communion, d'un cœur à cœur et même d'un cœur au corps de Marie qui dit tout ce que Dieu veut que nous sachions de ce qu'Il est en Lui-même. Et le mystère de Marie mère de Dieu, ce dogme proclamé par l'Église, nous dit non pas d'essayer de comprendre ce que si­gnifie Marie mère de Dieu pour nous aujourd'hui, mais il dit le mystère même de la communion dans laquelle Dieu veut entrer avec nous afin, en nous don­nant quelque marche-pied supplémentaire, de nous faire accéder à sa vie divine, de nous "faire participer à sa divinité."

Et pour cela il faut la même démarche que celle de Marie qui n'a pas essayé de comprendre élé­ment après élément la naissance d'un Fils, d'un Fils qui est Dieu, mais qui a reçu tout en bloc, comme un mystère total. Elle ne pouvait le comprendre qu'avec sa chair et dans sa chair, comme inscrite même dans sa chair, sans pour autant que son intelligence, son esprit essaient d'en prendre le relais afin de prendre quelque recul face à l'événement. Mais il y a eu comme des épousailles entre Marie, dans sa chair de femme et de mère, et le mystère ainsi dévoilé, ré­pandu, offert en elle, à toute l'humanité. Et célébrer le mystère de Dieu par la liturgie c'est justement cesser de prendre ce recul à son sujet mais tenter de l'épou­ser intérieurement d'accepter que Dieu nous tire à Lui par ses propres mots, par son propre mystère, par son propre cœur, et de démissionner en nous d'une vo­lonté d'y accéder par nous-mêmes, même si c'est à un échelon humble ou simple. Dieu ne nous dévoile pas mystère après mystère, mais comme un seul mystère ce qu'Il est, ce qu'Il est et ce qu'Il nous donne.

Alors, en suivant tout près, Marie mère de Dieu, en suivant tout près cette rumeur intérieure au corps de Marie, cette rumeur qui dit Dieu se révélant totalement, essayons de voir que lorsque nous pro­clamons en cette nuit Marie mère de Dieu, ce n'est pas nous qui faisons un pas vers Dieu. C'est Dieu qui s'agenouille, c'est Dieu qui nous prend par la main et qui nous saisit pour nous dire : Je te livre aussi cela afin que tu puisses accéder à Moi. Je te livre cela afin que tu te laisses faire et que je te mène sur le chemin de la découverte de Dieu. C'est un mystère intérieur, presque intime, presque silencieux.

C'est pour cela que la liturgie exulte d'allé­gresse et de joie quand elle parle de Marie. Il n'est pas question d'une espèce de construction pour mieux comprendre, mais avant tout d'une exultation, d'un cœur débordant qui ne peut convenir à un tel mystère et qui n'a qu'une solution, c'est de le faire jaillir de génération en génération, c'est que ce mystère livré et inscrit dans sa chair rebondisse, rejaillisse comme un fleuve, comme une source permanente, féconde, ex­trêmement fertile, d'homme en homme, en commen­çant pas son Fils, jusqu'au dernier homme de ce monde. Ainsi tout sera récapitulé, comme noué, par le mystère même de Dieu qui a voulu que nous soyons tous "un en Lui" car c'est Lui qui nous saisit tous en­semble, afin de nous assembler, de constituer son corps, en Lui.

Alors, ce vœu de Dieu, son souhait, c'est peut-être pour nous, de démissionner d'une volonté de comprendre et d'entrer plus intimement, comme Marie en tant que mère de Dieu, dans ce cœur à cœur, dans cette vision que nous pouvons avoir cette nuit d'un Dieu qui se livre et qui s'agenouille pour nous dire qui Il est. Et même si nous avançons comme alourdis par nos soucis, par nos péchés, même si nous avançons dans l'obscurité, si nous savons que Dieu s'agenouille pour nous dire qui Il est, alors nous irons un peu plus vite, nous irons plus confiants, il y aura en nous comme une foi dure comme le roc, une foi que le monde ne pourra pas ébranler. Si vraiment nous devinons que, au bout de l'horizon, c'est Dieu qui se livre, qui se met à genoux pour nous dire qui Il est, nous avancerons sans crainte, malgré les embû­ches, malgré les terreurs. Et cette foi c'est justement celle de Marie, et c'est celle de Marie que je vous propose pour passer cette nuit en changeant d'année. Qu'elle nous serve de force, de relais, de réalité, car elle est vraiment Mère de Dieu, elle l'a vraiment vécue.

 

AMEN

 

 

 


 

 

 


 

 

 
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