AU FIL DES HOMELIES

Photos

MATERNITÉ DE MARIE, MATERNITÉ DE L'ÉGLISE

Nb 6, 22-27, Ga 4, 4-7, Lc 2, 16-21
Sainte Marie, Mère de Dieu ??? – année C (1er janvier 1989)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Nombres 6, 22-27 ; Galates 4, 4-7 ; Marc 2, 15-21

Dimanche dans l'octave de Noël – C

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Saint Jean de Malte : Crèche 2008

 

A

u temps marqué, Dieu envoya son Fils, Il est né d'une femme".(Gal.4,4) "Marie gardait toutes ces choses dans son cœur" (Luc 2,19 et 51). Frères et sœurs, que mes frères les hommes me pardonnent si aujourd'hui, en ce début d'année, je m'adresse plus spécialement aux dames de cette as­semblée. Ce n'est pas de ma faute, c'est la liturgie qui le veut, elle veut que nous ouvrions cette année litur­giquement par la célébration du mystère le plus éton­nant cela les concerne aussi, sur le mystère de la ma­ternité de Marie. Qu'est-ce qu'elle signifie ? qu'est-ce qu'elle veut dire dans le mystère chrétien ? pourquoi dans l'Église, plus spécialement dans l'Église catholi­que et orthodoxe, dans la tradition indivise, le mystère de Marie a-t-il toujours été souligné de façon si aiguë, si vivace ? Comme s'il y allait de l'identité même de l'Église, à tel point que précisément le Concile Vati­can Il, pour sceller cette redécouverte dans la grâce de l'Esprit de ce qu'est l'Église, a voulu remettre en hon­neur cette fête de la fin de l'octave de Noël, le premier janvier, comme fête de la maternité divine de Marie.

Qu'est-ce que la maternité, indépendamment du cas tout à fait spécial de l'Incarnation de Jésus-Christ ? La maternité, c'est une expérience tout à fait sui generis, vous direz que je suis peut-être mal placé pour en parler, mais c'est le fait qu'une personne hu­maine, au plus intime de sa chair, éprouve la présence d'une autre personne qui naît en elle. La maternité, c'est l'expérience féminine par excellence, c'est le moment où une femme est le plus femme, où elle porte en elle une vie, et pas simplement une vie bio­logique, mais une vie spirituelle. Et là il y a une pre­mière chose dont il faut peut-être nous déshabituer, c'est ce regard purement biologique, purement obser­vateur du phénomène de la fécondité d'une femme. Une femme est féconde, c'est-à-dire qu'elle peut ou­vrir en elle la vie personnelle d'un autre être de notre race humaine : son enfant. La maternité est pour une femme l'expérience même d'ouvrir en elle la possibi­lité d'une autre vie. Or cette expérience est si essen­tielle, si fondamentale que c'est sans doute une des réalités qui évoquent le plus ce qu'est la communion, communion de la mère avec son enfant dans son sein, communion d'un lien radical, car les deux personnes vivent dans une relation absolument vitale l'une par rapport à l'autre. La mère apporte l'être à son enfant, d'une certaine manière, et dans ce tissage biologique, pour reprendre l'image de la Bible : "c'est Toi qui m'a tissé dans le sein de ma mère (Ps.138,13), dans ce tissage de la vie d'un enfant dans le sein de sa mère, nous savons aujourd'hui que ce ne sont pas simple­ment des échanges de protéines, de lipides ou de je ne sais quoi, mais aussi les premiers éléments fonda­mentaux de la vie affective qui commence à se créer, à se tisser, à constituer progressivement la personna­lité spirituelle d'un enfant, en germe évidemment, mais déjà réellement existante, et cela dans un rapport permanent à sa mère.

Transposé au mystère de la maternité divine de Marie, il faut le voir également avec le plus grand réalisme. Marie, comme nous le croyons est celle qui a donné la nature humaine à la personne même du Fils de Dieu. La plupart du temps, quand nous disons ces mots, cela nous paraît une nécessité : il fallait bien qu'Il prenne chair quelque part, qu'Il prenne une sorte d'enracinement dans la race humaine. Mais en réalité il faut mesurer ce que cela veut dire Dieu, la personne même du Fils de Dieu, existant de toute éternité, Ce­lui qui est le Créateur du monde, Celui qui va devenir le Sauveur du monde, a voulu dans sa personne même qui prenait chair dans le sein de Marie, établir avec cette jeune fille d'Israël cette relation d'intimité physi­que, cette relation d'intimité d'être qui fait que, effec­tivement Il a reçu sa chair, son corps, sa nature hu­maine par la vierge Marie. Vous voyez qu'à ce mo­ment-là il se crée entre Marie et le Verbe de Dieu, la Parole de Dieu, le Fils éternel de Dieu, une intimité personnelle que l'on ne peut absolument pas imaginer, car précisément c'est une seule fois dans l'existence du monde que cela s'est produit. Il n'y a qu'une femme qui a vécu la maternité divine du Verbe de Dieu, c'est-à-dire que tout son être a été totalement et personnel­lement mis en relation avec la personne du Verbe de Dieu. C'est même, je pense, comme cela qu'il faut comprendre le sens de la virginité, la virginité de Ma­rie, c'est le fait que cette relation de chair et de sang par laquelle elle a donné à son Fils d'être homme, à la personne du Fils de Dieu de devenir homme, cette relation a tout prix, il n'y avait plus de place pour un autre homme. A partir du moment où Marie a vécu cette relation personnelle avec son fils, le Verbe de Dieu, à ce moment-là il n'y a plus d'autre horizon de relation personnelle que celui-là.

C'est donc cela le mystère que nous fêtons aujourd'hui. Marie, est la femme qui, dans son être de femme, a pu vivre dès le premier moment où le Verbe s'est fait chair cette relation personnelle avec la per­sonne du Fils de Dieu. Il ne faut pas essayer d'imagi­ner psychologiquement comment cela devait se passer dans sa tête (cela n'a pratiquement aucun intérêt), ce qui compte c'est qu'effectivement à partir de ce mo­ment-là, qu'elle le sente ou qu'elle ne le sente pas, c'est une autre affaire : toute sa personne était radica­lement consacrée, donnée, livrée au Verbe de Dieu. Elle l'était sans doute par avance, c'est ce que nous fêtons lorsque nous célébrons le mystère de l'Imma­culée Conception, mais de fait c'est à ce moment-là même qu'en devenant mère de Dieu, s'établit cette relation réelle, profonde, intime, insurpassable qui est le modèle et la référence de toute relation d'une créa­ture à son Dieu.

Car c'est bien là la raison pour laquelle Marie a une place si centrale dans notre foi : c'est que vrai­ment, comme nous le croyons, s'est établie cette rela­tion absolument personnelle, où une femme a pu ap­partenir, dans ce lien aussi intime que la maternité physique, à son Dieu, au Verbe de Dieu. Il y a là la possibilité pour toute créature d'entrer dans une rela­tion de ce type avec la personne de Dieu. Quand nous fêtons la maternité divine de Marie, nous fêtons cette chose absolument inconcevable et pourtant réelle qu'une personne humaine peut être en totale harmonie et en totale communion avec la personne même du Fils de Dieu. Or qu'est-ce que nous cherchons dans notre vie sinon précisément cela ? Bien entendu nous ne le cherchons pas par le mode biologique de la maternité. Si aujourd'hui une personne disait, "je suis mère de Dieu", je crois qu'il faudrait aviser tout de suite le corps médical. Mais fondamentalement, sur le sens même et la réalité même de la relation de la personne d'un homme ou d'une femme avec le Christ, Verbe de Dieu, seconde personne de la Trinité, c'est cela que nous cherchons à vivre, nous ne cherchons rien d'autre. Etre chrétien, qu'on soit homme ou femme, à ce niveau-là peu importe, c'est entrer dans cette relation personnelle où Dieu veut, par la personne de son Fils, établir une telle communion avec nous que désormais nous Lui appartenions totalement.

Et vous comprenez, frères, la correspondance extraordinaire qu'il y a entre l'Incarnation, moment où le Christ prend chair pour entrer en relation person­nelle avec une femme de notre humanité, un membre de notre humanité, la vierge Marie, et d'autre part la Résurrection où Dieu nous fait ressusciter dans la chair pour que s'achève et s'accomplisse en nous la relation personnelle, jusque dans notre chair, avec le Verbe de Dieu. Ce sont les deux bouts de la chaîne. Entre l'Incarnation d'une part, le Verbe qui se fait chair, et la Résurrection d'autre part où l'humanité tout entière hérite d'une chair capable d'entrer en relation totale et définitive avec Dieu, entre les deux c'est le mystère du salut, c'est la personne du Christ qui vit sur cette terre et qui continue à vivre en nous par les sacrements. Etre chrétien, ce n'est rien d'autre que tendre à réaliser, à voir s'accomplir en nous cette re­lation avec le Fils de Dieu, relation absolument per­sonnelle et intime où progressivement, par une trans­formation d'abord de notre être spirituel dans l'Esprit saint et puis un jour, dans la mort et la résurrection, par une transformation de tout notre être en son entier, nous entrerons dans cette intimité absolue et totale de la relation personnelle avec le Père dans le Christ, nous serons le corps du Christ comme le Christ a voulu prendre corps de la vierge Marie.

Frères et sœurs, vous comprenez pourquoi il est si merveilleux de commencer l'année sous le signe de la maternité divine de Marie. C'est le signe même de notre existence chrétienne, nous n'avons pas d'au­tre raison d'être sur cette terre que de voir progressi­vement, peu à peu, s'accomplir en nous cette relation personnelle avec le Christ, nous n'avons rien d'autre à faire qu'attendre progressivement la révélation du Fils de Dieu : comment, jour après jour, nous devenons le corps du Christ. Vous êtes peut-être étonnés que j'in­siste tant sur cette dimension du corps, sur cette di­mension charnelle. Mais c'est précisément de cela qu'il s'agit. Si Dieu a créé l'homme âme et corps, c'est pour le sauver en son entier. Et s'Il nous a créés âme et corps, c'est pour nous sauver jusque dans notre corporéité. Et il n'est pas étonnant que le Christ ait pris ce qui en nous est le plus faible, le plus fragile, le plus menacé, le corps, la condition d'un petit enfant dans le sein de sa mère, qui ne tient qu'à un fil, pour manifester précisément que c'est ce qui est fragile dans l'homme qui peut devenir source et réception de salut.

Frères et sœurs, c'est cela que nous devons nous souhaiter aujourd'hui que petit à petit nous de­venions fils, nous devenions des personnes, des vis-à-vis de Dieu, par tout notre être en commençant par ce centre même de notre âme jusqu'à tout notre être, dans sa condition charnelle, que nous devenions tota­lement des sauvés et des ressuscités : "Je crois à la résurrection de la chair". Telle est la fécondité de Marie, telle est la fécondité de l'Église. Ce que nous appelons la grâce, ce qui nous constitue comme fils de Dieu n'est rien d'autre que le fruit permanent de cette fécondité de notre relation personnelle avec Jésus-Christ qui prend chair en nous progressivement. Alors qu'en ce premier jour de l'an, nous nous souhaitons une année féconde en ce sens-là, c'est-à-dire non pas une année où le temps s'use, se démonétise, où la vie se banalise, où la vie est simplement cette course où l'on ne fait attention à rien, mais au contraire que le temps pour nous et tous les évènements que nous vivrons dans le courant de cette année soient pour nous le lieu même de la fécondité de Dieu dans notre chair, dans notre cœur et dans toute notre vie pour qu'effectivement nous devenions, jour après jour, par l'intercession de la vierge Marie et par la puissance de la Résurrection de Jésus-Christ, dans l'amour de l'Es­prit Saint, des fils de la Résurrection.

 

 

AMEN

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public