AU FIL DES HOMELIES

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DES VŒUX POUR ETRE AVEC JÉSUS AU CŒUR DU MONDE

Nb 6, 22-27, Ga 4, 4-7, Lc 2, 16-21
Sainte Marie, Mère de Dieu – année A (1er janvier 1990)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Frères et sœurs, quand on est au seuil d'une nouvelle année, il est bien difficile d'imaginer ce que pourra bien être cette année qui com­mence. Je pense qu'il y a un an, le premier janvier 1989, aucun d'entre nous ne pouvait imaginer que cette année qui vient de s'écouler connaîtrait tant d'événements extraordinaires. Qui pouvait imaginer que pendant cette année serait détruit le mur de Berlin ? Qui pouvait imaginer que, tour à tour, la Hongrie se donnerait un gouvernement démocratique, la Pologne verrait les membres de Solidarnosc prendre part au gouvernement, que la Tchécoslovaquie retrouverait une certaine liberté ? Qui pouvait imaginer tout ce qui s'est passé pendant cette année.

C'est pourquoi il n'est pas question en com­mençant une année nouvelle de supputer ce qu'elle pourra être. Nous pouvons seulement ouvrir notre cœur à ces événements que le concours des libertés humaines, avec la volonté de salut de Dieu, va jour après jour, égrener tout au long de cette année qui commence. Je crois que le souhait que nous pouvons nous faire, le souhait que je voudrais vous faire ce matin ne peut pas avoir trait à notre vie personnelle, individuelle, mais doit porter sur ces grands événe­ments du monde. Je crois que nous devons vivre au niveau de ces événements. Et c'est cela que nous de­vons nous souhaiter les uns aux autres, d'être capables de les lire, de les recevoir véritablement avec un cœur de disciple du Christ. Il n'est pas question que je donne ici une interprétation, pour laquelle d'ailleurs je suis totalement incompétent, en matière politique. Mais il me semble que quand des choses aussi im­portantes se produisent, quelle que soit l'interprétation que l'on en donne et les lendemains qu'elles risquent d'avoir, quand des événements aussi importants se produisent, nous avons, nous chrétiens, à les lire et à les vivre comme des disciples du Christ, c'est-à-dire à les vivre et à les lire avec le regard de Dieu.

Quand des millions et des millions d'hommes souffrent, non seulement dans leur liberté, mais même dans leur dignité, quand tant de pays, car nous ne pouvons pas oublier que si certains ont connu un commencement encore hypothétique de liberté, d'au­tres sont déchirés comme le Liban ou encore écrasés comme ce que nous avons vu à la place Tien An Men à Pékin, sans parler du prix payé en massacres et charniers par la Roumanie, quand tant de peuples sont ainsi secoués au plus profond d'eux-mêmes, au plus profond de leur vérité et de leur dignité humaines, nous ne pouvons pas nous contenter de nous occuper de nos affaires personnelles, nous devons vivre au rythme et en communion avec ces grands événements.

Le regard que Dieu porte sur tous ces événe­ments que les hommes fabriquent au gré de leurs hai­nes ou de leur lucidité et leur intelligence, ou au gré de leur ouverture de cœur, le regard que Dieu porte là-dessus est un regard de salut. Nous venons de l'en­tendre dans l'évangile, en ce jour, Marie a présenté Jésus pour la circoncision et, comme il était d'usage, on Lui a donné un nom et ce nom ne venait pas de l'imagination plus ou moins poétique de ses parents, il venait de Dieu Lui-même. C'est Dieu qui, par l'ange, avait révélé à Marie et à Joseph le nom de cet Enfant : Jésus, Jésus c'est-à-dire "Dieu sauve". Et vous connaissez peut-être ces paroles si belles de saint Bernard que nous transmet la liturgie, sur le nom de Jésus "ce nom qui est la joie de notre cœur, le miel dans notre bouche, la douceur de nos lèvres, l'espoir de ceux qui le cherchent, une source d'eau vive pour ceux qui l'ont trouvé". Et la litanie que saint Bernard tisse autour de ce nom de Jésus, continue de titre en titre, de douceur d'intimité et de joie. Le nom de Jé­sus, ce nom de notre Bien-Aimé, ce nom de Celui qui est plus nous que nous-mêmes, ce nom de Celui qui s'est fait si proche, si semblable à nous pour nous sauver, ce nom de Celui qui est venu non pas pour changer autoritairement le cours des événements du monde, mais pour subir ce cours des événements, le nom de ce Jésus qui, pour nous sauver, a accepté d'être rejeté, bafoué, tué, crucifié, pour apporter la force de sa Résurrection au cœur de ces souffrances des hommes, au cœur de tous ces déchirements que les hommes sont si habiles à inventer les uns pour les autres. Ce nom de Jésus qui ainsi porte le poids de l'histoire humaine, qui ainsi prend sur Lui tous ces événements qu'Il n'avait pas choisis, mais qu'Il a fait siens, qu'Il a assumés dans un plus grand amour. Ce nom de Jésus est la lumière qui doit nous aider à comprendre de l'intérieur et à vivre tous ces événe­ments du monde.

Nous participons, chacun pour notre part humble, modeste, à la fabrication, si je peux dire, de ces événements, mais nous avons surtout à nous met­tre au cœur de ces réalités pour en porter le poids, poids de douleur et de souffrance, ou bien poids de lumière et d'espérance, pour porter ces événements avec le Christ Jésus qui s'est fait homme parmi les hommes, non pas pour révolutionner le monde des hommes, mais pour donner un sens plus profond à tout ce que les hommes sont capables d'inventer. Je crois que c'est cela que nous devons vivre comme chrétiens : être des témoins inlassables d'une signifi­cation de lumière et d'amour au cœur de tout ce qui se tisse jour après jour, autour de nous, et à quoi nous sommes mêlés inextricablement, porter un regard signifiant et croire assez que la force de l'amour de Dieu peut donner sens, sens comme signification et sens comme orientation, à tout ce que trament les hommes au cours de ces années qui se succèdent.

Invitons-nous les uns les autres à ce recueil­lement intérieur qui ne nous éloigne pas du monde, qui au contraire nous situe au cœur de ce monde, mais non pas comme des agités, non pas comme des mou­ches du coche qui croiraient faire plus qu'elles ne sont capables de faire, mais nous situer au cœur du monde pour en percevoir le sens, pour en porter le poids, pour lui apporter, avec le Christ, la lumière et l'orien­tation. Il faut que nous croyions assez à la force de l'amour, cet amour qui a ressuscité Jésus, cet amour qui est plus fort que la mort, cet amour qui est plus fort que les forces des hommes, cet amour qui est plus fort que notre péché, plus fort que nos haines, plus fort que nos déchaînements de violence, il faut que nous croyions assez à cet amour pour que le vivant de toutes nos forces, même si elles sont pauvres et limi­tées, nous pesions dans la balance des événements du monde, pour qu'ils fassent petit à petit advenir le Royaume au cœur de cette terre.

Frères et sœurs, en commençant cette année, demandons donc à l'Esprit du Seigneur de nous remplir de la force du nom de Jésus pour que nous puissions, chacun, participer à ce salut du monde, être d'autres christs, répandre cette douceur de Dieu Sauveur, Jésus.

 

AMEN

 

 

 
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