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MYSTÈRE DE LA MATERNITÉ

Lc 2, 1-7
Vigiles de la fête de Sainte Marie Mère de Dieu – année C (1er janvier 1992)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

Je vous propose de passer quelques dernières minutes de cette année à méditer sur le mystère dans lequel nous entrons, un double mystère à deux faces complémentaires d'une part la maternité de Marie : "Elle mit au monde son enfant, l'enveloppa de langes ", c'est la fécondité de la Mère, et d'autre part demain nous lirons l'évangile de la Circoncision de l'enfant mâle. On fête donc en même temps la fé­condité de la Mère et la circoncision de l'Enfant. Ce n'est pas un hasard.

Dans la Bible, pour définir l'homme et la femme, on dit : " ils sont une seule chair ". Pour nous aujourd'hui cela représente une sorte d'union spiri­tuelle, les jeunes mariés, tout va bien, c'est la lune de miel. En réalité, pour les sémites, "une seule chair" c'est vraiment une seule chair. L'homme et la femme ensemble sont fait pour littéralement "faire corps " et donc une seule chair. Seulement le mystère, et c'est cela qui est très grand, c'est que la chair de l'un et de l'autre signifient chacune, dans le plan de Dieu quel­que chose de précis. La chair de l'homme et la chair de la femme sont faites pour être une seule chair et pourtant, quand ils font une seule chair, chacun signi­fie quelque chose d'irréductible, d'absolument parti­culier. Ce n'est pas tout à fait ce qu'on croit.

La chair de l'homme c'est la chair blessée et c'est le sens de la circoncision. Et c'est le sens de la circoncision de Jésus. C'est vrai, dans la tradition juive, un enfant mâle est blessé dans la partie la plus vivante car destinée à donner la vie, la partie la plus vivante de sa chair qui est son sexe et il est mutilé, il est blessé. Et personnellement je crois que la circonci­sion est le sacrement du péché originel. Elle est le fait que l'homme, alors qu'il avait vocation de tête et de chef, ne trouvera pas la plénitude en lui-même. Il est blessé dans sa chair, il n'est pas capable de trouver en lui-même sa propre plénitude. Il porte une chair bles­sée, une chair mutilée.

Et de l'autre côté, le mystère de la femme, c'est cette étonnante fécondité. La femme porte la vie en elle. Elle a une chair qui, à certains moments, la rend plus grande qu'elle de la vie même de son enfant. Ainsi donc, les deux qui ne font qu'une seule chair, vivent le même mystère de la chair, chacun selon une perspective et une signification différente : chair bles­sée pour l'homme circoncis dans la tradition juive, chair féconde, plus remplie qu'elle-même par la fé­condité. Et quand nous fêtons la maternité de Marie, nous fêtons la chair de la femme dans la plénitude en tant qu'elle est plénitude de vie et donne la vie.

Vous remarquerez d'ailleurs, et à mon avis c'est une des raisons pour lesquelles nous parlons de la virginité de Marie dans la conception et dans l'en­fantement, vous remarquerez qu'il n'y a pas de bles­sure en elle, il n'y a pas de blessure par la conception, il n'y a pas de blessure par la parturition. C'est-à-dire que Marie, en étant à la fois vierge et mère, manifeste la plénitude de la vocation de la chair de la femme qui est simplement de donner vie. Et d'autre part vous remarquerez que le Christ a pris une chair d'enfant mâle, une chair qui a été blessée au huitième jour, et une chair qui sera blessée sur la croix. C'est-à-dire une chair qui donnera la vie au monde par sa propre blessure. Par sa souffrance, nous sommes sauvés, par sa chair nous sommes sauvés.

Vous voyez comment dans cette mentalité différente de la nôtre, aujourd'hui la femme et l'homme ont un corps et ce sont des fonctions phy­siologiques, et la sexualité est tout. La chair même signifie le mystère de la relation à Dieu et signifie radicalement le mystère du salut La chair de l'homme, de l'enfant, de ce Jésus qui est circoncis et qui sera un jour blessé à mort sur la croix, c'est la chair de l'homme en tant qu'elle ne peut pas trouver en elle-même sa plénitude. Et la chair de la femme, c'est la chair de la vierge Marie, la chair féconde, la chair qui est plus grande qu'elle-même par la vie humaine qu'elle donne et qu'elle apporte au monde.

Ainsi dans cette fête de la maternité divine de la vierge Marie nous est déjà signifié tout le mystère de notre salut. On comprend comme les Pères anciens exaltaient le mystère de la vierge Marie à partir d'Eve. Celle qui avait fait qu'Adam était tombé et finalement blessé, c'est celle-là même qui accomplit, d'une façon plénière et définitive le mystère de la fécondité, c'est la vierge Marie.

En nous acheminant vers cette nouvelle an­née, prions à travers ce mystère sur notre vocation à chacun, homme, femme. Aujourd'hui puisque le Christ, par sa blessure su la croix, a accompli le salut, nous ne sommes plus circoncis dans l'Église et l'on comprend pourquoi. A partir du moment où le Christ est mort comme le sacrifice parfait, il ne peut plus y avoir d'autre sacrifice. A partir du moment où la chair blessée du Christ a été salvatrice pour l'humanité tout entière, la circoncision est obsolète et n'a plus de rai­son d'être.

Nous prierons donc pour que, hommes et femmes, vivant dans la plénitude de notre chair ce mystère de la présence salvifique de Dieu, nous sa­chions chacun à notre place, chacun selon la vocation qui nous est donnée. Que ce soit la vocation du ma­riage, que ce soit la vocation de la virginité consacrée, la vocation du veuvage, qui nous constitue chacun à notre place dans l'Église, ce ne soit pas simplement une sorte de spiritualité éthérée mais bien plus pro­fondément notre appartenance dans la chair au Christ pour toujours.

 

 

AMEN