AU FIL DES HOMELIES

Photos

LE MYSTÈRE DE LA CHAIR DU CHRIST

Lc 2, 1-7
Vigiles de la fête de Sainte Marie Mère de Dieu – année C (1er janvier 1995)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

En ce huitième jour de la fête de Noël, nous célébrons tout à la fois deux événements d'une importance apparemment très différente et pourtant très convergentes par leur signification pro­fonde. Nous célébrons le jour où Jésus a été circoncis le huitième jour après sa naissance, comme tout en­fant juif, et nous célébrons aussi, dans cette plénitude que marque le huitième jour après Noël, la maternité de Marie, Sainte Marie, mère de Dieu.

Ces deux événements, apparemment dispara­tes, se rejoignent profondément. Dans un cas comme dans l'autre, il s'agit d'abord du mystère de la chair de Jésus. Par la circoncision, Jésus reçoit, dans sa chair, le signe de l'alliance de Dieu avec Israël, le signe in­délébile de son appartenance à la race d'Israël, à la race d'Abraham. Par ce rite solennel de la circonci­sion, Jésus est ainsi enraciné dans l'humanité, dans cette humanité très précise, bien particulière, non pas une humanité générale ou vague, mais l'humanité d'Israël, l'humanité de ce peuple, ce petit peuple parmi les innombrables peuples, mais ce peuple choisi, élu précisément pour façonner la chair du Fils de Dieu.

La maternité de Marie, c'est aussi le mystère de la chair de Jésus. Dans le sein de Marie, Jésus, le Fils de Dieu, le Verbe se fait chair. Il devient homme en recevant cette substance charnelle, cette participa­tion à la matière créée qui le fait, comme nous, partie de ce monde, en quelque sorte en connaturalité avec nous tous, avec cet univers bien matériel, bien concret. Et Marie lui donne non pas une chair abs­traite, non pas une chair humaine en général, mais elle est la "Fille de Sion" et elle lui donne cette chair juive puisque les enfants juifs appartiennent à cette race par leur mère. Et par Marie, sa mère, Jésus, comme par la circoncision s'enracine dans la descendance d'Abra­ham.

C'est l'humanité que Jésus vient assumer, mais contrairement à ce que nous pourrions être tentés de penser, Il n'assume pas une humanité globale comme s'Il se faisait homme un peu chinois, un peu américain, un peu européen. Il se fait homme comme tous les hommes c'est-à-dire homme concret, d'une race précise car il n'y a pas d'homme qui ne soit pas enraciné dans une lignée, dans une généalogie, dans un peuple, dans une race. Par Marie, comme par la circoncision, Jésus est pleinement homme, homme par sa chair, par sa chair qui est, à travers Marie, la chair d'Abraham, d'Isaac, de Jacob, la chair des pa­triarches, la chair de David, la chair de ce peuple d'Israël.

En Jésus donc, tant par la maternité de Marie que par le rite de la circoncision, c'est la pleine signi­fication de l'humanité que le Verbe de Dieu assume et prend sur Lui. Et de cette manière, Jésus devient tel­lement notre frère, Il devient tellement semblable à nous, sa génération est tellement homogène à notre génération humaine, sa chair est tellement une chair d'homme que nous devenons, comme le disait admi­rablement tout à l'heure Isaac de l'Etoile, nous deve­nons participants de cette unique chair du Christ. Nous devenons tous un avec Lui. Nous ne sommes pas simplement juxtaposés au Christ. Il assume l'hu­manité concrète d'une enfant juif, et par là même, Il assume une humanité semblable à celle de tous les enfants, non seulement du peuple juif mais de toutes les autres races, de telle sorte que tous nous puissions nous reconnaître en Lui, nous retrouver en Lui. Nous ne nous retrouverions pas dans un enfant qui n'aurait pas de race, qui n'aurait pas de généalogie, qui n'aurait pas d'hérédité, nous ne nous retrouverions pas dans un enfant qui serait "l'homme en soi", une idée d'homme, une théorie d'homme. Nous ne pouvons nous retrou­ver en Jésus que parce qu'Il est un être concret, réel, précis, avec un passé, avec une race dans laquelle Il s'enracine comme nous.

Et c'est pour cela que, comme Marie donne sa chair à Jésus, de la même manière Jésus va donner sa chair à l'humanité nouvelle qui est l'Église. Et l'Église, à son tour, va enfanter ces autres Christs que nous sommes par le baptême, car nous allons devenir un seul corps avec Lui, un seul être avec Lui. Et de la fête de Noël va jaillir cette extension de la divinité à l'humanité tout entière. De même que toute l'humanité s'était concentrée jusqu'à Jésus, car dans l'humanité tout entière avait été choisi un peuple, le peuple d'Abraham, le peuple juif, et dans ce peuple avait été choisi un reste, et dans ce reste avait été choisi cette poignée de disciples et dans cette poignée de disciples qui sont partis, qui ont laissé Jésus seul, Il a été seul élu pour monter sur la croix et réunir le ciel et la terre, de même à partir de Jésus s'épanouit l'humanité nou­velle, car à travers les apôtres, à travers les nations païennes qui rentrent dans l'Église, le mystère de l'Église humanité du Christ, Corps du Christ, s'éten­dant jusqu'aux limites de l'univers, va envahir la créa­tion tout entière.

En ce jour, célébrons donc la maternité de Marie comme étant le moment où Dieu s'enracine dans l'histoire humaine, la maternité de Marie comme étant le moment où l'humanité va s'enraciner dans la miséricorde, la plénitude et la splendeur de Dieu. En Marie s'accomplit cet "admirable échange", Dieu de riche se fait pauvre pour que, de notre pauvreté, jail­lisse la richesse du Fils de Dieu. Cet admirable échange, Dieu se fait serviteur, Il se fait humble et esclave pour que nous devenions rois, pour que nous devenions fils de Dieu, pour que nous devenions par­ticipants de la nature divine.

 

 

AMEN

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public