AU FIL DES HOMELIES

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SI MARIE M'ÉTAIT CONTÉE

Nb 6, 22-27, Ga 4, 4-7, Lc 2, 16-21
Sainte Marie, Mère de Dieu – année C (1er janvier 1995)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

Pour paraphraser un célèbre acteur, je dirais : "si Marie nous était contée", si la vie et l'his­toire de Marie devaient être illustrées par quelques propos aujourd'hui puisque heureusement la liturgie nous fait à célébrer ce visage de Marie, Mère de Dieu, je pourrais essayer de raconter ce que dit l'évangile, ce qui serait certainement le mieux. Marie avec Joseph, l'âne et le bœuf selon la tradition, mais au centre de la crèche ce n'est pas Marie, c'est Jésus. Et je pourrais raconter ce que l'on nous dit aussi dans les évangiles qu'elle a accepté d'être la Mère de Dieu après la visite d'un ange, qu'elle a chanté la gloire du Seigneur après avoir rencontré sa cousine Elisabeth qui l'a bénie entre toutes les femmes d'être cette Mère assez extraordinaire. Et en même temps je pourrais raconter Marie aux noces de Cana et Marie au pied de la croix, Marie essayant de traquer Jésus qui est très pris par ses disciples, par la foule. Mais en somme je resterais un petit peu sans voix, je n'aurais peut-être pas de quoi faire tout un sermon parce que l'évangile reste assez discret sur Marie, comme d'ailleurs Marie l'était elle-même puisqu'on nous dit que Marie gardait toutes ces choses dans son cœur. Elle ne faisait pas de grand discours sur ce qui lui était arrivé ni de grands sermons.

Et pourtant si l'histoire de Marie m'était contée, il me faudrait peut-être remonter un peu plus loin. Certes je pourrais parler, dans ces cas-là, du pays où elle est née, je pourrais parler aussi d'Anne et Joa­chim, mais alors là je serais encore plus arrêté parce qu'on en dit encore moins que sur Marie et je dirais même que l'évangile ne dit rien du tout. Et nous nous trouverions en train d'essayer de parler de quelqu'un en ayant peu d'éléments.

Mais en somme si l'on veut parler de Marie, il faut effectivement raconter son histoire, et pas seule­ment la sienne, l'histoire de tout un peuple, l'histoire de toute une nation, de tout un pays, mais aussi l'his­toire de toute l'humanité à travers ce pays. Et nous aurions peut-être là quelque chose qui serait toujours approximatif mais un petit peu plus vrai sur ce que l'on peut dire aujourd'hui de Marie, Mère de Dieu.

Il faudrait parler d'abord des oracles prophéti­ques que Marie réalise parfaitement : voici une vierge concevra et elle enfantera un Fils. Il faudrait montrer combien Marie est vraiment Vierge et Mère, c'est-à-dire capable d'être dans uni état de pureté parfaite et en même temps de donner la vie, de donner le jaillissement même de tout ce qu'elle, est à travers son corps. Il faudrait remonter l'histoire du temps et le cours de l'histoire du peuple juif et découvrir, à travers toute l'histoire de ce peuple, que Marie est l'héritière de ce que ce peuple vit, même si l'histoire de ce peuple est d'ailleurs paradoxale.

Il faudrait remonter au roi David, il faudrait remonter à Moïse et à Abraham, il faudrait voir qu'à travers ces trois phares de l'Ancien Testament se des­sine le visage de Marie. A travers David, le roi par excellence à qui est faite la promesse que son trône subsistera à jamais et qu'un de ses descendants s'as­soira sur ce trône et demeurera pour toujours, c'est Marie le trône de la sagesse, qu'à travers Moïse la Loi se réalise parfaitement en Marie qui est le réceptacle de cette parole, de ce don de Dieu qui est fait par le commandement, et plus encore que le commande­ment, les dix paroles de vie, en Marie portent fruit.

Il faudrait remonter à Abraham à qui est pro­mis une descendance, une terre promise, une terre où coulent le lait et le miel, et que Marie est le fleuron de cette promesse. Et plus encore il faudrait aller jus­qu'au bout de l'histoire et il faudrait aller au cœur même, à l'origine même de l'humanité.

Il faudrait remonter à Adam et Eve, et voir en Marie la nouvelle Eve. Et ainsi de suite nous décou­vririons que Marie n'est en fait que le reflet multiple de tout ce que le peuple juif a vécu, que Marie cata­lyse en elle absolument toutes les promesses et tous les oracles, tout le dessein du salut que le Seigneur ai mis en place depuis l'origine de l'humanité. Marie se présente alors comme une simple femme qui récapi­tule en elle toute l'histoire, un petit peu comme cer­tains monuments historiques, à eux seuls, sont une anthologie de la mémoire vivante de l'humanité.

Mais Marie n'est pas simplement un recueil d'histoire. Et si l'histoire de Marie nous était contée, il faudrait voir comment Marie réalise aujourd'hui, dans sa vie présente, ce dont elle est l'héritière. Il faudrait voir comment Marie, au jour le jour, peut recevoir et être à elle seule toute cette histoire qui lui est donnée et qui est vécue dans l'approfondissement d'une vie quotidienne. Ainsi Marie nous est donnée comme le visage et comme le symbole même du salut de Dieu qui se réalise en une simple femme.

 

AMEN

 

 

 
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