AU FIL DES HOMELIES

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 MARIE, LA PLUS BELLE DES ICÔNES

Nb 6, 22-27, Ga 4, 4-7, Lc 2, 16-21
Sainte Marie, Mère de Dieu – année A (1er janvier 1996)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

Les bergers se sont dit : "allons voir à Bethléem ce qui est arrivé". Peut-être ont -ils été un peu déçus car lorsqu'ils sont arrivés après avoir entendu les merveilles que les anges avaient annon­cées, la gloire chantée par cette multitude de séra­phins et de chérubins, ils découvrent Marie, Joseph et l'Enfant Jésus, un nouveau-né dans la crèche.

Qu'y avait-il de merveilleux ? il n'y avait peut-être de merveilleux que Marie, Joseph et l'Enfant Jésus. Finalement une famille et puis un nouveau-né dont on a simplement essayé de reconnaître de qui Il avait les traits, comme on le fait pour tout enfant, en se demandant s'il ressemble plus à son père ou à sa mère. Peut-être que les bergers ont passé leur temps à cela, sans peut-être tout à fait comprendre comment cet Enfant était le Messie et que ce Messie était le Fils de Dieu, comment, étant le Fils de Dieu, Il pouvait être dans la crèche entre l'âne et le bœuf, nous dit l'apocryphe, et surtout qu'est-ce qu'il y avait de plus extraordinaire que de voir et de contempler un monsieur, une dame et un enfant ? Joseph, Marie et l'Enfant Jésus.

Ce qu'il y a d'extraordinaire, je crois, c'est saint Paul qui nous le dit, c'est que ce "spectacle" n'est rien d'autre que l'émergence de quelque chose de nouveau, d'une réalité nouvelle dans le monde, et en même temps une réalité nouvelle qui est bien de ce monde, en ce sens que saint Paul nous dit : "à la plé­nitude des temps, Jésus est né de Marie". Il dit même : "une femme", il se contente de dire : "une femme". Et c'est cela qu'il y a d'extraordinaire, c'est qu'une femme devient le signe même de la rencontre la plus profonde entre l'homme et Dieu. Et ce que nous célébrons aujourd'hui dont le pape Paul VI a voulu que ce soit si solennel : célébrer la maternité de la Vierge Marie, tant et si bien qu'on en oublie parfois qu'on célèbre dans l'octave, huit jours après Noël, la circoncision de l'Enfant Jésus, si le pape Paul VI a voulu célébrer avec tant de solennité Marie, mère de Dieu, c'est pour arriver peut-être à la même constata­tion que saint Paul. Jésus, à la plénitude des temps, nous est donné celui qui ouvre une ère radicalement nouvelle, une bonne nouvelle qui n'est pas simple­ment une bonne année, mais qui est une vie nouvelle, qui est la vie de Dieu, la présence de Dieu au milieu de nous. Et cette radicale nouveauté dans notre vie, dans notre existence de la rencontre de Dieu et de l'homme se fait au cours de la célébration sacramen­telle, c'est ce qu'il y a de plus signifiant comme signe de la rencontre, de l'union, de la communion.

Alors ce que les bergers ont vu, c'est une femme et c'est un Enfant et qui ont compris du moins nous l'espérons, tout le mystère du Dieu de la ren­contre comme nous devrions comprendre aujourd'hui tout le mystère de Dieu qui a fait alliance avec nous. En célébrant Marie Mère de Dieu, non pas parce que nous idolâtrerions Marie, mais parce que Marie est extraordinaire de simplicité. Non pas parce que Marie aurait fait des choses merveilleuses, mais parce que Marie est extraordinaire d'humilité, parce que Marie a accepté d'être entièrement graciée, c'est-à-dire de se recevoir entièrement de Dieu, de sa vie. Et qu'en somme malgré ou à cause de ce qu'elle va être, elle puisse pleinement en vérité s'écrier, comme l'écrit saint Paul : "J'ai reçu l'Esprit de Dieu, l'Esprit filial qui me fait dire : Abba, Père, à Dieu, qui me fait dire aussi : je me reconnais comme étant moi-même en­fantée, je me reconnais comme enracinée à une source qui ne peut plus tarir, qui est celle de la vie même et de l'Amour de Dieu ".

Toute l'histoire de la dévotion à Marie devrait se recentrer là-dessus, tout le pèlerinage de la Vierge Marie dans son histoire avec l'Église devrait fixer nos regards et notre attention sur cette femme, dans la crèche, avec Joseph et un Enfant. Car en somme c'est bien ce mystère même de Dieu qui s'est réalisé en Marie qu'aujourd'hui nous célébrons pour nous. Nous célébrons les merveilles de Dieu, les prévenances de Dieu en chacun de nos cœurs, en chacune de nos vies comme Dieu a voulu célébrer sa vie en Marie.

Il a fait de Marie la plus belle des icônes pour que nous aussi, comme elle, nous soyons iconopho­res, c'est-à-dire que nous puissions porter en nous-mêmes le salut de Dieu, que nous puissions porter réellement la présence de Dieu. Qui était digne de porter cette présence de Dieu ? On n'avait trouvé qu'un Temple avec quelques pierres et c'était bien insuffisant. Et l'on a trouvé enfin la femme pour por­ter la présence la plus intime de Dieu afin que désor­mais tout homme soit digne d'être Lui aussi rempli de cette présence de Dieu. Iconophores pour qu'aujour­d'hui encore, nous aussi, nous soyons les révélateurs au monde de ce salut de Dieu, les porteurs de la bonne nouvelle. Dieu a fait de Marie la plus belle des icônes, Dieu a fait en elle l'œuvre de l'iconographe, Il a des­siné le visage merveilleux de son Fils et Il l'a dessiné avec les traits d'une Mère, Il a pris une femme pour que Dieu ne soit plus impersonnel, que Dieu ne soit plus lointain, que nous puissions voir, que nous puis­sions entendre, que nous puissions toucher Dieu, pour que nous disions : oui, Il est réel, oui, j'ai vu son vi­sage et je l'ai vu à travers une femme, je l'ai vu à tra­vers Marie, comme aujourd'hui le monde devrait voir, à travers le visage de toutes les femmes et de tous les hommes, ce visage de Dieu qui peu à peu se dessine, s'inscrit, pour qu'aujourd'hui le peuple de Dieu, son Église soit iconographe, qu'elle dessine à ce monde la plus belle des icônes, la réalisation du salut parmi nous, le visage de Dieu qui peu à peu sur notre visage se dessine et nous transfigure.

Dieu a fait de Marie la plus merveilleuse des icône, Il a fait œuvre d'iconoplaste, Il a modelé la vie de Dieu en elle, Il l'a modelée pour que sa vie à elle ne soit plus qu'un chant de louange et de célébration, pour qu'elle s'émerveille de ce qu'elle portait, de ce qu'en son sein peu à peu il se tissait pour qu'elle puisse dire : mon âme exalte le Seigneur et qu'aujour­d'hui nous puissions continuer à célébrer et à chanter, dans cette eucharistie même: et mon esprit exulte en mon Dieu car Il a fait des grandes choses. Il a fait des merveilles pour que l'Église soit encore iconoplaste, que comme le potier qui modèle une oeuvre, comme le peintre qui fait jaillir une image, que comme l'ar­tiste qui modèle une oeuvre d'art, que l'Église encore fabrique, façonne, modèle la plus belle des réalités, la plus grande et la plus merveilleuse, la présence du Dieu qui tisse sa vie avec nous. Et tout cela nous est donné dans ce visage de Marie qui porte Dieu, qui sur son visage laisse transparaître Dieu et qui dans sa chair se laisse tisser et modeler de la vie de Dieu.

Que souhaiter de plus beau ? quel plus grand amour pour Marie peut-on célébrer que ce que nous donne la liturgie de ce jour ? quelle plus grande et plus belle dévotion que de comprendre que ce qui s'est réalisé en Marie à la plénitude des temps, c'est en ce temps que ça devient plénitude ? Oui, je puis dire : Père, Abba, recevoir cet esprit filial d'adoption qui fait de moi un autre christ, selon la célèbre formule latine. Un autre Christ et que dans cet autre christ je me reconnaisse reçu, que dans cet autre Christ je me comprenne vraiment comme fils, que dans cet autre christ je me sache peu à peu tissé, modelé, gravé à l'image de Dieu et porteur de son salut. Je le dois à une femme qui a accepté de répondre : oui pour l'hu­manité.

Marie nous rappelle ce oui fondamental : que l'homme accepte l'imprévu, que l'homme est capable d'accueillir ce qui est plus grand que lui, il est capable de dire oui à l'amour qui transfigure, qui donne la nouveauté et que l'homme adhère de tout son cœur à célébrer dans la joie la merveilleuse que plus per­sonne, pas même les bergers, n'avait encore osé espé­rer.

 

 

AMEN

 

 
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