AU FIL DES HOMELIES

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A LA PLÉNITUDE DES TEMPS

Nb 6, 22-27, Ga 4, 4-7, Lc 2, 16-21
Sainte Marie, Mère de Dieu – année C (1er janvier 2001)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

"Quand vint la plénitude des temps, Dieu envoya son Fils né d’une femme". C'est ainsi que l'apôtre saint Paul résume un événement très important que nous avons fêté et que la liturgie se plaît à donner à méditer dans sa plus grande splen­deur, la naissance de Jésus. Ce qui est intéressant dans ce que dit saint Paul, c'est qu'il marque que Jésus arrive à un temps donné, celui qu'il appelle la "pléni­tude des temps", au sens très large qui entend que non seulement Jésus s'inscrit dans l'histoire, mais Il est à la fois la fin et le commencement de cette histoire. Il est Celui qui va marquer l'achèvement d'une histoire commencée depuis très longtemps avec Dieu, Dieu aimant les hommes, les cherchant et se donnant à l'humanité. Il est important de ressaisir que pour nous tout semble presque logique, Adam, Eve, la Création, les petites bêtes avec Noé, puis Abraham l'homme de la foi, Moïse, les sages, les prophètes, le roi David, toutes ces grandes figures qui peu à peu ont tissé le fil de cette histoire avec Dieu, une très belle histoire, une grande histoire. Encore a-t-il fallu finalement qu'un homme, quelques hommes, un ramassis de tribus, puis une nation, se comprennent peu à peu comme aimés de Dieu et le peuple élu, choisi, préféré, parce que dans l'amour on choisit, on préfère.

Dans l'amour, parmi toutes les choses qui nous sont proposées, il y a cette dilection, cette précellence envers quelqu'un, quelques-uns, non pas que les autres soient exclus, mais il faut que notre amour s'incarne, soit concret, réel, pour qu'il puisse être manifesté à tous. On ne peut pas aimer de manière idéologique, parce que ce n'est pas aimer. Aimer ceux qui sont loin, je n'ai aucune difficulté à les aimer, ils n'embarrassent pas ma vie, ils ne me touchent pas et ne m'affectent pas. Mais ceux qui sont proches, qui sont là tout près de moi, ceux qui sont réels et concrets, c'est à eux que doit s'adresser mon amour. Finalement, c'est ressembler, c'est être à l'image de Dieu que d'aimer, de préférer et de choisir pour inscrire dans le concret, le temps et l'histoire des hommes, son amour. L'amour de Dieu ne reste pas lointain, nous, nous le croyons loin et au-delà, nous sommes éloignés de Dieu, mais Dieu est proche. Dieu vient à la plénitude des temps, c'est-à-dire qu'Il vient à la plénitude de tous les temps, Il vient à la plénitude de notre temps.

Quand Dieu remplit le temps et l'histoire, Il remplit de sa présence et de son Amour, et là, tout est achevé, tout est consommé, tout est rempli par cette présence de Dieu. L'événement de la crèche, de la naissance de Jésus peut, au regard de l'humanité, et c'est certainement ainsi que cela s'est passé, peut passer tout à fait inaperçu, d'ailleurs, quoi ? Des anges, oui, très bien, mais quelques bergers, peut-être plus de moutons que de bergers, mais les bergers sont là, et ils ont entendu les anges, ils ont vu un enfant, une femme, un homme et ils sont repartis en racontant tout ce qu'ils avaient vu de merveilleux. C'est tellement merveilleux de voir un enfant, une mère et un homme.

Ce qui est important, c'est qu'on nous dit aussi ce qui se passe à l'intérieur de cette famille. On sait au moins que Marie gardait tout cela dans son cœur, qu'elle méditait ces événements, elle qui se retrouve plongée au centre même de l'histoire, au centre même de la plénitude des temps, de la divinité, au centre même de ce mystère que tout homme avait espéré, que beaucoup avaient attendu, que les patriarches et les prophètes avaient annoncé, et c'est elle, une simple femme qui se retrouve au pied de l'immensité, de la divinité, de quelque chose qui la dépasse absolument. Elle se retrouve au centre même de l'amour, et pourtant, cet amour est concret, parce qu'il s'inscrit dans son histoire, dans sa vie, dans son expérience de femme, dans sa maternité et dans son quotidien au jour le jour. Marie devient pour nous le signe par excellence de cette proximité de Dieu, de ce Dieu inscrit dans le concret, et finalement, elle est pour nous le signe de ce que nous devenons nous-mêmes, parce que par notre baptême, par le don continu, renouvelé de l'Eucharistie, et aussi des autres sacrements que nous pouvons recevoir, c'est ce mys­tère de l'amour concret de Dieu, de l'éternité qui entre dans notre temps, de l'amour de Dieu qui s'inscrit dans l'histoire. Chaque jour, par cette vie liturgique et sacramentelle, peut s'inscrire, se dire et se signifier qu'à la plénitude des temps Dieu envoie son Fils, et qu'Il naît d'une femme, l'Église, qu'il naît de chacun de nous qui acceptons de le recevoir.

Du coup, la seule chose qui nous est deman­dée, c'est de l'accepter, d'accepter ce dessein qui nous dépasse, comme Marie qui a accepté ce qui la dépas­sait, ce qui était bouleversant, ce qui en somme était absolument nouveau. Elle devient, et je reprends une phrase qu'un jour notre ancien archevêque, Monsei­gneur Panafieu s'adressant aux séminaristes en 1987, et j'en faisais partie, disait ceci pour débuter l'année : "Trop souvent nous imaginons Marie vivant en-de­hors du monde, et déjà auréolée de la vision béatifi­que. En fait, Marie est le premier pèlerin de la foi, l'évènement de l'Annonciation comme celui du Temple de Jérusalem en sont les signes. Luc dit bien qu'elle a dû comme chacun de nous cheminer dans la foi, sans toujours saisir le dessein de Dieu sur elle. Sans doute, comme le chante la liturgie de l'Église dans un tro­paire de la Vierge Marie, elle a bâti sa demeure dans les vouloirs du Père, mais la volonté de Dieu sur elle prend des chemins insolites qui ont de quoi surpren­dre et désorienter. Pourtant, elle fait confiance, elle ne comprend pas toujours, mais elle n'essaie pas fé­brilement de chercher à savoir où Dieu la mène, il lui suffit de savoir que Dieu la conduit. Elle est fidèle dans la nuit de la foi et comme l'exprime le Concile Vatican II, elle avance dans son pèlerinage de foi. Savez-vous que la dernière parole de Marie dans l'évangile de Jean qui résume tout le sens de sa vie est : "Faites tout ce qu'Il vous dira".

Peut-être pouvons-nous laisser résonner ces paroles aujourd'hui parce que Marie dans son pèleri­nage de foi nous invite nous aussi à prendre ce che­min de la foi et de la confiance. Oui, pèlerins de la foi, cela signifie bien qu'il y a un chemin, une route, peut-être pas toujours très carrossable, une route où alternent le jour et la nuit, un chemin qui peut être rempli de dangers et où il faut être vigilant. Mais aussi un chemin où il y a des indications et des signes, des panneaux de signalisation. Un chemin que l'on prend parce qu'on ne sait pas toujours où il nous mène, mais on sait qu'il nous conduit vers une histoire d'amour et une plénitude des temps, et ce n'est pas tellement l'arrivée qui compte mais bien d'avoir déjà commencé à marcher sur ce chemin, d'être des hom­mes et des femmes de foi, pèlerins dans ce monde, capables d'annoncer encore à ce monde la radicale nouveauté de la Bonne Nouvelle du salut.

"A la Plénitude des temps, Dieu envoya son Fils, né d'une femme".

Est-ce que ce message pour nous est encore nouveau, est-ce que cela vaut encore le coup de pren­dre la route, d'être aimée de notre temps, au-delà de tout ? La réponse appartient à l'homme de foi.

 

 

AMEN

 

 
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