AU FIL DES HOMELIES

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COMME MARIE, TROUVER SON SENS EN UN AUTRE QUE SOI

Nb 6, 22-27, Ga 4, 4-7, Lc 2, 16-21
Sainte Marie, Mère de Dieu – année B (1er janvier 2003)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Frères et sœurs, si l'on demandait aux chrétiens, à chacun d'entre nous, quelle est la plus grande fête de la Vierge Marie, les réponses seraient sans doute variables. Certains, conduits par la dévotion, diraient peut-être volontiers que c'est l'Im­maculée Conception de la Vierge Marie, parce que c'est son privilège le plus extraordinaire, parce que c'est le commencement de son mystère, peut-être aussi parce que la définition dogmatique a profondé­ment marqué la piété populaire du siècle dernier, et c'est une des raisons pour lesquelles, par exemple, beaucoup de diocèses de France et du monde (comme le nôtre), ont adopté cette fête de l'Immaculée Conception comme fête patronale, même s'il n'y a pas de raison spécifique qu'Aix-en-Provence soit plus particulièrement lié à ce mystère.

D'autres sans doute, diraient que c'est l'Assomption de la Vierge Marie, cette fête où elle est couronnée dans l'accomplissement de toute son existence, mystère terminal, glorieux, somptueux, de Marie ressuscitée et couronnée reine des cieux. C'est ce que nous disons quand nous appelons Marie : Notre Dame et c'est la raison pour laquelle Louis XIII a consacré la France à la Vierge Marie, dans le mystère de son Assomption.

Pourtant, quand nous voulons regarder en profondeur la personne spirituelle et le mystère de Marie, il est incontestable que la fête essentielle, fondamentale, centrale de Marie, c'est Noël. Tous les mystères de Marie n'ont de sens, ne s'expliquent qu'à partir de cette relation tout à fait unique et extraordinaire, par laquelle Marie est devenue Mère du Fils de Dieu, Mère de Jésus le Verbe, et l'a mis au monde dans la nuit de Noël. C'est la raison pour laquelle en ce huitième jour de Noël, en cet achèvement de qu'on appelle une octave, c'est-à-dire huit jours de plénitude, de rebondissement de la joie d'une fête, nous célébrons plus particulièrement, Sainte Marie, Mère de Dieu, et la fête d'aujourd'hui est la fête centrale du mystère de Marie.

Toute la vie de Marie prend son sens, bascule en quelque sorte dans son sens éternel, définitif, quand elle conçoit en son sein cet Enfant qui est le Fils de Dieu. Elle n'a été préservée du péché originel dès sa conception qu'en vue de cette maternité divine, elle n'a été glorifiée dans son corps au jour de l'As­somption que par le débordement de cette maternité divine. Toute la signification de la vie de Marie, quels qu'en soient les éléments, ne trouve son assise que dans cette relation avec Jésus.

Cela nous amène à considérer que la plus grande fête de la Vierge Marie est une fête du Christ. La fête de Noël, fête par excellence de la maternité divine de Marie, est la fête de la naissance de Jésus. C'est pourquoi toute la journée de Noël et toute l'oc­tave de Noël nous n'avons cessé de reprendre ce mystère de la naissance de Jésus et c'est aujourd'hui, dans le jour où s'achève cette méditation du mystère de Jésus, que Marie prend toute son ampleur, toute sa dimension, et toute sa signification. Si l'on avait dit que la plus grande fête de Marie était celle de son Annonciation, ce qui d'ailleurs est équivalent, car qu'est-ce que l'Annonciation, sinon le début de cette relation intime de Marie avec Jésus, le portant en son sein jusqu'à le mettre au monde le jour de Noël, nous devrions dire de la même manière, que cette fête s'ap­pelle : Annonciation de l'Incarnation du Christ.

C'est très important que Marie nous indique ainsi que l'ultime mystère, l'ultime signification dans sa vie, n'est pas un mystère qui lui appartient à elle de manière exclusive, mais est d'abord un mystère de quelqu'un d'autre, ce quelqu'un d'autre qui est Jésus, son Enfant. Marie se définit non pas par une addition de privilèges, de merveilles ou de qualifications, Ma­rie se définit d'abord par sa relation à un autre qu'elle-même, par cet Enfant, qui avant même d'être son en­fant, est l'Enfant du Père, le Fils éternel du Père. La génération de Jésus par Marie qui, ainsi aboutit à la naissance au jour de Noël, est comme le reflet, l'écho, la projection dans notre histoire, dans notre temps, de cette génération éternelle par laquelle depuis toujours et avant toutes choses, le Père a mis au monde son Fils, son Fils éternel.

C'est très important de comprendre que la dé­finition la plus profonde de Marie ne réside pas en elle-même dans une accumulation de privilèges et de qualifications, mais la définition la plus profonde de son mystère, de sa vie, de ce qu'elle est, c'est une re­lation avec son Fils, avec quelqu'un d'autre. Nous avons toujours tendance à penser pour nous-mêmes aussi que l'accomplissement de ce que nous sommes, de notre vie et de notre existence, consiste à épanouir toutes les virtualités que nous portons en nous, à per­fectionner toutes les qualifications qui nous appar­tiennent, jusqu'à réaliser le plus pleinement possible notre définition. Marie est là pour nous montrer cette chose capitale qui s'applique à nous aussi, bien en­tendu, à chacun selon sa mesure, que nous ne sommes pas nous-mêmes en cultivant et perfectionnant nos propres virtualités et qualités, mais que nous sommes pleinement nous-mêmes quand nous trouvons l'élan, la relation, l'orientation de notre être vers quelqu'un qui nous dépasse, et quelqu'un qui nous aspire à lui et qui donne sens à tout ce que nous sommes. C'est déjà vrai humainement, en ce sens qu'au niveau de notre vie terrestre, nous ne devenons nous-mêmes qu'en nous recevant des autres, et de certains plus particu­lièrement qui marquent de façon fondamentale ou terminale, en tout cas, indélébile, notre être.

Nous devenons nous-mêmes à partir d'autres que nous que sont nos parents, et puis nous devenons nous-mêmes par les innombrables rencontres de notre vie, et certaines sont fondamentales, comme la rencontre de celui ou celle qui sera un autre nous-mêmes, et nous nous accomplissons en transmettant la vie qui nous dépasse à d'autres nous-mêmes que seront nos enfants. Il n'est pas nécessaire que j'essaie d'énumérer toutes ces relations qui sont constitutives de notre être, mais derrière ces innombrables liens qui se tissent entre nous et les autres, et certains autres plus particulièrement, entre ces innombrables liens qui se tissent et qui peu à peu dessinent la profondeur de notre être, qui est constamment un être en marche, en projection, en don, en réception, en échange, derrière ces liens, il y a ce lien fondamental que nous découvrons peu à peu, et qui se fait jour progressivement tout au long de notre existence, ce lien à l'Autre qui est par excellence, qui est notre source et notre fin. Nous ne sommes pas des êtres qui s'accomplissent en eux-mêmes, nous sommes des êtres qui trouvent sens quand ils s'élancent hors d'eux-mêmes, jusqu'à la rencontre de Celui qui seul, peut donner sens, signification et achèvement à tout notre être. Si Marie représente cela d'une manière exceptionnelle, c'est parce que précisément, ce qui dans sa vie correspond à ces rencontres, à ces relations avec les autres, à travers lesquelles nous découvrons la relation fondamentale avec Dieu, pour Marie, ce qui correspond à ces relations humaines, c'est la même chose que la relation avec Dieu, puisque son enfant, c'est Dieu. Elle n'a pas d'autre Epoux que l'Esprit Saint qui vient en elle pour féconder son sein d'une manière inimaginable et inattendue pour elle, d'une manière imprévisible, qui vient faire resplendir en elle une destinée qu'elle n'avait pas imaginée, et qui tout à coup transfigure, transforme tout ce qu'elle est.

Pour nous, il en va de même. Nous ne savons pas qui nous sommes, nous ne savons pas ce que nous deviendrons, mais petit à petit à travers les événe­ments, à travers les rencontres, à travers ces élans profonds de notre être, se dessine un sens, une signifi­cation qui n'apparaîtra pleinement que lorsque nous rejoindrons Celui qui est à la fois notre source et notre achèvement, Dieu, et qui ainsi accomplira notre être d'une manière parfaitement inimaginable, inattendue et qui dépasse de toutes parts tout ce que nous avons pu penser, désirer, préparer.

Au début d'une année nouvelle, avec Marie, laissons-nous prendre par cette nouveauté de Dieu, qui nous entraîne là où nous ne savons pas, là peut-être où ne voudrions pas aller, mais là où nous décou­vrirons qui nous sommes et quel est le mystère pro­fond de notre vie et de la vie de toute chose, puisque Dieu est la clé qui ouvre toute cette signification et qui nous accomplit et nous conduit tous ensemble vers cet accomplissement final.

 

 

AMEN

 

 
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