AU FIL DES HOMELIES

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LA FEMME EST L'AVENIR DE L'HOMME

Nb 6, 22-27, Ga 4, 4-7, Lc 2, 16-21
Sainte Marie, Mère de Dieu – année B (1er janvier 2012)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


L'accomplissement du projet divin
"A la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils né de la femme". Frères et sœurs, on va commencer cette année très fort, on va parler de la femme et de la féminité. Messieurs, ouvrez bien toutes grandes vos oreilles! En effet, le meilleur moyen de commencer l'année c'est de nous rappeler ce que signifie la féminité.

Dans le monde ancien, qui n'avait pas lu Freud, qui n'avait pas élaboré des théories de sexologie, dans ce monde ancien, on avait une vision assez construite du problème de la sexualité. La masculinité, l'être homme au sens viril et la féminité l'être homme au sens féminin, ces deux réalités étaient perçues comme profondément articulées non seulement d'un point de vue biologique de description de la sexualité comme sorte de pouvoir de reproduction des cellules et des individus, mais on avait attribué des rôles précis à l'un et à l'autre. Ces rôles précis n'étaient pas biologiques, mais ils étaient d'abord une dimension de chaque homme. Selon les sociétés, ce n'était pas toujours très flatteurs pour les femmes, je pense mesdames qu'il vaut mieux vivre aujourd'hui qu'à certaines époques de l'empire romain. Les deux réalités étaient coordonnées au plus haut point spirituel. Je crois que les anciens avaient une vision, surtout dans la tradition biblique, une vision spirituelle du fait d'être homme et du fait d'être femme.

J'évoque rapidement l'homme, ce n'est pas mon sujet ! Pour l'homme la caractéristique spirituelle c'est la source et l'initiative. Vous allez me dire que je suis mal barré et que je vais attribuer aux dames uns sorte de passivité obéissante, elle doit faire tout ce que souhaite son mari. Précisément, non, car si l'on comprend bien "initiative", si on comprend bien "source", ce n'est qu'un début. Le fait d'être source, le fait d'être initiative, ce n'est pas la totalité. On ne peut pas être initiative tout seul, c'est évident du point de vue sexuel, on ne peut pas être source tout seul. Donc, l'homme est perçu comme celui qui peut prendre des initiatives, mais qui précisément ne peut pas les accomplir seul. Il est du côté de la source, des références, de la Loi, de la continuité avec ce qui précède, mais en réalité, il ne peut pas à lui seul assurer la continuité. Cette autorité absolue qu'une certaine tradition a voulu attribuer à la masculinité qui a longtemps régenté même notre code civil, puisqu'il n'y a pas si longtemps qu'on a changé l'autorité paternelle en autorité parentale. Nous ne sommes pas toujours à la pointe du progrès en France ! Cette idée de l'autorité qui serait l'autorité absolue du pater familias à la romaine, ce n'est pas tout à fait la véritable idée de la sexualité en tout cas dans la Bible. L'autorité ou l'initiative demandent par elles-mêmes à s'accomplir mais pas par elles seules. C'est là que l'on arrive à la féminité.

La féminité ne peut pas agir seule non plus. Il faut qu'il y ait une réalité spirituelle avant qui la sollicite. Cette féminité à ce moment-là devient par l'initiative de l'amour de l'homme, devient féconde. La féminité au lieu d'être tournée vers la source, vers le passé, vers le principe, dans sa fécondité même est tournée vers l'avenir. Il y a un proverbe, je ne sais pas si c'est un homme ou une femme qui l'a inventé qui dit cela de façon très juste : "La femme est l'avenir de l'homme". C'est théologiquement tout à fait vrai, car pour que l'homme accomplisse son projet qui est au cœur même de sa masculinité, il faut que ce projet se réalise par cette autre, qui est la femme, l'épouse, la mère. La vision de la féminité est la vision de ce qui accueille un projet, et non pas qui y obéit passivement, parce que la plupart du temps quand on lit l'épître de Paul aux Éphésiens, on lit que la femme doit être soumise à son mari. Encore faudrait-il lire le terme exact en grec : soumission n'est pas synonyme de baisser la tête tous les jours, soumission signifie "ordonné à", ordonné à l'initiative, mais ce n'est pas pure passivité, c'est aussi l'acte d'une liberté. C'est la grandeur de la liberté humaine que de pouvoir se manifester sous deux formes, la forme de l'initiative dans la liberté masculine, la force de la fécondité dans la sexualité féminine. La femme devient alors la promesse, elle devient celle qui ayant reçu l'initiative d'amour du mari, de l'homme, devient concrètement la promesse. Elle devient d'une certaine manière, l'avenir.

C'est pour cela que nous fêtons aujourd'hui Marie mère de Dieu. On ne fête pas Marie Mère de Dieu parce qu'il faut compenser un tout petit peu de cette masculinité excessive de la religion chrétienne, avec le Christ, les prophètes, et les curés, les papes, qui ne peuvent être que des hommes. Non, en réalité, on fête la maternité de Marie comme l'avenir de l'humanité. C'est dans la mesure où l'humanité peut être mère, féconde, qu'elle assure l'avenir, c'est sa grandeur. A ce moment-là nous sommes ramenés à cette dualité fondamentale : il y a l'initiative et la réalisation de la promesse dans le cœur et le corps de la femme. Vous comprenez pourquoi, et c'est le problème de la conception de Jésus sans père humain, Dieu veut que la promesse, son Fils passe par celle qui est la figure de l'avenir, la femme, Marie, et donc que la maternité de Marie signifie précisément la fécondité même du salut. Dieu lui-même comme Père s'est soumis pour manifester la plénitude de son salut, par cette loi. Il s'est manifesté lui comme l'initiative, et il a voulu que Marie soit le lieu de la fécondité, de la personne du salut en son Fils, Jésus-Christ. Evidemment, Dieu aurait pu s'auto-créer. Pourquoi Dieu a-t-il voulu naître d'une femme ? C'est ce qui étonnait saint Paul. Il aurait pu se créer à lui-même un corps, il aurait pu se développer, ou même naître à l'âge adulte. Il y a des gnostiques, des chrétiens hérétiques qui l'ont pensé et qui ont essayé de défendre cette idée. L'idée de passer par le corps d'une femme était insupportable. Mais c'est une erreur. Dieu lui-même a voulu qu'une femme devienne la promesse de Dieu pour l'humanité. Il a voulu que son Fils en entrant dans l'humanité passe par la réalité créée, la féminité féconde la Vierge Marie.

C'est pourquoi encore aujourd'hui quand on compare l'Église à Marie, on veut dire exactement la même chose. Chacun d'entre nous pour devenir chrétien n'est pas devenu chrétien par un coup de téléphone direct ou un SMS de Dieu ou du Saint Esprit ! Chacun d'entre nous est entré dans la vie chrétienne comme il est entré dans la vie humaine. Nous sommes entrés dans la vie humaine par la fécondité de notre mère, et nous entrons dans la vie chrétienne comme promesse et accomplissement de notre mère l'Église. L'Église est la figure féminine de la fécondité dans l'humanité, figure de fécondité qui vient de la richesse même de l'initiative de Dieu, C'est pour cela que c'est absolument fascinant quand on y pense. Quand un homme et une femme ont un enfant, c'est dans la même nature, mais là c'est de deux ordres différents. L'initiative est divine et le "oui" est humain. Le oui de la Vierge est humain, c'est le oui d'une jeune fille qui dit oui à la possibilité d'être féconde par la promesse même de Dieu.

Venons-en aux vœux ! Dans les vœux, il y a toujours deux choses, il y a d'une part le fait que l'on prononce des vœux : je vous souhaite la santé, je vous souhaite que l'euro ne soit pas en crise, etc … Mais ces vœux, c'est du côté de l'initiative, du côté du souhait, c'est du côté du masculin qu'est-ce qu'on attend ? Que ces vœux se réalisent. Et là, ce n'est plus du même côté, on espère que cela peut se réaliser. Quand on formule des vœux, à condition que ce ne soient pas des paroles en l'air auxquelles on ne pense pas, si c'est pour quelqu'un qu'on aime, on lui dit quoi ? De la part de Dieu, je te dis que je désire et que Dieu désire que tu grandisses dans la foi, dans la vie spirituelle, dans la santé et dans tout ce qui peut faire ton bonheur. Mais ensuite, il faut que cela s'incarne, il faut que cela prenne figure et c'est le côté féminin de la création et de l'Église. C'est dans la mesure où nous acceptons de faire que la promesse, l'initiative, le projet puisse prendre chair en nous, qu'à ce moment-là se réalise le vœu. Sinon cela reste comme on dit : un vœu pieux, ce qui n'est pas très gentil pour la piété.

Vous voyez frères et sœurs, quand on est au début d'une année, on est exactement à ce point de jonction du mystère de la sexualité et de l'humanité, c'est-à-dire à la fois nous sommes le point de jaillissement de l'initiative que suscite en nous le désir. Dieu suscite en nous l'appel, Dieu suscite en nous un projet, qu'il soit familial, religieux, mais ensuite, il faut que nous-même et les autres, par notre propre condition de chair qui est éminemment représentée par la féminité et de la Vierge Marie et de l'Église, nous acceptions de le réaliser, de nous laisser féconder par ce vœu. Vous avez entendu tout à l'heure dans l'Ancien Testament, Aaron qui bénit. Il représente comme grand-prêtre la Parole de Dieu, mais il faut ensuite que le peuple comme assemblée, l'Église, accueille ce vœu, sa chair, sa réalité, sa fécondité et sa consistance.

Frères et sœurs, je crois qu'au début de cette année, il n'y aura rien de plus beau, surtout dans les familles, quand on se retrouve les parents et les enfants que de réaliser que le moment même où l'on échange des vœux c'est le moment où l'on accueille l'initiative et le projet de Dieu sur nous et qu'en l'accueillant, nous disons "oui" par notre liberté comme Marie, comme l'Église, comme toute créature, qui consent à ce projet de fécondité, d'amour, de bonheur dans chaque homme.

 

AMEN

 

 

 
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