AU FIL DES HOMELIES

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VERS LE PÈRE, PAR LE FILS, DANS L'ESPRIT

1 Co 2, 10-16 ; Lc 14, 25-35
St Basile et St Grégoire de Nazianze - (2 janvier 2004)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Monthermé : la Sainte Trinité
Fresque du XVI ème siècle 

F

rères et sœurs, nous célébrons donc aujourd'hui deux figures, celle de saint Basile évêque de Césarée, et celle de saint Grégoire évêque de Naziance, deux figures que beaucoup de choses opposent ou séparent, car saint Basile était avant tout un homme d'action, fait pour diriger les foules, gouverner le peuple chrétien, un homme plein de volonté de fermeté et de netteté d'esprit, tandis que saint Grégoire de Naziance était un poète, un homme doué pour la méditation, et qui avait par contre plutôt peur des événements concrets de la vie politique, même s'il s'agit de la politique de l'Église. 

Des hommes très différents, rassemblés d'une manière extrêmement profonde, d'abord parce qu'ils ont vécu à la même époque, dans le même endroit, en Cappadoce, qui est la région centrale de l'actuelle Turquie, qui était à l'époque un pays profondément chrétien. Césarée était la capitale de la Cappadoce et Naziance un petit village des environs de Césarée. Ces deux personnages sont surtout unis par une très profonde amitié qui dès leur jeunesse, dès leurs études, les a réunis, en a fait des êtres inséparables l'un de l'autre, malgré la différence de leurs caractères, et malgré les événements qui, à certains moments, opposèrent peut-être l'un à l'autre ces deux hommes, puisque saint Basile homme d'action, imposa à saint Grégoire des charges qu'il n'aurait pas supposé remplir. 

Ces hommes sont unis aussi par une même vocation, une vocation monastique. Avant d'être évêques, l'un et l'autre, ils ont d'abord recherché intensément, profondément, cette vie de solitude et de présence auprès de Dieu, qui a été l'animation permanente de leur existence à l'un comme à l'autre. Ils sont unis aussi par un même combat théologique, car ils ont vécu au milieu de ce quatrième siècle, qui est un siècle décisif pour l'histoire de l'Église. Un certain nombre d'hérésies, notamment celle d'Arius, ont mis en péril la foi chrétienne, très précisément sur le point de la divinité et de l'égalité, l'identité de nature entre le Père, le Fils et l'Esprit Saint. Le combat pour la divinité du Fils, a surtout été au début de ce quatrième siècle, l'œuvre de saint Athanase, mais les Cappadociens, comme on les appelle, c'est-à-dire nos deux saints, ainsi que saint Grégoire de Nysse dont nous célèbrerons la fête le dix janvier, qui était le frère de saint Basile, les Cappadociens, eux ont complété l'œuvre de saint Athanase et du Concile de Nicée, en mettant l'accent sur la divinité du Saint Esprit. C'est cela qui est le centre de l'importance de saint Basile et saint Grégoire de Naziance pour ce qui est de l'histoire de l'Église. 

Saint Basile a écrit le premier grand traité sur le Saint Esprit, où il a voulu manifester de façon simple, accessible, convaincante, cette divinité de l'Esprit qui n'est pas une créature, si supérieure soit-elle, mais qui est véritablement Dieu, Dieu à l'égard du Père et du Fils. Saint Basile est mort sans avoir vu aboutir cet effort pour affirmer la divinité du Saint Esprit, c'est au lendemain de sa mort, que le Concile en 381, (il était mort en 379), affirmera cette divinité de l'Esprit, telle que nous la proclamons dans le Credo que nous récitons le dimanche, et qui s'appelle le Credo de Nicée Constantinople, Nicée étant le Concile qui a affirmé la divinité du Fils, et Constantinople, celui qui a défini la divinité du Saint Esprit. Ce concile de Constantinople fut animé par Grégoire de Naziance qui était patriarche de Constantinople à ce moment-là et qui a ainsi accompli, achevé, parfait, l'effort théologique de son ami saint Basile, qui est mort sans en avoir l'aboutissement, mais qui est arrivé au lendemain même de sa mort, a été ainsi accompli par son meilleur ami et son condisciple Grégoire de Naziance. 

Je voudrais revenir un instant sur cette divinité du Saint Esprit, telle que saint Basile l'a établie dans ce traité du Saint Esprit qu'il a donc écrit au sommet de son œuvre théologique. 

Saint Basile ne veut pas démontrer la divinité du Saint Esprit par des arguments philosophiques, ou des arguments, d'ordre intellectuel, mais il va essentiellement fonder sa démonstration sur la liturgie. Ceci est fort intéressant. Pour saint Basile, la liturgie est le lieu même de l'expression de la foi. C'est dans la prière de l'Église que par excellence se dit notre foi. Avant de faire des théories, des démonstrations, des adaptations, la vérité de notre foi se vit d'abord dans la prière et dans la proclamation du mystère qui est au cœur même de cette prière. Saint Basile va montrer que le baptême qui est le cœur même de notre vie liturgique, puisque c'est ce qui fait de nous des sauvés, ce qui nous apporte le salut et le bonheur, le baptême nous est donné au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. Nous sommes baptisés, c'est-à-dire plongés dans le mystère de Dieu, au nom du Père, du Fils et de l'Esprit, c'est que l'Esprit, comme le Fils, est uni intimement au Père comme source de ce salut qui nous est offert. 

Etre baptisé au nom du Père, c'est reconnaître que Dieu n'est pas seulement un créateur, n'est pas seulement un maître, n'est pas simplement un être supérieur, mais Dieu nous engendre réellement, nous donne, non seulement la vie de la terre, mais la vie du cœur, la vie du ciel, la vie la plus profonde, sa propre vie. Dieu est pour nous un Père et nous nous recevons de Lui. 

Si nous sommes baptisés au nom du Fils, c'est parce que comme Jésus, nous devenons fils de Dieu, nous devenons membres de la famille de Dieu, nous sommes jaillis en quelque sorte du cœur du Père comme le Fils de toute éternité jaillit du cœur du Père ainsi que nous l'avons célébré à Noël, où nous fêtions à la fois la naissance éternelle du Fils du sein du Père et la naissance dans le temps de ce même Fils du sein de Marie. 

Baptisés au nom du Père, baptisés au nom du Fils, nous sommes aussi baptisés au nom du Saint Esprit, c'est-à-dire au nom de l'Esprit. Qu'est-ce que l'Esprit ? Esprit est un mot qui, dans les langues anciennes signifie le souffle vital. Nous sommes baptisés dans le souffle même de la vie de Dieu. Et ce souffle vital est ce qui nous sanctifie, ce qui nous transforme de fond en comble, détruisant en nous tout germe de mal, d'erreur, de péché, pour nous faire participer à la plénitude de Dieu, ce qu'on appelle la sainteté de Dieu. Et comme le dit saint Basile, si nous sommes baptisés dans le Saint Esprit, c'est que nous recevons la sainteté de celui qui est saint par excellence : Saint Esprit, Esprit de sainteté, le souffle vital de Dieu qui est sanctifiant, qui transforme tous ceux à qui Il est donné, pour les rendre intérieurement participants de la sainteté de Dieu. Si donc nous recevons la sainteté par le Saint Esprit au moment du baptême, le Saint Esprit ne peut être lui-même que Dieu, car il n'y a pas d'autre sainteté que celle de la profonde vitalité, Dieu lui-même. Donc, l'Esprit souffle vital de Dieu, l'Esprit de sainteté sanctifiant, ne peut-être que Dieu lui-même. 

Saint Basile continue sa démonstration en nous indiquant que toute prière chrétienne s'adresse au Père, par le Fils, dans l'Esprit. Le Fils est le chemin qui nous conduit au Père et l'Esprit est en quelque sorte le milieu vivant, le milieu vital dans lequel se fait notre chemin vers le Père par le Fils. C'est pourquoi à chaque prière que nous prononçons, nous terminons toujours par ce que l'on appelle la doxologie, c'est-à-dire l'action de grâces qui rend gloire au Père par le Fils dans l'Esprit, et saint Basile nous montre qu'à chaque psaume, nous terminons en disant : "Gloire au Père, et au Fils, et au Saint Esprit". C'est la même gloire, la même adoration, c'est le même honneur, c'est donc la même reconnaissance de la divinité que nous adressons au Père source de toutes choses, au Fils qui s'est fait poche pour nous donner le Salut, à l'Esprit qui nous sanctifie et nous transforme de l'intérieur. Gloire au Père, et au Fils et au Saint Esprit, voilà l'expression de notre foi, voilà la traduction dans chacune de nos prières de notre vocation baptismale, puisque nous sommes baptisés au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, et donc, tout notre prière est sans cesse animée, sans cesse parcourue par cette gloire que nous rendons au Père, au Fils et à l'Esprit, affirmant ainsi notre foi. 

Je voudrais simplement vous relire une page dont vous vous souvenez peut-être parce que nous le lisons chaque année au moment de la Pentecôte, une page tirée de ce traité du Saint Esprit de saint Basile et qui nous parle de la manière la plus merveilleuse de cette divinité de l'Esprit. "Par lui, nous élevons notre cœur, Il conduit les faibles par la main, il est le terme vers lequel tendent les parfaits, illuminant ceux qui se sont lavés de toute souillure, allusion au baptême, Il les rend spirituels, pour participer à sa nature d'Esprit, à la communion avec Lui. C'est de là que tout découle, la connaissance des choses à venir, la compréhension des mystères, le dévoilement de tout ce qui est caché, les dons des charismes, la citoyenneté céleste, le chant en un même chœur avec les anges, la joie sans fin, le repos en Dieu, la ressemblance avec Dieu, et enfin, comble de tous nos désirs, devenir Dieu".

Voilà l'œuvre de l'Esprit. Que saint Basile et saint Grégoire de Naziance qui ont œuvré pour l'affirmation de cet élément essentiel de notre foi, nous aident à pénétrer dans l'intimité de Dieu avec l'Esprit Saint, pour que nous soyons conduits à la joie parfaite. 

 

AMEN


 

 

 

 
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