AU FIL DES HOMELIES

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SAINT BASILE DE CÉSARÉE ET SAINT GRÉGOIRE DE NAZIANZE

1 Co 2, 10-16 ; Lc 14, 25-35
St Basile et St Grégoire de Nazianze - (2 janvier 1981)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Saint Basile : timbre de la poste vaticane

L

a Providence a parfois des desseins un peu difficiles à comprendre sur le moment devaient se dire les contemporains de Basile de Césarée et de Grégoire de Nazianze, en les voyant tous deux à l'œuvre. C'est un peu l'humour de l'histoire et surtout, je crois l'humour de Dieu que d'avoir voulu associer ces deux personnages, ces deux figures si attrayantes et intéressantes, dans une tâche commune.

En cette fin de quatrième siècle, le christianisme commence à respirer un peu, à devenir un phénomène de masse. Il y a des conversions en grand nombre et en même temps, bien qu'il faille utiliser ces termes avec beaucoup de précautions, l'Église "s'installe" un peu, au cœur de l'Empire romain. Il y a alors toute une efflorescence de grands génies, à la fois théologiques, littéraires et spirituels qui ont donné à cette époque une couleur et une grandeur extraordinaire. Saint Basile et saint Grégoire furent parmi les plus marquants.

Ce qu'ils avaient en commun n'était peut-être pas ce qu'il y avait de meilleur. Tous deux fils de grande famille, de familles chrétiennes qui ne les avaient pas fait baptiser dans leur enfance, ils ont reçu une éducation à la païenne. Tous les deux Cappadociens, du cœur de l'Asie Mineure, de la Turquie actuelle, ils ont été dévorés dans leur jeunesse par cette ambition surtout littéraire, le désir de bien parler, l'idéal des rhéteurs, le fait de convaincre, de briller dans les assemblées, dans les joutes oratoires. C'est cela qui les a liés l'un à l'autre puisqu'ils ont fréquenté les mêmes écoles, notamment l'école d'Athènes, l'Académie, dans laquelle ils ont connu l'empereur Julien l'Apostat qui, plus tard, suivra une voie toute différente. Cette amitié humaine les liait profondément et c'est là qu'intervint l'humour de Dieu. Car, à travers cette recherche commune de la vérité, de la philosophie, de la sagesse, Dieu leur a fait comprendre petit à petit, qu'Il les appelait à autre chose. Si bien que ces hommes, qui étaient liés d'amitié parce qu'ils avaient ensemble de désir de briller, de réussir leur carrière intellectuelle, ont été petit à petit, bouleversés et appelés par la Parole de Dieu.

C'est ensuite un long itinéraire qui n'a pas été très facile à cause de leur tempérament tout à fait opposés. Saint Grégoire était à la fois un poète, un homme d'une sensibilité extrême, très renfermé sur lui-même, très intérieur. Il n'avait qu'une hantise, c'était d'être tranquille dans sa résidence secondaire, de ne pas exercer trop le métier d'évêque, parce que, à cette époque-là, c'était encore plus ennuyeux qu'aujourd'hui. Je crois qu'il a écrit plus de 180.00 très beaux vers parmi lesquels je voudrais vous lire quelques passages qui le décrivent tout entier : "Hier, tourmenté par mes chagrins, seul, loin des autres, j'étais assis dans un bois ombreux, rongeant mon cœur. Car, je ne sais pourquoi, j'aime ce remède à ma souffrance. De m'entretenir, en silence, avec mon propre cœur. La brise murmurait de concert avec les oiseaux chanteurs Et, du haut des ramures, dispensait une douce torpeur, Douce surtout à un cœur abattu. Moi, cependant, je portais une lourde peine, comme je pouvais la porter."

Evidemment si on ne savait pas de qui sont ces vers, on ne penserait pas qu'il s'agit de l'ancien évêque de Constantinople qui a pris sa retraite sur les terrains de sa famille, pour y vivre tranquille. Seul, loin des autres, occupé à ronger son cœur pour se guérir d'une sorte de souffrance intérieure, c'est tout l'opposé de Basile, dont on pourrait dire sans être trop injuste, qu'au lieu de se ronger le cœur il avait, de temps en temps, le faible de ronger le cœur des autres.

En effet, saint Basile était tout l'opposé, un tempérament extrêmement réaliste, solide, les pieds sur terre et qui, lorsqu'il a été évêque, n'eut de cesse de tout organiser dans la ville pour que tout marche bien : les hôpitaux, les hospices pour accueillir les hôtes de passage, les soins des malades, les communautés monastiques, etc… Un grand organisateur, et tellement organisateur qu'il a voulu étendre son influence ailleurs et notamment sur certaines villes qui entouraient Césarée, pour affermir ses positions face à l'hérésie de l'Arianisme qui grandissait.

Et il n'a rien trouvé de mieux que de mettre Grégoire dans ce petit coin de rien du tout, à Sasimes, où ce pauvre saint Grégoire, dès qu'il a su ce que c'était n'a jamais voulu y aller.  Preuve d'obéissance monastique extrêmement prononcée. Et il a écrit à son ami Basile une lettre furibonde en lui disant : "Tu m'envoies là-bas pour être le pasteur des poulets et des porcelets. Et bien, je ne veux pas y aller." Et dix ans plus tard, le contentieux était encore lourd, puisque en lui écrivant, Grégoire faisait toujours des reproches à son ami Basile.

Mais il n'empêche, et c'est cela qui est grand et beau dans la vie de ces deux hommes, à travers la complémentarité de ces deux tempéraments, à travers même leurs souffrances, leurs différences, leurs faiblesses, même à travers les moments de tension et de difficulté entre eux, Dieu a su faire de ces deux hommes les plus grands pasteurs de l'Orient à cette époque-là. Il a mis dans leur cœur (et c'est cela qui faisait le fond même de leur amitié), non plus un amour de la sagesse du monde, mais l'amour de la Sagesse de Dieu. Et l'on pourrait dire que ce qui les a unis définitivement dans cette amitié inscrite au cœur de la vie de l'Église, c'est l'amitié commune qu'ils avaient pour le Christ, Sagesse éternelle du Père et Verbe de Dieu. C'est par cela qu'ils se sont convertis peu à peu et c'est comme cela qu'ils ont aimé de plus en plus leur Seigneur et qu'ils ont su s'aimer vraiment, en toute vérité, par-delà ce qui pouvait les diviser ou les faire, de temps en temps, se rendre insupportables l'un à l'autre.

Alors, nous prierons aujourd'hui, par l'intercession de saint Basile et de saint Grégoire, en demandant au Seigneur qu'il sache réveiller en nous, dans leur foi et leur amour des autres, ce sens si beau qui a animé toute la vie de ces deux hommes, de ces deux pasteurs. Ce sens du service de l'Église, de l'amour et de l'amitié mutuelle, et ce sens de la recherche de la vérité, même si, à certains moments, notre cœur n'y a pas toute la disponibilité voulue, ainsi que le regrettait saint Grégoire de Nazianze. Que nous sachions que le sens profond de notre vie, et la racine vraie et authentique de toute communion dans l'Église, c'est cet amour de la Sagesse.

 

AMEN

 

 

 
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