AU FIL DES HOMELIES

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DEUX DOCTEURS DE L'ÉGLISE

1 Co 2, 10-16 ; Lc 14, 25-35
St Basile et St Grégoire de Nazianze - (2 janvier 1985)
Homélie du Frère Michel MORIN

D

 

ans la première prière de cette liturgie, nous avons demandé à Dieu ceci : "Accorde-nous de chercher humblement à connaître Ta vérité pour que Ta charité imprègne notre vie !" Dans cette supplique est inscrit, probablement, le sens profond de la sainteté de saint Basile et de saint Grégoire de Nazianze. Ils ont été théologiens, certes, mais aussi évêques et moines, c'est-à-dire que leur vie chrétienne a été une manifestation de la vérité qui vient de Dieu seul, qu'ils ont eu à enseigner comme pasteurs de l'Église, qu'ils ont eu à défendre. Et leur vie fut aussi une manifestation, une épiphanie qui nous réjouit encore aujourd'hui, parce que cette vie fut imprégnée de la charité, c'est-à-dire de l'amour incommensurable de Dieu pour eux, cet amour qui leur a fait tout quitter, qui ne leur a fait retenir aucun bien de ce monde, qui leur a fait bâtir leur vie sur le roc de la Parole de Dieu, cette charité qui les a imprégnés et qui continue encore de réjouir, de réchauffer, de faire grandir l'Église que nous sommes.

Je crois que célébrer les docteurs de l'Église c'est se rappeler l'urgence toujours immédiate et nécessaire de chercher humblement à connaître la vérité de Dieu. Humblement, cela veut dire que cette vérité nous ne la possédons pas de nous-même, que nous ne la connaissons pas de nous-même et que nous avons un maître qui, Lui seul, nous l'apprendra. Mais pour connaître cette vérité, il faut se mettre à l'école de ce maître qui est le Christ notre Dieu : "Je suis la voie, la vérité et la vie !" dit Jésus à ses disciples, c'est-à-dire à nous-mêmes.

Connaître la vérité de Dieu ce n'est pas avoir un certain nombre ou le plus possible de connaissances notionnelles ou conceptuelles sur Dieu, ce n'est pas "faire" ou "apprendre" de la théologie, ni même l'enseigner, connaître la vérité c'est avant tout, par l'ouverture de tout notre cœur et de toute notre vie, laisser entrer en nous le mystère de l'être et du salut de Dieu. C'est d'abord cela être théologien. Etre théologien, ce n'est pas d'abord enseigner ou chercher, c'est vivre la vérité de Dieu, et aucun chrétien ne peut et ne doit prétendre à ne pas être un théologien : ce serait une mésestime profonde pour lui-même et un mépris pour la révélation de Dieu.

Cette vérité, elle nous est donnée. Ce n'est pas pour autant qu'elle se laisse trouver facilement, sans effort. Dans l'évangile, très souvent, Jésus souligne les exigences de la recherche du Royaume de Dieu. "Frappez, et l'on vous ouvrira ! Cherchez, et vous trouverez ! Demandez et vous recevrez !" Et beaucoup de paraboles vont dans ce sens où il faut tout abandonner pour trouver cette perle précieuse, ce trésor afin d'entrer en possession de cette vérité.

Je crois qu'aujourd'hui saint Grégoire et saint Basile nous appellent chacun personnellement à retrouver cette attitude active et humble de chercher à connaître la vérité. Cette vérité, nous la célébrons dans la liturgie. Là, il faut la connaître, là, il faut la vivre, là il faut s'en réjouir et nous laisser imprégner du mystère même que nous célébrons. Et là, nous devenons théologiens, parce que nous participons au mystère de Dieu, parce que nous entrons dans la Parole de Dieu, ou plus exactement parce que la Parole de Dieu, le "Logos", entre en nous et nous fait vivre dans sa vérité. Nous devons chercher humblement à connaître cette vérité dans sa Parole, dans la Bible, dans la lecture quotidienne, assidue, j'allais dire intelligente, de la Parole de Dieu. Beaucoup d'entre nous nous disons : "Je ne comprends pas ! C'est difficile ! C'est d'une autre époque" comme si la Parole de Dieu était plus d'une époque que d'une autre. Il n'est pas nécessaire d'être savant pour connaître la Parole de Dieu. Il faut la lire, s'en imprégner pour ce qu'elle est, non pas des réponses exactes à des questions compliquées que nous nous posons mais un chemin que nous empruntons parce que Dieu l'emprunte déjà, parce que dans cette Parole Il vient à notre rencontre et qu'en définitive la Bible n'est pas un livre de solutions, c'est un livre de cheminement. Marcher humblement avec Dieu, là même où Il se manifeste, là même où Il nous appelle, là même où Il nous parle. Et pour marcher, pour écouter Dieu, il faut écouter sa Parole. Ecouter Dieu, pour nous aujourd'hui, c'est lire sa Parole. Nos yeux "écoutent" la Parole de Dieu lorsqu'ils la lisent dans le livre des Saintes Écritures.

Si Grégoire et Basile ont été de grands théologiens, spéculatifs certes puisqu'ils ont écrit de nombreux traités ou homélies, ils ont d'abord été théologiens parce qu'ils ont scruté, chaque jour, la Parole de Dieu, parce qu'ils la connaissaient par cœur. Leurs homélies nous le montrent : ils en citent de mémoire de très longs et de nombreux passages, parce qu'ils la fréquentaient comme on aime fréquenter quelqu'un que l'on aime, que l'on apprécie, que l'on estime, dans une rencontre quotidienne, parfois silencieuse, parfois douloureuse, mais toujours féconde, où l'Autre se manifeste dans ce qu'il est, où l'autre ouvre son cœur à notre propre cœur, et où notre propre vérité, parfois si mensongère si ténébreuse, si difficile trouve sa vérité qui est celle de Dieu.

Alors, je vous invite à reprendre ou à continuer cette attitude essentielle à la vie chrétienne d'aujourd'hui, celle qui a formé les vrais théologiens, qu'ils soient enseignants ou humbles, peu importe à ce niveau-là : écouter, chercher à connaître cette vérité de Dieu dans sa Parole. Dans cette Parole qu'Il nous a livrée, qui doit être notre seule nourriture, pour laquelle nous devons savoir tout quitter un moment, pour le suivre là où Il est. Car si nous aimons davantage notre frère, notre sœur, notre femme que la Parole de Dieu, nous savons très bien que cet amour-là est un peu déplacé parce qu'il n'a pas sa racine, il ne prend pas sa source, il ne cherche pas sa fin ultime dans cette présence de Dieu qui est unique et nécessaire pour vivre tout le reste. A ce moment-là, je crois que si nous cherchons humblement cette vérité dans la Parole de Dieu et si nous aimons la célébrer parce qu'elle est vivante dans la liturgie traditionnelle de l'Église, alors la charité de Dieu imprégnera notre vie. Car cette charité de Dieu, ce n'est pas autre chose que la fécondité de sa vérité qui porte en nous des fruits, des fruits de paix, des fruits de douceur, des fruits de joie, des fruits de force, des fruits d'espérance, des fruits de patience, pour que, à chaque instant de notre vie, quelles que soient les situations que nous vivons, difficiles ou malheureuses, cette vérité s'incarne. Quand nous vivons dans la charité de Dieu, alors sa vérité s'incarne en nous et nous sommes en plein dans la logique des fêtes de Noël que nous venons de célé­brer.

Par l'intercession de ces grands témoins, si présents dans la vie de l'Église aujourd'hui, par leur sainteté, par leurs écrits, par leur exemple, demandons par leur intercession que nous puissions, à leur suite, être vraiment d'humbles chercheurs de la vérité, afin de la connaître pour ce qu'elle est, afin de laisser notre cœur être envahi par sa puissance, par sa force, par sa beauté, par son unicité, pour que nous puissions, de plus en plus, connaître cette charité de Dieu, cette incarnation de la Parole de Dieu en nous puisqu'Il a demeuré parmi nous. Alors, comme ces grands témoins, nous "verrons sa gloire" et d'une façon ou d'une autre, nous saurons en parler, nous serons vraiment théologiens.

 

AMEN


 
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