AU FIL DES HOMELIES

Photos

 MOINE DANS LA CITÉ

1 Co 2, 10-16 ; Lc 14, 25-35
St Basile et St Grégoire de Nazianze - (2 janvier 2010)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Moine et pasteur dans la cité

 

F

rères et sœurs, puisque nous fêtons saint Basile et saint Grégoire et que d'une certaine manière, nous nous réclamons d'eux pour les intuitions profondes qui animent notre désir de créer des petites fraternités de moines diocésains, vous me permettrez de faire une petite réflexion sur un sujet qui me paraît important.

En Occident, surtout dans l'Église latine, les moines sont un peu le symbole de gens qui à un certain moment de leur vie, ayant entendu un appel, se retirent du monde, s'en vont loin de la vie de la société, de la cité, de la ville et décident à ce moment-là ensemble, de former une sorte de communauté presque idéale dans laquelle ils ne font que vaquer à la prière et au travail qui leur permet de vivre. C'est ce qu'a fait saint Benoît, qui a fondé des monastères en des endroits extrêmement sauvages en Italie, généralement sur les montagnes (tout le monde pense au Mont Cassin). C'est aussi le cas de saint Bruno qui prend une petite équipe et s'en va à la Chartreuse au milieu des avalanches. C'est le cas de saint Bernard, qui, tout en étant en Bourgogne qui était à cette époque-là un des lieux florissants de la culture et du commerce au début du Moyen-Age, choisit cette espèce de géographie que vous connaissez par Sénanque surtout, le vallon cistercien, c'est-à-dire une petite vallée qui marque une sorte de clôture naturelle dans laquelle les moines n'ont pas d'autre horizon que les petites colline qui les entourent.

Donc, c'est toujours une sorte d'idéal de retrait du monde, et cela a été manifesté et matérialisé de façon très rigoureuse dans la plupart des ordres religieux par la clôture, c'est-à-dire un endroit où les moines seuls, vivent entre eux et ne donnent pas accès à personne d'autre, sauf exception.

En Orient, ils parlent aussi du retrait du monde mais c'est plutôt dans le sens de l'épître de saint Paul que nous avons entendu tout à l'heure. Le retrait du monde c'est d'abord retrouver l'Esprit du Seigneur par-delà les idées du monde. C'est d'abord retrouver une certaine attitude fondamentale de celui qui suit le Christ, qui a décidé de tout quitter pour être à la suite du Christ, mais cette décision de se retirer du monde ne le coupe pas du monde. Je crois que c'est cela la figure orientale du monachisme : des hommes qui effectivement ont rompu et renoncé vraiment du fond du cœur au monde, mais qui pour autant, ne peuvent pas se concevoir vivant en-dehors du monde. Qu'on pense par exemple à saint Antoine qui fonde ses communautés de moines juste sur le bord de la vallée du Nil, et là il y est facilité parce que le désert et la vallée du Nil, c'est à couper au couteau, sur l'espace de cinquante mètres. Mais ses moines vivent à deux ou trois kilomètres dans le désert, mais le dimanche, ils vont à la messe de la paroisse.

Et pensez ensuite précisément à ces moines de saint Basile et saint Grégoire, qui découvrent la vie monastique après de longues études à Athènes, et au moment même où ils vont se retirer dans les montagnes au bord du fleuve qui s'appelle la Lys, tout d'un coup, ils se rendent compte qu'en fait, leur vraie vie monastique devrait se passer dans la cité dont ils sont originaires, à Césarée. C'est comme cela saint Basile devient l'évêque de Césarée. Et saint Basile ne voit pas de contradictions entre sa vie de moine et sa vie d'évêque. Il est moine, certes, comme dirait saint Paul, l'Esprit du Seigneur, il n'a pas l'esprit du monde, il ne juge pas selon les valeurs de ce monde, mais il vit dans ce monde.

Par conséquent la caractéristique de ce monachisme-là ce n'est pas d'abord de construire des clôtures, de construire des murailles et des forteresses pour y vivre, mais le monastère chez les grecs est toujours portes ouvertes en permanence pour que les gens puissent entrer, mais aussi pour que les moines puissent sortir ! C'est une tout autre vue des choses, c'est un monachisme dans lequel le fait de se retirer du monde par une conversion spirituelle vraie, profonde, pas de la frime, fait que cependant, on reste proche de ses frères, on reste au cœur même de la vie de ses frères, de la cité, de l'endroit où l'on est appelé pour être au service de ses frères. Etre au service de ses frères cela peut être un travail de pastorale comme celui que nous faisons ici dans le cadre de Saint Jean de Malte et de nos frères d'Istres, mais cela peut être aussi des moines qui ne sont pas des prêtres, et qui vivent simplement en travaillant de leurs mains pour les gens du village. Peut-être que certains d'entre vous connaissent les fameux staretz ou les "fol en Christ" en Russie, des gens qui vivaient tantôt dans la forêt, et tantôt qui retournaient dans le village et qui rencontraient tous les gens de leurs villages dont ils étaient originaires et qui partageaient avec eux leur expérience spirituelle.

Du coup, c'est ce qui a donné à l'Église d'Orient une autre figure. La présence des moines au cœur même des communautés, la présence presque partout de ces moines n'a pas été cette constitution d'un monde à part que l'Occident n'a jamais très bien compris. C'est pour cela qu'en Occident au moment de la Révolution française, on a dit que les moines étaient des inutiles, des paresseux, et des gens qui accumulaient des richesses et des terres. Et l'on a détruit les abbayes et les monastères. On n'a jamais vécu cela dans le monde oriental, il n'y a pas eu cette haine, sauf avec la folie du stalinisme, mais autrement, non. C'est parce que effectivement ces moines étaient très enracinés dans la vie courante, la vie toute simple des gens avec lesquels ils vivaient.

Je crois que quand on parle des moines peut-être qu'il faut nous défaire de certains schémas. La plupart du temps on s'imagine des gens retirés qui vivent uniquement dans leurs idées. Ce n'est pas cela. Le moine est retiré du monde mais il n'est pas encore dans le Royaume de Dieu, il l'annonce, il le prophétise, il n'est pas encore ailleurs, il est bien là et il est tellement là qu'il partage simplement et joyeusement la vie de ses frères et la vocation de baptisé de ses frères. Prions le Seigneur pour que ce soit dans l'Église d'Orient ou dans l'Église d'Occident, que ce soit dans toutes les Églises, il suscite des vocations de moines, des hommes qui savent retrouver le véritable esprit de la conversion et de la recherche du Christ et qui puissent vraiment vivre cette réalité au cœur même du monde, de la cité et des groupes humains dans lesquels ils sont insérés.

 

AMEN

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public