AU FIL DES HOMELIES

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SAINT BASILE ET SAINT GRÉGOIRE

1 Co 2, 10-16 ; Lc 14, 25-35
St Basile et St Grégoire de Nazianze - (2 janvier 1987)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

S

i nous célébrons plus solennellement saint Basile de Césarée et saint Grégoire de Na­ziance c'est parce que nous reconnaissons en eux des Pères de cette vocation de moines apostoli­ques qui est la nôtre, puisque saint Basile et saint Grégoire ont été l'un et l'autre, moines, ils l'ont même été ensemble, avant de devenir apôtres en étant évê­ques. Saint Basile particulièrement développera cette vocation apostolique comme une vocation pastorale, saint Grégoire de Naziance davantage comme théolo­gien pour défendre la foi.

Je voudrais m'arrêter aujourd'hui sur la figure de saint Basile. Saint Basile, évêque de Césarée a eu comme premier souci de fonder, dans sa ville épisco­pale et aux alentours de celle-ci, des communautés monastiques, non pas seulement pour que ces moines recherchent Dieu dans la solitude, mais pour qu'ils soient, au cœur de sa ville, au cœur de la communauté chrétienne, les témoins de cette recherche de Dieu qui leur était commune avec tous les chrétiens, pour qu'ils soient un ferment dans cette communauté chrétienne.

Et saint Basile nous a laissé des règles mo­nastiques pour ces communautés de moines qu'il fon­dait ainsi. Ces règles monastiques n'ont pas la rigueur de celles de saint Benoît, ce sont plutôt des conseils spirituels. Je voudrais cependant vous montrer à quel niveau saint Basile situe la vie monastique : elle est d'abord et avant tout une recherche permanente et perpétuelle de l'amour de Dieu. Voici le deuxième chapitre des grandes règles monastiques de saint Ba­sile où, dès le départ, c'est l'amour de Dieu qui est au centre de cette proposition de vie.

"En recevant de Dieu le commandement de l'amour, nous avons aussitôt, dès notre origine, pos­sédé la faculté naturelle d'aimer. Ce n'est pas du de­hors que nous en sommes informés, car nous cher­chons naturellement ce qui est beau, nous aimons sans qu'on nous l'apprenne, nous manifestons volon­tiers notre bienveillance à tous nos bienfaiteurs. Or quoi de plus admirable que la beauté divine. Ineffa­bles et indescriptibles sont les rayons de sa beauté, la langue est impuissante à en parler. Quand vous diriez l'éclat de l'étoile du matin, la clarté de la lune et la lumière du soleil, tout cela est indigne de représenter sa gloire et, comparé à la lumière de vérité, est ben plus éloigné d'elle que la nuit profonde, triste et obs­cure n'est distante du midi le plus pur. Cette beauté est invisible aux yeux du corps. L'âme seule et le cœur peuvent la saisir.

Chaque fois qu'elle a illuminé les saints, elle a laissé en eux l'aiguillon d'un intolérable désir au point que, lassés de cette vie, ils se sont écriés : "Quand irai-je contempler la face du Seigneur ?" Quel désir est ardent et intolérable comme la soif provoquée par Dieu dans l'âme purifiée de tout vice et s'écriant, dans une émotion sincère : "L'amour m'a blessée !"

Et encore, avec saint Paul : "Je voudrais me dissoudre et être avec le Christ !" Et avec David : "Mon âme a soif du Seigneur, fort et vivant !" Et avec le vieillard Siméon : "Maintenant, Seigneur, délivre dont serviteur !" Jamais rassasiés de contempler la beauté divine, ils suppliaient que fut prolongée dans la vie éternelle la vision de la magnificence de Dieu.

Et si l'affection et l'amitié naissent spontané­ment en nous pour ceux qui nous font du bien, quel langage pourrait exprimer dignement l'importance des bienfaits de Dieu ? Ils sont si abondants que leur nombre échappe, si grands qu'un seul suffit pour nous rendre débiteurs de toute notre reconnaissance à Celui dont nous l'avons reçu. Je tairai donc les levers du soleil, les phases de la lune, la succession des heu­res et l'alternance des saisons, je ne dirai rien des eaux du ciel, des sources jaillissantes, de la mer elle-même et de la terre tout entière, ni de tout ce qui naît sur le sol, ou qui vit dans les eaux ou qui vole dans les airs, mais voici le bienfait dont il est impossible de ne pas tenir compte. Dieu avait créé l'homme à son image et à sa ressemblance. Il l'avait jugé digne de le connaître Lui-même. Et cependant, lorsqu'Il le vit, circonvenu par le serpent, tomber dans le péché, et par le péché, dans la mort et les souffrances qui y conduisent, Il ne le rejeta pas. Au contraire, Il lui donna le secours de sa loi, Il désigna des anges pour le garder, Il envoya des prophètes pour lui enseigner la vertu. Et lorsque, malgré ces grâces et bien d'au­tres encore, les hommes persistèrent dans la déso­béissance, Il ne se détourna pas d'eux. Il nous rendit à la vie, par Notre Seigneur Jésus-Christ. Et Celui-ci a pris nos faiblesses, Il a porté nos souffrances, Il a été meurtri pour nous, afin de nous sauver par ses bles­sures. Il nous a rachetés de la malédiction en se fai­sant malédiction pour nous. Il a souffert la mort la plus infamante pour nous conduire à la vie de la gloire.

Il ne lui a pas suffi de rendre la vie à ceux qui étaient dans la mort, Il les a revêtus de sa splendeur divine et leur a préparé, dans l'éternel repos, un bon­heur qui dépasse toute imagination humaine. Que rendrons-nous donc au Seigneur pour tout ce qu'Il nous a donné ? Il est si bon qu'Il ne demande rien en compensation de ses bienfaits. Il se contente d'être aimé. Pour moi, lorsque je repasse tout cela dans ma mémoire, je suis saisi d'une anxiété terrible dans la crainte que, par suite de mon insouciance et à force de m'occuper de vanités, je ne trahisse l'amour de Dieu et ne devienne pour le Christ un sujet de honte."

Mais cet idéal de l'amour de Dieu que saint Basile trace ainsi pour le mettre au cœur de la vie monastique, il en fait aussi le cœur de la vie de tous les chrétiens, car tous les chrétiens sont appelés à cette même perfection de la vie selon Jésus et l'évan­gile. Et de certains de ses moines il fera des pasteurs pour apprendre au peuple chrétien cette recherche de Dieu. Et à côté des règles monastiques écrites pour ses moines, saint Basile a aussi composé des "Règles Morales" qui sont un portrait du chrétien. Et ce portrait du chrétien se résout dans la même recherche de l'amour de Dieu. En voici quelques extraits :

"Comment l'Écriture veut que soient les chré­tiens ? Comme des disciples du Christ façonnés à son image, d'après ce qu'ils voient en Lui.

Comment l'Écriture veut que soient les chré­tiens ? Comme des brebis du Christ qui n'écoutent que la voix de leur pasteur. Comme des sarments du Christ, enracinés en Lui, et portant des fruits en Lui. Comme des membres du Christ unis dans la mise en œuvre des commandements du Seigneur et des dons de l'Esprit Saint, en fonction de l'amour du Christ qui est leur tête.

Comment l'Écriture veut que soient les chré­tiens ? Comme une Épouse du Christ, qui conserve son intégrité pour l'amour de son Époux. Comme des temples de Dieu, saints, purs, remplis uniquement de ce qui concerne le culte de Dieu.

Comment l'Écriture veut que soient les chré­tiens ? Comme une victime offerte à Dieu, irrépro­chable et intacte. Comme des enfants de Dieu, formés à son Image, dans la mesure de la grâce qui est ac­cordée aux hommes. Comme une lumière pour le monde, de façon à ne pas admettre le mal pour eux-mêmes, et à éclairer tous ceux qui les approchent, pour leur donner la vérité.

Comment l'Écriture veut que soient les chré­tiens ? Comme le sel de la terre en sorte que ceux qui s'associent à eux soient renouvelés en esprit et de­viennent incorruptibles.

Comment l'Écriture veut que soient les chré­tiens ? Comme la Parole de vie, car en se mortifiant quant aux choses de ce monde présent, ils témoignent pour l'espérance de la véritable vie.

Quel est le propre du chrétien ? De se puri­fier dans le sang du Christ de toute souillure du corps et de l'esprit et d'achever l'œuvre de sa sanctification dans la crainte de Dieu et l'amour du Christ.

Quel est le propre du chrétien qui mange le pain et boit la coupe du Seigneur ? De garder la mé­moire perpétuelle de Celui qui est mort pour nous et ressuscité."

 

AMEN

 

 

 
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