AU FIL DES HOMELIES

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L'HOMME SPIRITUEL

1 Co 2, 10-16 ; Lc 14, 25-35
St Basile et St Grégoire de Nazianze - (2 janvier 1990)
Homélie du Frère Michel MORIN

 

N

ous célébrons aujourd'hui dans la foi le sou­venir de deux hommes, Basile de Césarée et Grégoire de Nazianze qui furent d'abord moines, par leur état, consacrés tout entiers à l'Esprit, à Dieu Lui-même, après avoir renoncé aux femmes, aux enfants, aux frères, aux sœurs, à la terre, non pas par haine de ce monde, mais par amour de l'autre monde, déjà présent dans ce monde, par le Christ Lui-même. Et de par leurs écrits, monastiques ou spiri­tuels, saint Basile de Césarée, saint Grégoire de Na­zianze sont une étape incontournable dans cette re­cherche de la vie monastique et de son expression. Nous fêtons aussi deux évêques, mais là ils sont peut-être moins glorieux qu'on ne pense car Basile de Cé­sarée ne fut évêque que d'un carrefour qui n'était pas plus grand que Palette. Quant-à Grégoire de Na­zianze, il fut évêque sur le siège de Constantinople, pendant de très courts mois car non seulement lui-même s'en sentait indigne, mais son clergé le lui a fait sentir, tant et si bien qu'il a dû démissionner. Nous fêtons aussi en eux des Docteurs de l'Église Il faut faire attention à ce mot-là. Un docteur de l'Église n'est pas forcément celui qui fera un bon évêque, la preuve. Ce n'est pas non plus celui qui a passé un certain temps à étudier quelque part ou à griffonner des feuilles et à soutenir quelque thèse. C'est pourtant sur ce mot-là que je voudrais méditer avec vous.

Dans l'oraison de cette messe, nous deman­dons, par l'intercession de saint Basile et de saint Grégoire, "de rechercher humblement la vérité" et nous ajoutons "pour qu'elle imprègne notre vie de charité." C'est ceci la définition de tout doctorat, c'est-à-dire de l'attitude première de tout chrétien quels que soient son intelligence ou ses diplômes. Le chrétien est appelé à être "docteur de la vérité" pour que sa vie s'en imprègne, pour que cette vérité s'in­carne dans son être psychique, comme dirait saint Paul, et qu'ainsi il puisse enseigner, par sa vie, l'amour de Dieu pour lui et pour les autres. La recher­che de la vérité et la recherche humble de la vérité c'est une des premières dispositions, un des premiers désirs qui doit habiter votre cœur. Dans la foi chré­tienne, on ne vit pas sur l'acquis du catéchisme si bon soit-il, on ne vit pas de ses souvenirs d'enfance, si doux soient-ils, on ne vit pas de ce que l'on entend dire ici ou là, d'une façon ou d'une autre, ce n'est ja­mais très sûr. Le chrétien recherche la vérité, non pas à l'extérieur de lui-même, dans son passé, dans ce qu'il a appris des autres ou dans ce qu'il entend dire aujourd'hui, mais là même où cette vérité vit réelle­ment.

Quand saint Paul dit : "il y a en vous un homme spirituel", l'homme spirituel, c'est la vérité de l'Esprit que nous avons reçu au baptême et qui vit en nous. Vivre, cela veut dire non seulement qu'Il y est présent, mais qui attend que l'on se laisse enseigner par Lui, pour connaître la vérité de Dieu, c'est-à-dire la vérité de l'homme. saint Paul prend cette comparai­son : De même que l'esprit de l'homme, c'est ce qui, en lui est l'énergie, le moteur, la raison de la connais­sance des choses humaines, de même, l'Esprit de Dieu, dans l'homme, est le principe et la raison de la connaissance, par l'homme, des choses de Dieu, c'est-à-dire de la vérité. C'est cela que Grégoire et Basile et tant d'autres ont cherché humblement, c'est-à-dire avec cette conviction que jamais ils ne la posséde­raient, parce qu'elle est de Dieu, mais que jamais ils ne seraient véritablement hommes, justement parce que cette vérité est de Dieu et non pas de l'homme psychique, c'est-à-dire de l'intelligence, de la connais­sance ou du savoir, toutes choses non négligeables mais bien insuffisantes.

Cette vérité, il nous faut la rechercher chaque jour, parce que c'est elle qui va imprégner notre vie de la charité et qui va faire qu'en devenant "doctes", sa­vants, ou plus exactement sages dans cette vérité de Dieu, nous deviendrons aussi pour nous-mêmes et les uns pour les autres, docteurs de cette vérité, c'est-à-dire enseignants de cette vérité, témoins de cette vé­rité de Dieu, dans le cœur même de l'homme, dans le cœur même de notre histoire. Nous sommes des gens très distraits par nous-mêmes, très centrés sur l'homme psychique que nous sommes, toujours en train de nous analyser, toujours en train de prendre notre température, surtout psychique, toujours en train de savoir où nous en sommes, en train de faire quel­que bilan, de mesurer le passé et d'attendre l'avenir. Nous vivons, même au plan spirituel souvent, au ni­veau de l'homme psychique. Et c'est pour cela que nous n'atteignons pas la vérité que malgré tout nous voulons chercher avec sincérité. Il nous faut donc abandonner un petit peu ce que nous sommes humai­nement pour pouvoir le retrouver, en vérité, dans l'Esprit qui vit en nous et dont Jésus dit qu'Il "nous enseignera toute chose parce qu'Il est l'Esprit de vé­rité."

Ainsi, qui que nous soyons, moines comme Grégoire ou Basile, évêques comme tant d'autres, il y a une chose qui nous est commune à tous, c'est de devenir des docteurs de la vérité, cette recherche humble, quotidienne de la vérité de Dieu en nous, de la vie de l'Esprit saint en nous qui vient nous révéler toutes les richesses de Dieu et de l'homme, qui vient en imprégner notre vie pour que, vraiment, nous puis­sions devenir des hommes bâtis sur le roc de cette vérité et de cet amour. Alors ce que nous serons de­venus pourra témoigner vraiment non pas de nous mais de la vérité qui vient de nous et qui nous rend vrais.

 

AMEN

 

 

 
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