AU FIL DES HOMELIES

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LA FOI EN L'ESPRIT SAINT

1 Co 2, 10-16 ; Lc 14, 25-35
St Basile et St Grégoire de Nazianze - (2 janvier 2007)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

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rères et sœurs, ce quatrième siècle au cours duquel ont vécu les deux saints que nous célébrons aujourd'hui, saint Basile qu'on appelle "le grand" et qui était évêque de Césarée, aujourd'hui Kaïcéry, en plein milieu de la Turquie d'Asie, et puis Grégoire de Naziance son ami très cher. Ce quatrième siècle est à la fois un des plus dramatiques et un des plus grands de l'histoire de l'Église. Un des plus dramatiques parce que c'est le siècle sinon de la plus grande hérésie qu'ait connu l'Église, du moins de celle qui l'a le plus longtemps dissociée. En effet, Arius, prêtre d'Alexandrie pour essayer de rendre compréhensible le mystère du Dieu unique en trois personnes avait enseigné que seul le Père était Dieu absolu et que le Fils, même si on le disait Dieu ne l'était pas tout à fait autant que le Père. Evidemment, cela simplifiait tout puisqu'il n'y avait plus trois personnes en Dieu, mais seulement le Père qui était vraiment Dieu, le Fils et à plus forte raison l'Esprit n'étant que, sinon des créatures, du moins des personnes de rang inférieur.

L'Église a été déchirée par cette hérésie tout au long du quatrième siècle, d'abord parce que cette hérésie était plus facile à comprendre que le mystère de la Trinité, et puis parce que les pouvoirs publics, Constantin lui-même, à la fin de sa vie, son fils, Constance II ont tous soutenu cette hérésie, de telle sorte que si l'évêque d'Alexandrie saint Athanase ne s'était pas inlassablement élevé pour défendre la vraie foi, le monde entier se serait retrouvé arien.

C'est dans ce contexte que saint Basile et saint Grégoire de Naziance ont vécu et ont exercé la charge épiscopale dans les villes de Césarée, et pour saint Grégoire de Naziance, à Constantinople même. Ils ont combattu cette hérésie pour montrer l'égalité de nature entre le Fils et le Père, définie d'ailleurs au Concile de Nicée mais qui n'avait pas rallié l'ensemble des chrétiens et des évêques, ils ont défendu donc la vraie foi et ils se situent plutôt dans la dernière période de cette grande crise arienne, celle qui va en voir la solution grâce à un autre grand empereur Théodose qui lui, défendra la vraie foi et convoquera le deuxième Concile œcuménique, le Concile de Constantinople qui mettra fin à cette déstructuration de la foi chrétienne.

Plus particulièrement, saint Basile et saint Grégoire de Naziance ont combattu pour affirmer la divinité du Saint Esprit, car en effet si l'hérésie arienne portait d'abord sur une diminution du rang divin du Fils, à plus forte raison, elle éliminait la troisième personne en l'occurrence, l'Esprit Saint. On n'en parlait même pas. C'est un des grands mérites de saint Basile d'avoir écrit un Traité du Saint Esprit dans lequel il manifeste de façon éclatante que l'Esprit qui est le sanctificateur, c'est pourquoi nous l'appelons l'Esprit Saint, que l'Esprit qui est le souffle même, c'est le sens premier du mot Esprit, le souffle vital de Dieu, l'émanation vitale du Père et du Fils, que l'Esprit a rang d'égalité, on disait à l'époque, de consubstantialité avec le Père et le Fils. Ce Traité de Basile sur le Saint Esprit a préparé la définition de la divinité parfaite de la troisième personne de la Trinité, qui sera précisément l'œuvre de ce Concile de Constantinople convoqué par Théodose à la fin du quatrième siècle. En fait, Basile était mort deux ans avant la convocation du Concile, et pourtant, sa prédication inlassable et ce Traité du Saint Esprit dont je viens de vous parler ont joué un rôle très important pour amener à la définition de la divinité du Saint Esprit. Vous le savez peut-être, le symbole de foi que nous récitons habituellement le dimanche et qu'on appelle couramment le symbole de Nicée, est en réalité de symbole de Nicée Constantinople car toute la dernière partie de cette proclamation de la foi qui concerne précisément le Saint Esprit, a été promulguée, rédigée, affirmée, par ce Concile de Constantinople qui a été présidé pendant une longue partie de son déroulement par saint Grégoire de Naziance qui était patriarche de Constantinople à ce moment-là.

C'est donc vraiment l'œuvre de ces deux saints qui nous a donné notre foi en l'Esprit. L'Esprit Saint, peut-être n'y pensons-nous pas suffisamment, peut-être sommes-nous davantage habitués à nous tourner vers le Père, source de toutes choses, créateur de toutes choses et fin dernière de toute existence et de toute histoire, peut-être sommes-nous davantage habitués à nous tourner vers le Fils, lui dont nous venons de célébrer la naissance à Bethléem, lui qui s'est fait homme comme nous, et qui comme nous a grandi et puis a souffert est mort et ressuscité, mais cette vie que le Christ a ainsi promulguée par sa Passion, sa mort et sa Résurrection, cette vie si elle nous est communiquée pour devenir notre propre vie, c'est l'œuvre précisément de l'Esprit sanctificateur. C'est selon le dessein du père et selon le modèle du Fils que nous sommes sanctifiés, mais cette sanctification est l'œuvre de l'Esprit. C'est un des grands arguments de saint Basile dans son Traité du Saint Esprit : comment celui qui réalise en nous cette plénitude de la vie divine ne serait-il pas pleinement Dieu ? Comment pourrait-il nous donner la vie de Dieu s'il n'était pas Dieu lui-même ? D'une certaine manière le rôle de l'Esprit qui œuvre à l'intérieur, dans la profondeur de notre être, est peut-être le plus décisif dans notre vie chrétienne, dans notre conversion. Etre chrétien, c'est recevoir au baptême l'Esprit, et là aussi, saint Basile n'a cessé d'argumenter: nous sommes baptisés au nom du Père du Fils et de l'Esprit, et le baptême est en nous l'œuvre de l'Esprit qui nous est donné, et tout au long de notre vie, cet Esprit ne cesse d'approfondir sa présence en nous pour nous façonner à l'image de Dieu, pour restaurer en nous cette image que nous avons perdue par le péché.

Frères et sœurs, rendons grâces au Seigneur pour saint Basile et saint Grégoire de Naziance qui ont été ainsi les architectes de cette foi chrétienne au Père au Fils et à l'Esprit et qui nous ont donné ainsi cet immense cadeau de pouvoir l'affirmer.

Je vous lis pour terminer, une phrase de saint Basile dans son Traité du Saint Esprit : "Par l'Esprit, nous élevons notre cœur, il conduit les faibles par la main, il est le terme vers lequel tendent les parfaits. Illuminant ceux qui sont lavés de toute souillure, il les rend spirituels par la communion avec lui et comme des miroirs reflètent la lumière qu'ils ont reçue, ainsi ceux qui portent l'Esprit sont impressionnés par lui et deviennent spirituels et répandent la grâce sur les autres. C'est de là que tout découle, la connaissance des choses à venir, la compréhension, des mystères, le dévoilement de tout ce qui est encore caché, le don des grâces, la citoyenneté céleste, le chant en un même chœur avec les anges, la joie sans fin, le repos en Dieu, la ressemblance avec Dieu, et enfin comble de tous nos désirs, devenir Dieu".

 

AMEN

 

 

 

 
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