AU FIL DES HOMELIES

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LE MOINE EST UN ARTISTE

1 Co 2, 10-16 ; Lc 14, 25-35
St Basile et St Grégoire de Nazianze - (2 janvier 2012)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Basile (timbre de la poste vaticane)

F

rères et sœurs, la vie monastique encore aujourd'hui, peut être jugée par nos contemporains sous un angle ambivalent puisqu'il y a deux choses qu'on reproche à la vie monastique et en même temps ces deux choses attitrent nos contemporains, maintenant les hôtelleries sont pleines à craquer et il faut s'y prendre des mois à l'avance pour pouvoir avoir une chambre dans certains monastères.

Quels sont donc ces deux points ambivalents à la fois refusés en en même temps attirants ? Le premier point, c'est la présentation de la vie monastique comme étant une fuite du monde, et une fuite des autres, et d'autre part, le fait que la vie monastique repose sur le socle de la règle. Vous imaginez tout ce qu'on peut dire de mal sur la vie monastique à cause de cela, ces moines qui n'aiment pas les gens et qui vont s'enfermer dans les monastères et qui ne pensent qu'à obéir à des lois. En même temps, comme je viens de le dire, chez nos contemporains, il y a le désir "d'une fuite du monde", comme une sorte de parenthèse au cours de laquelle on pourrait trouver autre chose que les monastères et en même temps, ce rapport pas très net avec la loi car à la fois les gens disent la détester, et en même temps, à chaque fois qu'on demande aux gens pourquoi ils veulent faire baptiser leur enfant, on nous répond invariablement : c'est pour qu'il ait des repères et un cadre.

Or, ce qui est intéressant avec les règles proposées par Basile de Césarée, c'est qu'il attire l'attention sur beaucoup de choses, et au moins sur ces deux choses que je viens de citer, c'est-à-dire la vie monastique en tant que fuite ou non du monde, et d'autre part la vie monastique comme se reposant uniquement sur la règle. Si à l'origine la vie monastique s'est ancrée dans un caractère érémitique, très rapidement, quelqu'un comme Pacôme en Égypte, a lancé cette idée d'une vie monastique en groupe, vie cénobitique, et par ailleurs un peu plus tardivement, Basile a expressément mis en garde les moines sur la solitude. Voici ce qu'il dit dans sa règle, Basile met en garde contre les dangers de l'égoïsme du solitaire qui contredit ouvertement la loi de la charité : "Si nous vivons séparément, nous ne pourrons ni jouir avec celui qui est glorifié, ni compatir avec celui qui pâtit, puisqu'il nous sera impossible de connaître l'état de notre prochain. Dans la communauté de vie en revanche, le don de chacun est le bien commun de ceux qui vivent avec lui et l'activité de l'Esprit Saint en chacun se communique à tous les autres. Au contraire, celui qui vit seul même s'il peut éventuellement recevoir la grâce, il la rend inutile par son désoeuvrement et c'est comme s'il l'ensevelissait en lui". C'est un argument extrêmement fort, qui n'est pas écrit par un athée ou quelqu'un qui ne croit pas à la vie monastique, c'est écrit par un moine. C'était le premier point.

Le deuxième c'est le rapport à la règle. Pour beaucoup de nos contemporains qu'est-ce que la vie religieuse ? C'est une personne qui décide dans sa propre liberté, de rentrer dans une règle. La règle précède la forme de vie. Or dans la réalité de la vie monastique, c'est l'inverse. C'est parce que je décide de vivre ma vie avec le Christ de telle ou telle manière, soit de manière érémitique, soit cénobitique ou apostolique, que je vais forger la règle qui me sera nécessaire pour arriver au but que je me suis fixé. La vie monastique n'est pas régulière, elle est artiste ! C'est encore ce que dit Basile, il est même le premier à ébaucher ce rapport entre l'art et la vie monastique, et d'autres par la suite, notamment celui qui rédigera plus tard en Occident la règle du Maître, le dira d'une manière plus formelle. En fait, qu'est-ce qu'un moine ? C'est un artiste ! C'est quelqu'un qui pas du tout bêtement et stupidement décide de faire un trait sur sa liberté pour suivre des règles tout aussi stupides. Mais c'est quelqu'un qui comme un artiste, désire arriver à un point final et décide pour ce faire de prendre les moyens qui lui sont nécessaires.

C'est la raison pour laquelle une abondante littérature s'est plue justement à établir des points communs entre la vie monastique entre les sportifs, entre les artistes, entre les danseurs, etc … Bien sûr nous ne sommes pas tous appelés à vivre la vie monastique telle qu'elle est dans sa rigueur et dans la chasteté et la pauvreté. Mais je trouve ces deux points défendus par Basile extrêmement contemporains puisqu'ils sont au centre même de la vie chrétienne. Quand au vingtième siècle on a décidé de représenter la vie monastique non plus simplement en mettant une sorte de punition que je m'inflige pour demander à Dieu pour pardonner tous les péchés que j'avais fait quand j'étais dans le monde, mais que l'on a réassocié la vie monastique au baptême et à la vie chrétienne, on a certainement scié la branche sur laquelle on était assis parce qu'on a perdu énormément de candidats, mais en quelque sorte, on a proposé à beaucoup de chrétiens mariés ce qui fait la valeur même de la vie monastique.

Frères et sœurs, nous sommes le deux janvier, je suis certain que vous êtes saisis par le désir d'écrire dans un petit carnet toutes les belles choses que vous aurez à faire au cours de cette nouvelle année. Moi je trouve que le programme de saint Basile est magnifique, d'abord la première chose qui est de ne jamais considérer la vie chrétienne comme un repli sur soi-même, mais comme la joie de pouvoir partager des belles choses avec nos frères et nos sœurs, et en même temps de partager le meilleur mais aussi le plus difficile. Et la deuxième chose, de découvrir que par le baptême nous sommes tous appelés à vivre cet art sacré, car la vie monastique est un art sacré, et la vie chrétienne est un art sacré. Nous ne sommes pas tous des Michel-Ange, nous ne sommes pas tous des artistes de danse, mais qu'est-ce que l'art pour Basile ? C'est ce qu'il dit dans ses règles, le véritable artiste, ce n'est pas d'abord de tomber dans une sorte d'esthétisation, mais c'est la pratique. L'artiste est celui qui pratique tous les jours. C'est mon vœu en tant que frère, que saint Basile et saint Grégoire soient pour vous l'occasion de redécouvrir l'occasion de renouveler votre vie chrétienne.

 

AMEN

 

 

 
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