AU FIL DES HOMELIES

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I Jean 2, 18+22-28 ; Jean 1, 29-34

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Crépy-en-Valois : Jean-Baptiste

 

L

a personne de Jean-Baptiste a dominé le temps de l'Avent puisque c'est en lui que se concentre toute l'attente d'Israël et qu'il est en même temps comme le type de notre propre attente. Pendant les fêtes de Noël c'est davantage la vierge Marie, et auprès d'elle, Joseph, qui ont retenu notre attention. Mais maintenant où nous nous approchons de la fête de l'Épiphanie, pendant ces jours qui vont la préparer ou la suivre, de nouveau Jean-Baptiste va revenir à la première place. C'est qu'en effet la fête de l'Epiphanie est la fête de la manifestation du Christ et que Jean-Baptiste a un rôle central dans cette mani­festation. Il a été envoyé pour que Jésus soit manifesté à Israël.

Dans le passage d'évangile que nous venons d'entendre, Jean-Baptiste nous dit plusieurs choses très fondamentales sur ses rapports avec Jésus. La première chose, il la répète à deux reprises : "Moi, je ne le connaissais pas !" Jean-Baptiste ne savait pas à quelle profondeur Jésus était ce Messie qu'il attendait. Il a reconnu le Messie, certes, mais il ne pressentait pas jusqu'où allait ce rôle et à quelle profondeur rési­dait la nature de ce Messie. Jean-Baptiste ne pouvait pas savoir que ce Messie était le Fils de Dieu, était Dieu Lui-même. Il le considérait d'abord comme un envoyé de Dieu, comme Celui qui devait restaurer toutes choses dans l'ordre en apportant la justice, pour punir les méchants et récompenser les bons. Mais Jean-Baptiste ne savait pas encore qu'en ce Messie, c'était toute la tendresse de Dieu, c'était l'amour qui est la nature même de Dieu, c'était Dieu en personne qui venait visiter les hommes. C'est pourquoi il dit : "Je ne le connaissais pas !"

Mais par révélation, Jean-Baptiste a su, de la part de Dieu, que Celui sur qui demeurerait l'Esprit, c'était Lui l'envoyé de Dieu. Il a reconnu Jésus à ce que l'Esprit Saint a demeuré sur Lui. L'Esprit, Celui qui anime les prophètes, Celui qui anime Jean-Bap­tiste lui-même, car dès le sein de sa mère il a été pé­nétré par l'Esprit Saint et il a exulté sous l'action de l'Esprit Saint, l'Esprit donc qui anime tous les pro­phètes, est en eux comme une force qui les traverse et qui vient accomplir des prodiges ou annoncer révéla­tions à travers eux. Mais l'Esprit ne se contente pas de cela. Il ne se contente pas de passer, de traverser la personne de Jésus, Il demeure en Lui, parce que Jésus est le lieu même de l'Esprit. Et c'est le premier pres­sentiment de la divinité de Jésus qu'éprouve Jean-Baptiste : l'Esprit appartient à Jésus. L'Esprit de Dieu fait en quelque sorte corps avec la personne même de Jésus. Et nous saurons plus tard, par l'enseignement de Jésus Lui-même, que cette intimité entre Jésus et l'Esprit Saint, c'est celle qui est au cœur même de la Trinité, mais cela Jean-Baptiste ne pouvait pas encore le savoir comme nous. Il a seulement compris que cette proximité entre Jésus et l'Esprit Saint était le signe de quelque chose qui dépassait infiniment tout ce que pouvait être la mission prophétique et même tout ce qu'il pouvait lui-même attendre d'un Messie.

Mais la révélation de Dieu à Jean-Baptiste va plus loin encore car quand Jean -Baptiste a vu le Mes­sie s'avancer vers lui pour recevoir le baptême au Jourdain, il a voulu, c'est saint Matthieu qui nous l'apprend, éloigner Jésus en disant : "Ce n'est pas à toi à recevoir le baptême, c'est moi qui devrais être puri­fié par Toi." Puisque ce baptême est le baptême des péchés, comment Toi pourrais-Tu recevoir ce bap­tême des pécheurs, puisque Tu viens précisément pour sauver les pécheurs ? Et c'est là que Jean-Bap­tiste a entrevu un mystère plus grand encore qui est le mystère même de la Passion rédemptrice du Christ et qui nous fait pénétrer, après Jean-Baptiste, dans le secret le plus profond du cœur de Dieu. C'est que Jésus n'est pas venu nous sauver seulement par un effet de puissance, mais Jésus vient nous sauver en prenant sur Lui le péché du monde : "Voici l'Agneau de Dieu, Celui qui porte le péché du monde ! Celui qui ôte le péché du monde !" Jésus, et c'est là le secret le plus profond de sa mission divine, Jésus est Celui qui va nous aimer à une telle profondeur qu'Il va, en quelque sorte, faire siens, en les prenant sur Lui, tous nos péchés, tous les péchés du monde, pour que son amour qui est un amour proprement divin c'est-à-dire infini, puisse ôter ces péchés de l'humanité tout en­tière en les prenant sur ses épaules.

Voilà ce que Jean-Baptiste a pu entrevoir au terme de sa mission, au moment où il va définitive­ment s'effacer devant Jésus. Ce n'est pas encore la révélation plénière du Nouveau Testament, de l'évan­gile, mais c'est la porte même de ce mystère. Jean-Baptiste est celui qui ainsi nous indique, dans toute sa profondeur, le mystère de Jésus : Jésus rempli de l'Esprit, possesseur de l'Esprit, intime de l'Esprit Saint, donateur de l'Esprit Saint, Jésus amour infini de Dieu qui va jusqu'à prendre sur Lui les péchés des hommes pour les détruire par la puissance de cet amour. Entrons nous aussi dans ce mystère du Christ pour que véritablement nous portions en nous cette louange pour tout l'amour dont Dieu nous aime.

AMEN

 

 

 
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