AU FIL DES HOMELIES

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I Jean 3, 1-10 ; Jean 1, 29-34

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

A

partir de ce soir, nous allons entrer dans le temps de l'Epiphanie, c'est-à-dire le temps de la manifestation du Seigneur à son peuple et à toute l'humanité. Les fêtes qui vont s'enchaîner au­ront comme but de nous montrer comment Jésus se manifeste à Israël. Il est manifesté dans l'adoration des mages, Il est manifesté dans le baptême au Jour­dain, Il est manifesté dans les noces de Cana. A cha­que fois, Il est manifesté comme le Seigneur et le Sauveur.

Cette évidence ne s'est pas imposée aux contemporains de Jésus comme si, tout à coup, ils recevaient un message foudroyant. En réalité, cette évidence du Christ Seigneur et Sauveur de l'humanité a été un long cheminement mystérieux dans le cœur de chacun des témoins. C'est pourquoi, en prologue et en préambule, aujourd'hui nous est donné le chemi­nement dans le cœur de Jean le Baptiste. En effet, il ne faut pas croire que, tout à coup Jean-Baptiste aurait eu une sorte d'illumination et que toutes les choses seraient devenues claires, puisque, nous l'avons vu au moment de l'Avent, Jean-Baptiste dans sa prison en­voie encore des messagers, alors que le Christ a déjà posé les signes de la venue du Royaume, pour lui demander : "Es-Tu bien Celui qui doit venir?" Pour­quoi donc, pourquoi toutes ces questions et pourquoi cet itinéraire apparemment si mouvementé de Jean-Baptiste ?

Cela ne tient pas du tout à sa mauvaise vo­lonté. Cela tient à une raison très profonde c'est qu'il est très difficile de saisir que Jésus est le Fils de Dieu. Et ceci touche quelque chose de très profond en notre cœur et en notre vie, car qu'est-ce qui fait que nous confessons que Jésus est Fils de Dieu ? Qu'est-ce qui fait que, devant quelqu'un dont nous savons qu'Il a vécu à telle époque, dans telles circonstances, qu'Il a posé tel ou tel signe, qu'est-ce qui fait que nous pou­vons dire, aujourd'hui : "Celui-là est l'Elu de Dieu! Celui-là est le Fils, Celui-là est l'Agneau, Celui-là est plus grand que moi !" Qu'est-ce qui fait que, dans notre cœur, nous pouvons en toute vérité et en toute certitude, confesser vraiment que Jésus est Fils de Dieu, qu'Il est Dieu en personne ? C'est cela le pro­blème de la manifestation.

Or la plupart du temps nous y répondons de manière très humaine et trop humaine. La plupart du temps nous considérons simplement que Jésus est Fils de Dieu parce qu'Il "dépasse la norme", "Il dépasse la pointure". Il est un peu hors catégorie et par consé­quent c'est vraisemblable qu'Il est Fils de Dieu. Mais ceci est une conclusion tout humaine. Je ne suis pas sûr que ce soit encore un acte de foi. On peut très bien tirer cette conclusion d'un homme avec un message extraordinaire, avec des gestes de bonté extraordinai­res, mais qui n'est pas encore le Fils de Dieu. Qu'est-ce qui peut nous permettre vraiment de dire : "Il est le Fils de Dieu ! Il est l'Elu de Dieu !"

Jean l'évangéliste nous montre de façon très perspicace comment cela s'est passé dans le cœur du Baptiste. Le Baptiste, même s'il était envoyé pour cela, n'a pas dit que Jésus était le Messie, simplement à partir de son jugement humain, sinon son témoignage n'aurait pas valu grand-chose. Il faut bien comprendre que Jean-Baptiste a déclaré Jésus Messie et Christ de Dieu non pas seulement parce qu'il a trouvé qu'il correspondait au profil qu'il s'était fait de l'idée du Messie. Ce témoignage n'aurait aucune va­leur, et c'est cela que Jean l'évangéliste veut nous faire comprendre. Jean-Baptiste peut dire en toute vérité : "Je ne le connaissais pas !" Je n'avais pas une idée très précise du Messie. Je n'ai pas appliqué mes caté­gories humaines sur cet homme-là, Jésus. Non, Jean-Baptiste dit : "J'ai vu l'Esprit de Dieu descendre" et à ce moment-là j'ai compris qu'Il était envoyé dans l'Esprit, car c'est l'Esprit Lui-même qui me l'a mani­festé comme Fils de Dieu.

La seule raison pour laquelle, dans l'authenti­cité de la foi, nous pouvons proclamer Jésus Messie et Seigneur, ce n'est pas à partir de déductions humai­nes. A ce niveau-là, nous ne le connaissons pas, nous sommes aveugles, nous restons dans notre péché. Mais si nous acceptons que l'Esprit descende dans notre cœur et qu'Il nous fasse voir ce que nos yeux humains ne peuvent pas voir, alors nous pouvons dire, en vérité, avec Jean le Baptiste : "Celui-là est l'Elu de Dieu ! Celui-là est l'Agneau de Dieu !"

C'est dans cet esprit-là qu'il nous faut aborder ce temps de l'Epiphanie, ce long mystère de gestation de la manifestation de Jésus comme Fils de Dieu en nous, au cœur de l'Église et dans notre propre exis­tence. L'Église, encore aujourd'hui, est souvent comme Jean-Baptiste. Elle a besoin d'être totalement saisie par l'Esprit pour parler de Jésus non pas de fa­çon humaine, même pas pour l'adapter à tous les dé­sirs et à tous les besoins que les hommes peuvent exprimer d'une attente de Dieu, mais plus encore pour témoigner, en vérité de ce qu'elle a vu de son Sei­gneur et qu'elle n'a pu voir que "dans l'Esprit".

AMEN

 

 

 
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