AU FIL DES HOMELIES

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LE PREMIER MARTYR

Ac 7, 55-60
St Etienne - (26 décembre 1980)
Homélie du Frère Michel MORIN


 

Le Bizot : Saint Etienne

L

es premières assemblées chrétiennes n'étaient pas toujours calmes, pacifiques et absolument priantes. Il y avait toujours quelque trouble-fête pour s'insérer dans ces assemblées, afin de rapporter quelque chose. Ils y venaient avec des intérêts propres. C'est pour cela sûrement, que, fatigués par ces gens-là, la première communauté chrétienne a choisi, parmi elle, sept hommes pour les présenter aux apôtres, afin que ceux-ci, en leur imposant les mains, leur confient ce service de paix, de tranquillité et de justice. Car ces premières assemblées chrétiennes se réunissaient, de fait, pour célébrer l'eucharistie, mais aussi, dans un même mouvement, pour partager le repas fraternel et mettre en commun le bien de chacun. Ce bien qu'ils apportaient et qu'ils déposaient aux pieds des apôtres, était ensuite distribué selon les besoins de chacun, mais il arrivait que les plus pauvres, comme les veuves, par exemple, les orphelins, étaient frustrés et repartaient sans rien, alors que d'autres qui avaient besoin de moins, partaient avec beaucoup plus.

       C'est à ce service-là, à cette "table de la charité" que Etienne, avec six autres compagnons furent investis. De plus, Etienne avait été remarqué par les prodiges qu'il faisait dans la communauté chrétienne et par la force de sa prédication. C'est pour cela qu'il est devenu lui-même un trouble-fête. Comme son Maître, il a été accusé de blasphémer contre Moïse et contre Dieu, parce qu'il disait que la Loi de Moïse était devenue caduque et qu'il rappelait cette parole du Christ prédisant que le Temple devait être détruit. Ne pouvant supporter, une seconde fois, ces accusations, puisque c'était de cela même qu'il s'agissait pour Jésus, le Sanhédrin a convoqué Etienne. Les scribes et les anciens l'ont fait comparaître et l'ont jugé comme portant atteinte à la Loi, à la tranquillité du peuple, et donc à l'honneur de Dieu.

       Au moment de se défendre, Etienne n'a pas pris sa propre défense. Il a pris la défense du peuple qui l'accusait, puisque, dans un long et très beau discours, il reprend toutes les merveilles que Dieu a faites pour le peuple de la première Alliance, depuis l'appel à Abraham, jusqu'au sacrifice de l'ultime et unique fils d'Abraham, l'assassinat du Christ Jésus, selon l'expression d'Etienne, par ce même peuple. Il fut alors conduit hors de la ville et lapidé. C'est à ce moment-là que, comme son Seigneur une fois encore, il prononça des paroles de pardon pour ses bourreaux, et l'un de ses bourreaux était Paul, Paul qui reçut alors dans ses yeux, et probablement dans son cœur, ce témoignage ultime d'Etienne qui allait devenir en lui comme le germe de son propre témoignage au milieu des nations.

       Célébrer le martyre d'Etienne, le premier martyr de l'Église, au lendemain de Noël, c'est avoir déjà comme une vue qui achève le mystère que nous célébrions hier. Hier, nous chantions de Dieu qui s'est fait homme, ces cieux qui s'étaient ouverts pour que, de nos yeux de chair, nous puissions voir la Gloire de Dieu sur le visage de l'enfant de Bethléem. Aujourd'hui nous célébrons toujours ces mêmes yeux ouverts, mais pour que l'homme puisse contempler la gloire de Dieu sur le visage du Père. C'est cela la fête de Noël dans son ultime dimension : Dieu s'est fait homme pour que l'homme puisse contempler Dieu. Et c'est cela le message, pour chacun d'entre nous aujourd'hui, du martyre d'Etienne. Et nous le vivrons, comme Etienne, c'est-à-dire comme le Christ, en étant serviteurs de nos frères, serviteurs de la gloire de Dieu, ce qui veut dire témoin, ce qui veut dire, d'une façon ou d'une autre, martyr.

       Au cours de cette eucharistie nous prierons pour tous ceux qui, dans l'Église, ont un ministère, ont un service, non seulement les successeurs des apôtres, mais tous ceux à qui ces successeurs des apôtres ont confié soit la "Table de la charité,"  soit la table du service des malades et des pauvres, soit la "Table de la Parole" par la catéchèse, soit la table du service de l'accueil. Autant de tables où Dieu nous sert sa grâce, sa charité. Autant de tables où nous pourrons déjeuner, et manger et recevoir son amour. Nous prierons aussi pour tous ceux qui, à cause de leur fidélité à ce service, ne peuvent plus s'asseoir à cette table de l'Église, parce qu'ils ont été, comme Etienne, emmenés hors de cette Église, déjà mis au-delà de la muraille visible de l'Église et qu'ils sont, dans le silence, lapidés, torturés, martyrisés à cause de leur foi. Le Seigneur l'a promis : "A ceux qui tiendront jusqu'au bout, ceux-là aussi, comme Etienne, verront la Gloire de Dieu."

 

       AMEN


 

 
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