AU FIL DES HOMELIES

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DIACRE ET MARTYR

Ac 7, 55-60; Mt 10, 17-22
St Etienne - (26 décembre 1994)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

Monthermé : Saint Etienne

C

e n'est pas par hasard si, au lendemain de Noël, on célèbre Etienne, car il est le premier martyr, donc le premier à rendre témoignage pour le Christ de ce que le Christ Lui-même a accompli pour les hommes. Il donne et livre sa vie à Celui qui a lui-même donné tout ce qu'Il était dans sa Passion et sa Résurrection. C'est pourquoi, très tôt, l'Église a aimé à célébrer celui qui reste comme le premier témoin de la grâce effective de Jésus mort et ressuscité pour les hommes. Mort et résurrection qui commencent, dans l'histoire humaine, par la naissance de Jésus en ce monde, venu justement à Noël commencer ce salut destiné de toute éternité à réconcilier l'homme et Dieu. Ce qui est important dans le martyre d'Etienne c'est de comprendre à quel point cet homme devient configuré à Celui qui a donné sa vie pour nous.

       C'est pourquoi le martyre d'Etienne se déroule comme en négatif, comme un calque de celui de Jésus-Christ Lui-même. La mort elle-même qui est procurée par la lapidation, donc Etienne est mené à la mort comme son maître Jésus-Christ. Et comme son Seigneur il redit les paroles que le Christ a prononcées sur la croix. "Père, entre tes mains Je remets mon esprit !" Etienne dit comme le Christ : "Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font". Il y a donc configuration, identification du martyre d'Etienne à celui du Christ, sinon le martyre en lui-même n'a aucun intérêt, mourir n'a aucun intérêt, mais mourir pour être configuré au Christ, voilà qui donne sens à la vie de cet homme et à sa vraie vie qui passe par la mort. 

       Le motif est également le même : Etienne est arrêté parce qu'on l'accuse d'avoir dit que Jésus le Nazaréen allait détruire le Temple. Or un des chefs d'accusation contre Jésus était justement qu'il détruirait le Temple, sachant, comme le dit le livre des Actes des apôtres, que beaucoup de prêtres commençaient à se convertir. Il y avait donc une menace contre cette institution prédominante dans la vie d'Israël qu'étaient le Temple, le culte et l'interprétation de la vie morale. C'est pourquoi le Temple est le cœur même de la religion pour les peuple d'Israël. Par rapport aux chefs d'accusation comme par rapport à la manière dont Etienne lui-même meurt, la similitude est totale. En lui continue à mourir le Christ, mais en lui aussi se réalise la Pâque du Christ, donc le passage de cette mort à sa vie. Et tous les Actes des apôtres vont fonctionner sur ce même rythme. Toutes les personnes importantes des Actes des apôtres continuent à être, dans leur vie, même si on ne raconte pas leur martyre, continuent à être configurés au Christ, à être identifiés à ce que le Christ Lui-même a fait, comme si une ombre portée, qui est celle du Christ, continuait à se perpétuer dans ceux qui l'ont suivi. Ainsi en est-il pour Pierre qui opère des miracles comme le Christ, ainsi en est-il pour Paul également. Ce qui est très intéressant c'est que Paul lui-même, à son insu, est le récipiendaire du martyre d'Etienne puisque les vêtements c'est-à-dire l'identité de celui qui est tué sont remis aux pieds de Paul, ce qui signifie que la personne est vraiment à vos pieds.

       Il y a un élément important. Noël, Etienne, le martyre, une configuration, c'est au lendemain la même logique qui continue pour ceux qui veulent suivre le Christ. Il y a la même identification de Jésus vrai homme et vrai Dieu qui donne sa vie pour nous, Etienne vraiment homme qui est divinisé dans sa mort et nous qui, aujourd'hui, fêtons saint Etienne. Nous sommes en train de fêter notre propre configuration au Christ Seigneur. Cela ne veut pas dire que nous avons à perdre notre personnalité ou notre identité propre, mais le terme de configuration exprime, dans ces cas-là, que nous devons avoir le même visage que le Christ a eu pour nous, visage d'amour pour ceux qui le persécutent, visage d'amour qui va jusqu'à demander pardon et à pleurer, visage qui devient celui du Ressuscité au matin de Pâques, visage d'Etienne vraiment transfiguré, qui change de figure. Aujourd'hui le visage du chrétien c'est ce visage-là c'est le visage du don, le visage de l'amour.

       C'est cela la configuration, non pas de perdre notre identité, mais que sur notre visage se lise cette passion, cet amour dont on parle dans passion. C'est ainsi de croire que, pour le chrétien, ce qui est important ce n'est pas de "faire son salut" mais d'aimer, ce n'est pas d'essayer de "sauver sa peau", c'est de la donner pour l'Église. Ce temple il n'en restera pas pierre sur pierre. Jésus le Nazaréen détruira le temple de pierres.

       Le chrétien est lui-même le temple et la présence du Christ, donc visage de mort et de résurrection, donc de salut pour cette humanité. On ne donnera pas sa vie pour sauver les ors du Vatican ou la primauté pontificale ou autre chose de ce style-là, mais on donnera sa vie par amour de cette humanité, donc par amour de l'Église, Église constituée de tous les chrétiens qui se reconnaissent dépendants fondamentalement de Jésus-Christ Lui-même.

        C'est ce visage de l'Église que nous célébrons aujourd'hui, c'est pourquoi cette fête a tant d'importance car elle est le cœur même de la vocation de chacun d'entre nous.

 

        AMEN

 

 
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