AU FIL DES HOMELIES

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LA MORT : RENCONTRE ET PARDON

Ac 7, 55-60; Mt 10, 17-22
St Etienne - (26 décembre 2001)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

Arles : Saint Etienne

L

a naissance de Jésus et la mort de saint Etienne permettent de rapprocher la mort et la naissance, et la mort de Saint Etienne est une naissance au ciel. Désormais, toute mort sera une naissance. Dans le mélange paradoxal qu'il y a entre cette violence de la persécution du premier martyr et la douceur même des phrases du premier martyr qui reprend d'ailleurs les propres phrases du Christ, quelque chose de la mort est tombé. L'ancien visage de la mort qui et un visage de brutalité et de victoire, a baissé la garde. Désormais, la mort pour nous, les humains, ne peut pas garder son visage prétentieux, elle n'est pas le dernier mot. Quelque chose à l'intérieur de la mort a été transformé, quelque chose a été définitivement vaincu, et nous en avons les indices dans les phrases même de saint Etienne, ces phrases presque féminines d'ouverture, d'accueil : "Entre tes mains, je remets mon esprit". Ce moment de la mort de saint Etienne qui rejoint le moment de la mort du Christ, ce moment extrêmement ultime qui dessine un nouveau visage de l'homme qui s'ouvre à Dieu, que Dieu épouse. Et désormais la mort n'est plus ce désert, mais elle est l'endroit de la rencontre entre Dieu et l'homme. Désormais la mort n'envoie pas l'homme par-delà, dans le shéol, dans cet endroit à la fois en­nuyeux et sombre, mais le promet à une rencontre définitive, qui le transforme et l'habite. Déjà même avant la rencontre, l'Esprit précédant cette rencontre, inspire à celui qui va mourir, les phrases de l'accueil : "Entre tes mains, je remets mon esprit".

       C'est ce que nous dessine cette fête de saint Etienne. Dès le lendemain de la naissance du Verbe, de la Parole qui prend chair et qui prend tellement chair qu'elle s'inscrit et transforme tout notre vie, jusqu'à sa fin, et même la mort, définitivement. En apparence, tout est pareil, mais à l'intérieur tout est renversé. C'est cela que le martyr dit dans l'Église, c'est pourquoi l'Église fête les martyrs. Elle fête la manière dont les hommes vont se donner à Dieu, vont s'ouvrir, vont accueillir la divinité. Par-delà les apparentes victoires de la mort, quelque chose est vaincu, c'est Dieu qui gagne l'homme.

       C'est ce que nous vivons dans la foi lorsque nous accompagnons quelqu'un au seuil de cette vie. Quand je dis dans la foi, ce n'est pas que nous l'espérions malgré tout, non, c'est une sorte d'ouverture de notre être à une réalité qui nous dépasse et que celui qui est parti, vit, totalement, intégralement, la rencontre avec Dieu. "Entre tes mains, je me donne, parce que je sais que Tu es là, j'ouvre. Alors que je suis au point le plus vulnérable de ma vie et que cette vie s'écroule sous moi, je remets ce qui résiste encore, je te le remets, je te le lance, je te le donne". Tel est l'acte ultime dessiné par Etienne, inspiré par le Christ Lui-même qui sur la croix avait dit ces mêmes mots, et ces mêmes mots se trouvent couronnés, embellis par un pardon. Car non seulement la mort est devenue rencontre, mais est devenue pardon pour ceux qui l'entourent, une sorte d'éclatement. Elle purifie et donne quelque chose aux autres, à nous-mêmes, qui tout en souffrant, ne comprenant pas recevons quelque chose de ce pardon offert par le Christ et par les martyrs. Et c'est là que notre communauté est l'Église. C'est là que nous ne vivons pas la mort pour nous-mêmes, mais de martyr en martyr, ce pardon contagieux gagne les hommes, il suffit simplement par la foi, d'ouvrir les yeux et d'ouvrir notre humanité à ce que Dieu leur a offert et nous offrira : le don de sa Vie. 

       Que saint Etienne en ce jour, nous permette de voir comme à l'avance, la promesse que Dieu dessine en chacun de nous, promesse immense, promesse de vie. La mort n'aura pas le dernier mot, mais c'est la vie de Dieu qui gagnera.

       AMEN

 

 
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