AU FIL DES HOMELIES

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L'ANNONCE DU SALUT UNIVERSEL À TRAVERS LE MARTYRE

Ac 7, 55-60; Mt 10, 17-22
St Etienne - (26 décembre 2006)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC


J

e ne sais pas comme a l'air de l'entendre l'évangile, si saint Étienne ne se préoccupait pas de ce qu'il allait dire devant le Sanhédrin, rempli de l'Esprit Saint, non pas que je n'aie pas confiance en l'Esprit Saint, mais je pense que son discours qui précède le récit que nous avons entendu est un texte-clé pour comprendre justement la signification du martyre de saint Etienne. Nous n'avons pas pu le lire parce qu'il est trop long, et je vous rassure, je ne vais pas vous le lire, mais je vais tenter de le résumer. Pourquoi ? parce que saint Etienne marque une certaine tendance du judaïsme. Nous avons toujours envie de simplifier les choses, les chrétiens, les juifs, les musulmans, les animistes, les bouddhistes, etc … il ne faut pas oublier que du temps de Jésus, il y avait plusieurs courants du judaïsme et que ce judaïsme lui-même était traversé par des différences selon que vous habitiez à Jérusalem, ou selon que vous habitiez en diaspora, notamment à Alexandrie qui était la ville qui abritait le plus de juifs. Alexandrie était un peu comme New York actuellement. 

       Saint Etienne est donc un juif issu de la diaspora, il ne faut pas l'oublier. Quand nous lisons son résumé de l'histoire sainte, c'est le discours qu'il va adresser au sanhédrin, que dit-il ? Il prend d'abord des figures emblématiques : Abraham. Qui est Abraham ? C'est celui qui est invité à vivre sur une terre qui n'est pas la sienne et qui sera promise à sa descendance. Frères et sœurs, comment faire pour vivre sur une terre qui ne nous appartient pas ? Ensuite, il y a Joseph. Qui est Joseph ? C'est un homme qui est chargé de gérer des biens qui ne lui appartiennent pas. Comment dois-je faire pour gérer des biens, une fortune, des terrains, qui ne m'appartiennent pas ? Etienne continue : Moïse. Qui est Moïse ? C'est un homme issu du peuple des hébreux, né hébreu et il reçoit une culture égyptienne et qui se retrouve rejeté par le peuple dont il est issu : "Qui es-tu toi l'égyptien, pour venir nous faire la morale ?" Comment faire quand on naît d'un peuple et qu'en même temps nous sommes assimilés et élevés dans une autre culture qui n'est pas la nôtre. Cet homme renié par son peuple rencontre Dieu qui l'envoie sauver ce peuple qui l'a renié. Il est sauveur mais en même temps, il n'est pas reconnu. Et saint Etienne rappelle le fameux passage du veau d'or : "cet homme qui nous a sauvé nous ne savons pas où il est". Et le peuple se fabrique une idole. 

       Et d'un seul coup, Etienne arrive directement au temple. Il a cette phrase extrêmement dure et il ne faut pas oublier qu'il le dit devant le sanhédrin, devant des gens qui pour la plupart sont des sadducéens, des gens pour qui le temple est vraiment la clé même de leur foi juive, et il leur dit : fait de main d'homme ! 

       Ce qui transparaît derrière ce résumé fait par Etienne, c'est l'expérience d'un homme qui vit en diaspora, quelqu'un qui sait ce que c'est que de vivre à l'extérieur, qui sait ce que c'est de vivre à un rythme qui n'est pas celui imposé par le temple, par le judaïsme, par la culture juive. Il sait ce que c'est que se frotter aux païens, il sait ce que c'est que de vivre avec les autres. C'est très intéressant, parce quand on voit la manière dont les premiers disciples de Jésus se positionnent vis-à-vis du temple, on a une palette très diversifiée. Il y a Etienne qui refuse totalement le temple, d'autre part, Pierre le bon juif qui vient régulièrement dans le temple et qui n'a pas tellement envie de se frotter avec les païens, au milieu nous avons Paul qui est un homme de la diaspora, mais qui en même temps sait vivre son judaïsme avec le temple. Paul n'aura de cesse, même en écrivant ses lettres aux communautés chrétiennes, quand il revient à Jérusalem, il ira prier au temple pour montrer comment à la fois on peut être auprès du temple et en même temps proposer la Bonne Nouvelle à l'universel. 

       Je crois que ce que dit saint Etienne c'est cette articulation entre l'universel et le particulier, et ce que disent ceux qui protègent le temple, c'est le particulier. D'un côté, vous avez des gens pour qui le temple est le lieu même de la rencontre de Dieu, en quelque sorte, c'est l'homme qui par son pèlerinage est invité à venir devant Dieu, et dans l'autre sens, c'est Noël qui se profile, c'est-à-dire que ce n'est plus l'homme qui doit prendre son bâton de pèlerin pour aller au temple et offrir des sacrifices sanglants, mais c'est Dieu lui-même qui prend la peine de venir dans le m onde des hommes. Etienne nous rappelle dans son discours que Dieu ne reste pas dans son petit temple construit par les mains d'hommes, mais que Dieu est totalement libre au cœur même de sa création et qu'Il peut donc par conséquent se révéler à qui Il veut, comme Il veut et au moment où Il le veut. C'est l'expérience de la plupart des juifs en diaspora, qui pour la plupart ne reviennent pas à Jérusalem, parce qu'ils se trouvent très bien au milieu des païens, parce qu'ils ont découvert justement que le centre du monde, ce n'était pas le temple géographique, mais que c'était véritablement la rencontre de Dieu dans leur vie avec les autres. C'est cette universalité à partir de laquelle  le message de l'évangile va pouvoir progresser sur les rivages de la Méditerranée. 

       Avec saint Etienne et son martyre, c'est ce que je disais au début de cette eucharistie, c'est véritablement Noël. On peut trouver assez bizarre le lendemain de la naissance de notre Sauveur de célébrer le martyre, et donc la mort du premier martyr, mais Noël et le martyre de saint Etienne nous disent la même chose, un Dieu qui vient dans sa création pour annoncer cette Bonne Nouvelle que Dieu est là pour tous les hommes. Il n'y a plus de particularisme. Et, deuxième chose, Noël et le martyre de saint Etienne, c'est aussi le début de cette universalité. C'est cet évangile qui n'a pas à rester à l'entour de la crèche de Bethléem, mais qui est appelé à rejaillir dans le monde entier, et c'est aussi ce martyre de saint Etienne qui va rejaillir, qui va sortir de Jérusalem et ces premiers chrétiens qui vont partir en Judée et en Samarie. Là je crois qu'on ne se rend pas compte de ce que cela veut dire Judée et Samarie, dans la bouche d'un juif cela veut dire Judée et les païens parce que les samaritains ne sont rien pour les juifs. C'est déjà comme l'annonce de cette universalité de l'évangile qui est pour tous les hommes. 

       Frères et sœurs, cette annonce se fait dans la faiblesse, faiblesse d'un petit enfant qui vient au cœur de l'humanité, et cette annonce se fait aussi dans la mort. Que ces deux fêtes, Noël et le martyre de saint Etienne soient pour nous l'occasion de nous rappeler que la Bonne Nouvelle est universelle et que nous avons à l'annoncer à tous ceux qui sont autour de nous. 

 

       AMEN 


 

 

 

 
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