AU FIL DES HOMELIES

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LE CHRIST RESSUSCITÉ DEBOUT, LUTTE AVEC SON ÉGLISE

Ac 7, 55-60; Mt 10, 17-22
St Etienne - (26 décembre 2003)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Monthermé : Saint Etienne

E

tienne vit alors la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite de Dieu. Ah ! dit-il, je vois les cieux ouverts et le Fils de l'Homme debout à la droite de Dieu".

Frères et sœurs, vous le savez, c'était une représentation courante dans le monde juif, c'est ce qu'on appelle la "cession à la droite". Siéger à droite de quelqu'un c'est participer d'une façon intime et personnelle à l'exercice de son pouvoir. Dans certaines représentations rabbiniques, on s'imagine la Sagesse étant assise (c'est d'ailleurs inspiré par le livre des Proverbes), assise aux côtés de Dieu, aux pieds de son trône ou sur un trône légèrement moins élevé. La position assise, dans la tradition biblique, a beaucoup d'importance car c'est la position de celui qui exerce l'autorité et qui est assis précisément sur un trône. On n'imagine pas le juge debout. Le juge rend la justice en étant assis. C'est comme cela aussi qu'on se représente Dieu assis sur le firmament du ciel, et c'est pour cette raison d'ailleurs que cela s'appelle le firmament, c'est ce qui est ferme et solide, parce que Dieu est assis dessus, il faut que cela tienne. C'est pour cela que les anciens, contrairement à ce qu'on pense, se représentaient le ciel comme une sorte de grand miroir en bronze poli, ils n'imaginaient pas du tout que c'était peint en bleu (c'est notre imagination contemporaine), mais pour eux, c'est de la pure lumière d'une cloche à fromage en bronze et qui avait sans doute des reflets métalliques bleus, bien que le bronze habituellement n'ait pas des reflets bleus, et Dieu était assis là-haut. Ses pieds reposaient sur le marchepied, c'est-à-dire sur l'Arche d'Alliance.

Ainsi, tout le problème du pouvoir royal, avec le pouvoir judiciaire était solidaire d'un ameublement bien précis le trône ou le siège et le marchepied du trône. C'est de cette manière encore que l'on représente la victoire de Dieu sur les ennemis dans ce passage un peu cruel et sanglant du psaume 109, qu'on trouve tellement sanglant que dans les éditions officielles du bréviaire on n'a pas osé le remettre, mais je pense que c'est une erreur de la part du pape Paul VI, c'est-à-dire : "jusqu'à ce que j'aie fait de tes ennemis le marchepied de mon trône". Effectivement quand on prend les ennemis comme un marchepied, c'est-à-dire qu'on met son pied sur la nuque pour le dominer et qu'il ne bouge plus, c'est le symbole de la souveraineté et c'est le fait qu'on peut exercer la justice en soumettant l'ennemi à son pouvoir.

On pourrait donc s'attendre au moment où Etienne voit le Fils de l'Homme, il le voit également assis à la droite du Père, puisque c'est la représentation traditionnelle. C'est ce que nous disons dans le "Je crois en Dieu" : "Il est assis à la droite du Père". Donc, évidemment, quand saint Etienne voit les cieux ouverts que devrait-il voir ? Il devrait voir le Fils de Dieu assis. Or, il ne le voit pas assis. Et comme vous l'imaginez, rien n'échappe à la sagacité des exégètes, et donc ils se sont beaucoup demandé pourquoi le Fils de l'Homme était debout et non pas assis. Cela paraît un peu futile, mais pas tellement que cela, parce que saint Luc y revient deux fois, d'abord il le dit en affirmation positive, ensuite, il le fait dire à Etienne : "Oui, je vois les cieux ouverts et le Fils de l'Homme debout à la droite du Père".

C'est sûr qu'il aurait très bien pu le voir assis. A ce moment-là, qu'est-ce que cela aurait voulu dire ? Cela signifiait : je vois que le Fils de l'Homme va exercer le jugement sur mes ennemis. Moi, Etienne, je suis en train de me battre, mais mon juge là-haut qui est assis et est en train d'exercer son pouvoir judiciaire, vous allez voir, vous mes ennemis, ce que vous allez voir. Or, il ne le voit pas assis comme un juge, il le voit debout. Pourquoi faut-il essayer de comprendre pourquoi le Fils de l'Homme est debout ?

Je pense que la meilleure explication, c'est le stade vélodrome de Marseille. Que se passe-t-il lorsqu'il y a dans le stade vélodrome un match de foot ? (évidemment, c'est l'O M). L'O M se bat pour le témoignage, c'est-à-dire pour le martyre, le martyre de la victoire, l'O M gagne toujours, même si de temps en temps elle perd ! Donc, l'O M dans le fond, en bas, sur la pelouse, se bat pour remporter la victoire. Et que font les spectateurs au moment où l'O M marque un but ? Précisément, ils ne peuvent pas rester assis, ils se lèvent, c'est la "ola". Je dirais exactement c'est cela le Christ debout au moment du martyre d'Etienne, Il fait la "ola" pour Etienne Il crie victoire pour Etienne qui est condamné et lapidé, et cependant, le Christ est là debout, et Il se lève en disant : c'est lui le gagnant. Ce n'est pas le Christ qui siège avec la plénitude du pouvoir qu'Il a reçu du Père, mais c'est le Christ solidaire de son Église qui lutte contre le pouvoir des ennemis qui veulent l'écraser et l'empêcher de naître, et c'est le Christ en geste de Résurrection qui fait participer Etienne de sa propre Résurrection.

C'est un des détails de ce martyre d'Etienne qui mérite tout à fait notre attention. Cela nous montre que pour les anciens, le fait que le Christ soit ressuscité, ce n'est pas le fait qu'Il soit parvenu un peu tôt à l'âge de la retraite, ce n'est pas le fait qu'il a fini son travail, c'est au contraire le fait qu'Il est engagé totalement par la puissance même de sa Résurrection, être ressuscité, c'est être debout, mais dans l'acte même de soutenir et de porter le destin du martyr.

Que ce petit détail dans le martyre d'Etienne nous rappelle la manière dont nous devons croire au Christ ressuscité, non pas dans un Christ lointain qui serait comme absent à force d'être écrasé par la puissance que lui a remis le Père, mais au contraire, un Christ infiniment proche et plus spécialement proche de tous ceux qui souffrent et qui témoignent pour la gloire de son nom.

 

AMEN

 

 
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