AU FIL DES HOMELIES

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CE N'EST PAS VOUS QUI PARLEREZ

Ac 7, 55-60; Mt 10, 17-22
St Etienne - (26 décembre 1984)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Arles : Saint Etienne

J

 

ésus disait à ses disciples : "Quand vous serez persécutés à cause de Moi, ne vous souciez pas de ce que vous aurez à dire, car ce n'est pas vous qui parlerez, mais c'est l'Esprit de mon Père qui parlera en vous!". Tout le mystère de la vie chrétienne, et plus spécialement de cet accomplissement ultime de la vie chrétienne chez les meilleurs d'entre nous, qu'on appelle les martyrs, réside en ces paroles ! Ce n'est pas vous qui parlerez, ce n'est pas vous qui agirez ce n'est pas vous qui mourrez, c'est l'Esprit qui parlera en vous, c'est le Christ Lui-même qui meurt en son martyr. Et saint Etienne, diacre et premier martyr de l'Église, le plus proche sans doute du cœur du Christ, puisque c'est lui que nous fêtons le lendemain de la naissance de Jésus, saint Etienne est la parfaite réalisation de ce disciple de Jésus que chacun de nous devrait être.

Saint Etienne est celui qui s'est profondément, vitalement identifié au Christ, lui qui a parlé, non pas lui mais l'Esprit de Dieu en lui, lui qui est mort, non pas lui seulement mais le Christ en lui. Les textes des Actes consacrés à saint Etienne, veulent manifester non seulement cette ressemblance, car il s'agit bien plus d'une ressemblance, mais cette identification du disciple avec Jésus. Etienne est choisi comme diacre ce qui veut dire serviteur. Or Jésus avait dit : "Le Fils de l'Homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir !" Et plus précisément encore Etienne est choisi pour le service des tables, c'est-à-dire pour s'occuper de nourrir, donc de subvenir aux besoins des pauvres, des veuves, des orphelins, de tous ceux qui étaient démunis. Et Jésus avait dit : "Quel est le plus grand ? Celui qui est à table ou celui qui sert ? N'est-ce pas celui qui est à table ? Et bien, je suis parmi vous comme celui qui sert." En servant à table les pauvres du Christ, Etienne faisait le geste même du Christ, serviteur de ses disciples, donnant à chacun de ses disciples d'être assis à la table du Père.

Et quand Etienne, ensuite, entreprendra de prêcher le nom du Christ, très vite la contradiction va s'opposer à lui, et curieusement sur le même problème que celui qui avait été évoqué au moment du procès du Christ. Quand Jésus est arrêté, on cherchait des témoins pour le confondre et l'on en trouva qui disait : Cet homme a dit : "Je détruirai ce Temple." Or Jésus n'avait pas dit cela, Il avait dit : "Détruisez ce temple et en trois jours je le rebâtirai !" parlant non pas du temple de Jérusalem, mais du véritable sanctuaire qu'était le temple de son corps. C'est sur le même problème du temple, c'est-à-dire la présence de Dieu dans le monde, et en affirmant de la même manière que Jésus que désormais le temple de Jérusalem cédait la place au temple nouveau qui est l'Église, qui est le corps du Christ, c'est donc sur cette même question du temple qu'Etienne va être arrêté et condamné.

Et quand Etienne verra "les cieux ouverts" ce sera pour lui comme le baptême du Christ, où Jésus, aussi sur les bords du Jourdain avait vu "les cieux se déchirer" non pas un phénomène météorologique ou une vision illustrative, mais un mystère profond, le ciel était fermé par le péché des hommes depuis qu'Adam s'était exclus du paradis, le ciel était fermé par l'épée tournoyante de l'ange de feu. Et Jésus, en inaugurant à son baptême le chemin de sa croix, entreprenait d'ouvrir à nouveau la porte du paradis, la porte du ciel. Quand Etienne, configurant sa mort à celle du Christ, voit les cieux s'ouvrir, il voit cela même que Jésus était venu accomplir.

Aussi bien la mort d'Etienne est-elle étrangement semblable à celle du Christ Comme le Christ avait dit : "Père ! pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font !" ainsi : "Etienne, fléchissant les genoux, dit dans un grand cri : "Seigneur, ne leur impute pas ce péché !" C'est la même prière pour ses bourreaux, c'est la même miséricorde, tellement vaste qu'elle ne s'étend pas seulement aux pauvres, aux malheureux, mais aussi aux méchants, aux pécheurs Ce n'est pas seulement pour les justes que le Christ est venu mais pour les pécheurs, et pour ceux-là même qui pèchent contre Lui, pour ceux-là même qui le crucifient. Et de même, Etienne, au moment de mourir, implore la miséricorde de Dieu pour ceux-là même qui sont en train de le lapider. Et de même que Jésus, en mourant, avait remis son cœur, sa vie, son esprit entre les mains du Père : "Père ! entre tes mains je remets-mon esprit !" de la même façon Etienne dit : "Seigneur Jésus, reçois mon esprit" !

Il y a là un mystère extraordinairement profond. Nous ne sommes peut-être pas appelés au martyre, mais nous sommes certainement appelés, comme Etienne, non seulement à imiter le Christ mais à nous identifier à Lui. On parle trop souvent d'imitation comme une sorte de copie, plus ou moins extérieure ou plus ou moins servile de la manière de faire du Christ, mais il s'agit de beaucoup plus que d'une imitation, il s'agit réellement de l'identification au Christ, c'est-à-dire non pas de faire comme Lui, mais de le laisser agir en nous, ce qui va infiniment plus loin et qui est beaucoup plus profond. Ce n'est pas nous qui, de l'extérieur comme un enfant maladroit qui essaie de retracer sur une feuille de papier les traits d'une image qu'il regarde et qu'il veut reproduire, ce n'est pas ainsi seulement que nous devons agir. Bien plus profondément, nous devons ouvrir notre cœur pour que l'Esprit de Jésus pénètre en nous, pour que notre liberté soit totalement entre les mains de Dieu, totalement disponible et façonnée par cet Esprit, pour que nous puissions réellement mobiliser toutes les énergies de notre être en les mettant au service de l'Esprit de Dieu pour qu'Il puisse agir avec nos mains, parler avec nos lèvres, penser avec notre cœur, aimer avec tout notre être, pour que l'Esprit puisse non seulement nous habiter mais nous faire vivre, pour que, ainsi que le dira Saint Paul ce ne soit plus nous qui vivions, mais le Christ qui vive en nous. Alors, si nous sommes fidèles et si nous gardons cette disponibilité, peu à peu, notre vie se transformera en vie même du Christ. Nous serons d'autres Christs, nous serons semblables au Christ, nous serons en réalité les membres du Christ et agis par Lui, menés par Lui. L'Esprit, en nous, refera les gestes du Christ, redira les paroles du Christ et nous conduira à une vie et à une mort semblables à la vie et à la mort du Christ.

Que l'intercession de saint Etienne, en ces fêtes de Noël, nous obtienne la grâce d'ouvrir notre cœur à cette présence de l'Esprit pour que réellement, la ressemblance véridique du Christ s'imprime dans tout notre être.

 

AMEN

 
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