AU FIL DES HOMELIES

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 CELUI QUI A TOUCHÉ LE VERBE DE VIE

1 Jn 1, 1-2,2 ; Jn 21, 20-24
St Jean - (27 décembre 1985)
Homélie du Frère Jean BUDILLON

L

 

a Bible n'aime pas bien les voyeurs, les curieux, les spectateurs. Elle se méfie à l'extrême de tous ceux qui voudraient, qui prétendraient "voir" les réalités divines. Dans la loi de Moïse, nous lisons qu'il est interdit de faire des images, des statues, des idoles. Moïse lui-même aurait bien voulu "voir Dieu", mais Dieu lui a déclaré que c'était impossible. "On ne peut pas voir Dieu sans mourir." Un jour, Hérode a demandé à Jésus de lui faire un petit spectacle pour lui tout seul, afin de prouver sa divinité, et Jésus ne répond même pas un mot. Dans la tradition biblique, notre civilisation audio-visuelle porte déjà un nom : c'est l'Égypte. Et on la voit stigmatiser tout ce qu'il peut y avoir de blâmable justement dans notre audio-visuel, en particulier quand il prétend nous donner en spectacle les réalités divines, d'une façon grotesque.

       C'est que la Bible tout entière est née, s'est développée dans le contexte d'une civilisation de la Parole et non pas de l'image. Le regard convoite, le regard accapare, et en même temps il ne reste qu'à la superficialité des choses, alors que la Parole demande à être écoutée, à être accueillie, à être crue dans la confiance. Elle appelle un engagement. Quand je regarde, je veux capter l'autre comme une chose, quand j'écoute, alors j'accueille l'autre dans une rencontre vraie. Et c'est comme cela que Dieu veut être rencontré par nous.

       Alors comment se fait-il que, tout à l'heure, saint Jean nous ait dit dans l'épître que nous venons d'entendre : "Ce que nous avons vu, ce que nous avons touché du Verbe de vie nous vous l'annonçons " ? Pour mieux saisir ce qu'il y a sans doute de paradoxal dans cette affirmation, il faut la rapprocher de ce qu'il dit au début de son évangile : "Le verbe s'est fait chair et nous avons vu sa gloire."

       Dans le langage biblique, la chair ce n'est pas simplement le côté corporel, l'aspect corporel de l'homme, c'est l'homme tout entier en tant qu'il est coupé de Dieu, et par là, d'ailleurs, soumis à la souffrance et à la mort. Et dans le langage biblique, la gloire ce ne sont pas les honneurs que l'on rend à quelqu'un, mais c'est l'Etre même de Dieu. Et voilà que Saint Jean nous dit qu'il a vu Dieu se faire homme coupé de Dieu, et par là même il a découvert l'être même de Dieu.

       Qu'est-ce que cela signifie ? Saint Jean a vu devant lui un homme, un homme comme les autres, un homme partageant notre condition humaine mortelle et en fait, actuellement, coupé de Dieu. Mais, avec les yeux de la foi, il a su reconnaître dans cet homme la présence divine. Il a su reconnaître que, Jésus, devant lui, était vraiment à la fois homme et Dieu. Dans le visible, il a su reconnaître, par la foi, ce qui reste encore invisible. Et ce n'est pas pour rien que, dans l'évangile, il nous dise que c'est le Verbe qui s'est fait chair. Il aurait pu dire : Le Fils s'est fait chair. Mais il dit :"Le Verbe s'est fait chair !" Et dans son épître, il nous dit qu'il a touché, qu'il a vu "le Verbe de vie", c'est-à-dire que ce qu'il a vu, c'est encore une Parole qui s'est rendue visible, mais cette Parole, il faut encore y croire, il faut encore s'engager vis-à-vis d'elle.

       Oui il est vrai que notre foi tend vers la vision, vers la vision de notre Dieu. Il est vrai que nous le verrons un jour face à face : "Nous Le verrons tel qu'Il est ". Dans sa gloire, nous verrons son être même, dans toute sa splendeur. Mais il faudra que ce soit une rencontre vraie parce que définitive. Elle ne pourra s'offrir qu'à ceux qui l'auront attendu dans la foi, dans l'accueil, dans la confiance. Dieu ne se donnera pas en spectacle. Il ne se fera pas voir pour satisfaire notre curiosité, de la même façon que nous pouvons être très curieux de connaître les secrets ultimes de la biologie, de la physique nucléaire ou de l'astronomie. Dieu ne se fera pas connaître simplement pour satisfaire notre soif de compréhension des réalités ultimes du monde, même si c'est Lui le Créateur.

       Saint Jean a su percevoir l'invisible au-delà du visible. C'est à cela que nous convie toute cette célébration du mystère de Noël. Noël ravive notre besoin véritable de voir Dieu, mais en même temps nous fait découvrir à quel point nous avons encore plus besoin de la foi. Nous avons à croire à la Parole qui s'est rendue visible. Notre foi, notre espérance ne sont pas éteintes parce qu'il y a eu Noël, mais au contraire s'en trouvent renforcées.

        AMEN


 

 

 
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