AU FIL DES HOMELIES

Photos

PROXIMITÉ ET DISTANCE 

1 Jn 1, 1-2,2 ; Jn 21, 20-24
St Jean - (27 décembre 1989)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

Jusqu'à ce qu'il vienne …

C

 

e que nos mains ont touché du Verbe de vie, nous vous l'annonçons". – "Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne, que t'importe !" En célébrant la fête de saint Jean, nous sommes ramenés à cette question toute simple et pourtant si vitale pour nous : qu'est-ce qu'un évangéliste ? qu'est-ce qu'un évangile ? Nous vivons de l'évangile, nous le lisons, nous le pratiquons, nous le méditons. Et pourtant qu'est-ce qui fait que cette Parole-là est capable de porter une vie entière, une communauté entière, la communauté des croyants au Christ Sauveur Jésus mort et ressuscité pour nous ? La simple question de l'évangile prend une dimension incalculable. C'est effectivement cette Parole qui est capable de porter dans le monde entier une existence croyante. D'où cela vient-il ? Comment a-t-il pu devenir effectivement cette Parole. Il me semble qu'il y a deux choses au moins qu'il faut bien réaliser lorsqu'on veut essayer de comprendre ce qu'est cette Parole vivante de l'évangile.

La première c'est ce que j'appellerai la proximité : "Ce que nos mains ont touché du Verbe de vie nous vous l'annonçons !" La force de la parole de l'évangile c'est que ce sont les mêmes mains qui ont touché et qui ont écrit, ce sont les mêmes yeux qui ont vu et qui lisent la page sur laquelle ils tracent les caractères. Il y a cette proximité humaine, extraordinaire Quand le Verbe se fait proche, il faut absolument que, par grâce, certains hommes soient rendus infiniment proches de son mystère. Et c'est l'évangile qui nous donnera cette proximité de la présence du Verbe de Dieu Lire l'évangile c'est effectivement refaire le geste, à travers la Parole de Dieu proclamée, refaire le geste de saint Jean touchant de ses mains le Verbe de Dieu, le contemplant de ses propres yeux, l'écoutant de ses propres oreilles. Et cela est très important car c'est ce qui fait que la Parole de Dieu n'est pas cette espèce de discours en général qui vient comme une sorte de carcan ou de moule pour donner à l'homme telle ou telle forme prévue à l'avance.

Non, le discours même, la Parole de l'évangile, parce qu'elle s'adresse aux plus proches, parce qu'elle s'adresse à la proximité même du Verbe de Dieu fait chair parmi nous, à son existence dans une histoire, à toutes ces relations qu'Il a tissées avec ses disciples, cette Parole n'est pas une parole générale. Elle nous donne de rencontrer le Verbe de Dieu en ce qu'Il a été touché, vu, contemplé, écouté, manifesté. C'est la première chose, la proximité de la Parole de Dieu, proximité du témoin, c'est pour cela que son témoignage est véridique, et proximité dans laquelle nous établit cette Parole pour qu'effectivement, aujourd'hui encore, ce ne soient pas simplement les idées de Jean que nous écoutions, mais véritablement les paroles de Dieu, que ce ne soit pas simplement une chair du Sauveur représentée mais que ce soit vraiment le corps du Christ qui nous livré, qui nous soit donné et qui soit offert à notre méditation, à notre vie chrétienne, à notre recherche de Dieu.

Première chose donc la proximité et cependant une proximité traversée par une grande distance symbolisée par cette scène finale de l'évangile où Jésus s'en va et où Pierre, se souvenant précisément de la proximité de Jean qui avait reposé sa tête sur le sein de Jésus pose à Jésus la question : "Celui-là que va t-il devenir ? Il va demeurer jusqu'à ce que je vienne !" Ici le Christ laisse entrevoir que cette venue n'est pas aussi familière, aussi proche que celle que les premiers disciples ont connue, mais qu'elle nous dépasse de tous les côtés. Et ce sera la deuxième fonction de la parole de l'évangile. Nous retourner sans cesse vers ce Christ tel qu'Il a été manifesté aux yeux, au cœur, aux oreilles et aux mains des disciples, mais aussi nous faire saisir qu'Il ne peut être accueilli que dans une attente, que dans une demeure jusqu'à ce qu'Il vienne. A la proximité succède une mystérieuse distance. Ce Christ que nous méditons, ce Christ que nous cherchons, Il est Celui qui vient. Et la venue dit précisément que ce n'est pas encore totalement réalisé et que cette Parole de Dieu a pour charge de nous tenir en éveil, de nous faire demeurer dans l'attente. Et c'est précisément cela que nous vivons. A travers la Parole de l'évangile, nous sommes établis sur cette double longueur d'onde. A la fois cette proximité du Verbe fait chair, et cette tension et cette attente vers le Christ qui vient. Et le Christ vers lequel nous n'avons pas encore cette totale emprise ou cette totale familiarité. Il est à la fois celui qui s'est rendu infiniment proche de nous et Celui qui nous échappe parce qu'Il veut nous faire sortir de nous-même pour aller à sa rencontre.

Voila, exprimée de façon un peu paradoxale cette situation originale de la Parole de Dieu. La plupart des autres textes avec lesquels nous sommes familiers, du journal jusqu'aux plus grands poèmes, ne nous donnent qu'une première approximation de la présence des choses, des événements. Mais ici cette présence nous est donnée sur un mode tout à fait original.

A la fois infiniment proche, comme les mains qui touchent, les yeux qui voient et nous conduisant infiniment au-delà de nous-même, infiniment au-delà de nos attentes, nous conduisant vers Celui qui vient, vers Celui qui se manifeste à nous comme plus grand que nous, mais qui "élevé de terre attire toute chose à Lui."

 

AMEN

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public