AU FIL DES HOMELIES

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L'HISTORICITÉ EN SAINT JEAN

1 Jn 1, 1-2,2 ; Jn 21, 20-24
St Jean - (27 décembre 2003)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Saint Macaire : Saint Jean l'évangéliste

C

'est un lieu commun maintenant de rappeler, vous l'avez déjà sans doute entendu dans les églises, par ceux qui nous font visiter les églises, c'est un lieu commun de rappeler que chaque évangéliste est associé à un animal. Matthieu, c'est l'homme, Luc, c'est le taureau, Marc, c'est le lion, et Saint Jean, c'est l'aigle. Peut-être que vous savez aussi que les évangiles sont au nombre de quatre, mais qu'en plus, généralement, on les divise en deux catégories, d'une part, trois évangiles qu'on appelle les synoptiques parce qu'ils déroulent l'évangile de la même manière linéaire, et d'autre part, un évangile qui est toujours seul, c'est l'évangile selon saint Jean.

D'un côté, on a des animaux terrestres, qui sont sur la terre, ce sont les synoptiques, ceux dont nous disons qu'ils nous racontent le mieux l'histoire de Jésus-Christ sur la terre, et quand on veut faire de la théologie, généralement, on va voir saint Jean parce que c'est cet aigle qui plane dans les hauteurs et qui plane tellement que justement nous ne réservons que pour la théologie, comme si en définitive saint Jean n'était là que pour nous fournir des idées, et qu'il ne disait rien sur l'Incarnation ni de l'historicité de la présence de Dieu sur notre terre. Or, depuis pas mal d'années maintenant, dans l'exégèse, on est en train de découvrir que c'est tout à fait le contraire, c'est que celui dont on pensait qu'il planait le plus, celui dont on pensait qu'il était le moins historique, se révèle en fait très riche en détails historiques.

Ce qui est remarquable dans l'évangile selon saint Jean, c'est la manière dont il fait habiter la terre par Dieu. Dieu vient habiter la terre, Dieu vient habiter l'humanité et Il l'habite complètement. Saint Jean est justement celui qui fait habiter la chronologie, le temps, par Dieu d'une manière si parfaite que justement, dans l'évangile selon saint Jean, Dieu vient accomplir totalement les fêtes juives. La manière dont ces fêtes qui au départ sont liées à la nature, sont d'abord historicisées par le peuple juif, par l'expérience qu'ils ont vécu, expérience de libération, de salut, et comment l'Incarnation vient encore à nouveau, remettre une sorte de couche pour accomplir d'une manière encore plus parfaite toute cette histoire, toute cette chronologie.

Mais Dieu ne vient pas habiter uniquement le temps, la liturgie, Il vient aussi habiter la géographie. Là encore, l'évangile selon Saint Jean est très précieux parce qu'il nous donne beaucoup de détails dur la réalité géographique de la Palestine, de la terre de Judée pendant la vie de Jésus.

Dernière chose, Dieu ne vient pas uniquement habiter la chronologie, le temps et la géographie, mais Il vient habiter aussi la relation. Ce qui est frappant dans l'évangile selon saint Jean, les miracles ne sont pas là d'abord pour que Dieu prouve qu'Il est Dieu, ce n'est pas vrai, mais le miracle est ce lieu où l'homme peut à nouveau retisser une relation avec Dieu. Et cette relation que l'homme peut à nouveau instaurer avec Dieu se fait toujours dans une grande liberté. Il est assez étonnant de constater chez saint Jean, que la discussion qui suit le miracle est beaucoup plus importante que le miracle en lui-même. Là encore, c'est une marque très forte de l'Incarnation qui est donnée par l'évangéliste, en montrant que Dieu ne vient pas uniquement pour remettre les choses en ordre, mais que la remise en ordre a un but précis qui est la rencontre entre l'humanité et Dieu.

Aussi, frères et sœurs, nous pensons souvent que l'évangile selon saint Jean est uniquement de l'ordre du symbolique. Mais je crois que si l'évangile selon saint Jean est de l'ordre du symbolique, ce n'est pas parce que saint Jean plane au-dessus des cieux, mais au contraire, c'est parce qu'il est peut-être le plus historique des évangélistes et des évangiles. La leçon qu'il nous donne, c'est la découverte le sens réel et plénier du mot "symbole". Dans notre société, ce mot a beaucoup perdu de sa valeur, quand on dit : c'est symbolique, généralement, cela signifie que c'est une manière de parler, c'est une idée, mais qui n'a pas grand-chose à voir avec la réalité du monde. Et saint Jean utilise au contraire le mot symbolique dans son sens plénier, c'est-à-dire ce qui est historique est le plus symbolique, ce qui est le plus historique se révèle en définitive le plus symbolique.

Alors, frères et sœurs, je crois que ce disciple bien-aimé dont il est question, nous ne saurons peut-être jamais sur terre qui il est, il faudrait attendre d'être enfin au paradis pour avoir la réponse à toutes nos énigmes concernant toutes ces personnes qui ont écrit la Bible, mais cela dit, le disciple dont il est question, c'est nous. C'est la manière dont saint Jean essaie de nous expliquer que nous avons à faire de notre histoire une symbolique. Nous avons à découvrir que ce qu'il y a de plus historique, de plus réel dans notre vie, de ce qu'il y a de plus palpable, peut devenir le lieu même de la rencontre avec Dieu. C'est ce que le Seigneur fait au cours de ces passages où Il pose des signes, des miracles, une rencontre pleine avec les personnes, c'est ce qu'Il fait quand Il parcourt cette terre de Galilée, c'est ce qu'Il fait aussi quand Il habite pleinement la liturgie et les fêtes juives.

Que l'évangile selon saint Jean nous fasse découvrir que la présence de Dieu, si elle est dans le ciel, elle est d'abord et surtout au cœur de notre vie, au cœur de notre histoire, au cœur de nos familles.

 

AMEN


 

 

 
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