AU FIL DES HOMELIES

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SAINT JEAN, L'APÔTRE BIEN-AIMÉ

1 Jn 1, 1-2,2 ; Jn 21, 20-24
St Jean - (27 décembre 1984)
Homélie du Frère Jean BUDILLON

Elne : Saint Jean

O

 

n peut sans doute trouver beaucoup de raisons pour lesquelles l'Église nous fait célébrer la fête de saint Jean dans le cycle de Noël mais je voudrais vous en proposer une en particulier. Saint Jean est l'évangéliste qui nous a donné le plus profondément le sens du mystère de Noël, le sens de l'Incarnation. Pour bien comprendre le message de saint Jean, ce témoignage dont il est dit qu'il est véridique, il faut le placer dans le contexte historique et remonter un petit loin.

Au deuxième siècle avant notre ère, la Terre Sainte se trouvait englobée dans le royaume des Séleucides, dont un roi Antiochus IV déclara un beau jour qu'il s'appelait Epiphane, c'est-à-dire qu'il était, selon lui, l'épiphanie, la manifestation de la divinité, du dieu Zeus des Grecs. Il voulut imposer sa religion à tout son royaume et en particulier aux juifs. Il leur interdit de lire la Torah, la Bible, de célébrer le sabbat de pratiquer la circoncision, bref les juifs étaient invités à renier purement et simplement le Dieu vivant et véritable. C'est alors que quelques-uns d'entre eux se révoltèrent s'insurgèrent et les frères Macchabées prirent leur tête. (Macchabée signifie marteau). Les frères Macchabées sont les Charles Martel de l'histoire juive. Ils marchèrent très vite sur Jérusalem et s'en emparèrent, ils libérèrent le temple et voulurent immédiatement le purifier. Or la tradition dit qu'ils ne trouvèrent que juste ce qu'il fallait d'huile pour une journée, pour allumer pendant un jour le candélabre du Temple. Or le candélabre resta allumé pendant huit jours. Ce fut le miracle de l'huile, le miracle de la lumière. Et à ce moment-là, les juifs se rappelèrent un verset du livre des proverbes au sujet de la Torah, la révélation faite à Moïse sur le Mont Sinaï : "La Parole de Dieu est Lumière, est la lampe qui éclaire l'homme." Ils découvrirent alors que ce miracle de la lumière signifiait que la Parole de Dieu se montrait plus forte que le roi Epiphane, que c'était la Parole de Dieu qui était la véritable manifestation, la véritable épiphanie de Dieu et qu'il ne fallait pas en chercher une autre. C'est d'ailleurs depuis cette date que les juifs célèbrent cet évènement, le 25 du mois Kisleu, un mois qui correspond grosso modo au mois de décembre si bien que, certaines années, le 25 Kisleu tombe le 25 décembre. C'est une coïncidence assez remarquable.

Depuis ce jour-là, on est donc mis en garde contre toute prétention de la part d'un homme de se déclarer Dieu, de se déclarer manifestation de Dieu. Seule la Parole de Dieu peut être Épiphanie, manifestation divine. Or saint Jean, en vivant d'une façon très proche avec Jésus, dans son intimité même, en faisant une expérience d'amour de cette présence, en vivant dans une relation personnelle très étroite avec Lui, a perçu qu'Il était la Parole de Dieu et il a perçu que cette Parole de Dieu est tellement manifestation est tellement révélation de Dieu qu'elle est aussi et d'abord avant tout, manifestation de Dieu à Lui-même. Dieu se connaît, se révèle à Lui-même, si bien que sa Parole est elle-même personnelle. Il y a un face à face entre Dieu et sa Parole, et pourtant la Parole c'est Dieu Lui-même et c'est justement ce que saint Jean va déclarer au début de son évangile : "Au commencement, il y avait la Parole, la Parole était face à face avec Dieu, elle était elle-même Dieu." Et c'est cette Parole qui s'incarne, qui prend chair le jour de Noël. Si bien que Saint Jean peut annoncer que nous avons dans Jésus la manifestation, l'épiphanie de Dieu sans rien renier de tout ce qui avait acquis jusque-là.

Je pense qu'il est tout à fait remarquable que ce soit au moment même de Noël que l'Église nous invite à rencontrer saint Jean, à rencontrer le message qu'il nous délivre Nous nous trouvons devant un bébé, devant un homme qui n'a pas encore élevé la voix, donc qui n'a pas pu faire comme Antiochus, qui n'a pas pu prétendre : "Moi je suis Dieu !" Il ne l'a pas dit et encore moins, il n'a pas pu user de la force pour faire reconnaître sa divinité, mais au contraire c'est parce que sa naissance a eu lieu dans la lumière, dans la lumière de la nuit de Noël, dans la lumière divine, et pourquoi pas dans la lumière incréée, puisque la tradition juive se demande si la lumière qui est apparue au premier jour de la création n'est pas tout simplement Dieu qui est lumière, la lumière incréée. Cette lumière qui est la Parole de Dieu, cette lumière qui est le Christ venant vivre parmi les hommes, c'est elle qui enveloppait déjà les bergers dans la nuit de Noël, qui a rendu témoignage d'elle-même. Et voilà encore un thème que saint Jean va reprendre sans arrêt.

Ce n'est pas un homme qui se prétend Dieu que nous adorons dans la crèche, mais c'est le Dieu que Moïse a vu sur le Sinaï, c'est le Dieu dont, pendant des siècles et des siècles, les hébreux dans l'Ancien Testament, ont proclamé qu'Il était l'unique, qu'il ne pouvait y en avoir qu'un, qu'aucune idole, aucun homme ne pouvait rivaliser avec Lui. C'est ce Dieu qui, maintenant, se rend totalement présent parmi les hommes et vient les éclairer, vient leur apporter la vraie lumière. Ainsi, grâce à saint Jean, nous pouvons célébrer, avec justesse, avec rigueur, le mystère de Noël. Nous n'abandonnons rien absolument rien du monothéisme de l'Ancien Testament, parce que nous savons, nous confessons qu'il y a trois personnes en Dieu, nous n'en disons pas moins pour autant que ce Dieu est unique. On peut même dire que, si j'ose dire, pour nous chrétiens, il est encore bien plus unique que pour les hommes de l'Ancien Testament. D'autre part, en affirmant qu'il s'est incarné en Jésus, incarné en ce petit bébé que nous voyons dans la crèche, cet enfant si frêle et en même temps muet, qui un jour va subir le supplice de la croix, nous affirmons, comme l'Ancien Testament, la transcendance de Dieu. C'est le même Dieu que celui qu'a vu Moïse, le Dieu trois fois saint, le Dieu que toute la création ne peut pas contenir, qui d'une seule parole a tout crée, c'est ce Dieu-là que nous adorons dans la crèche, et pas un autre Antiochus Epiphane. C'est le Dieu même qui s'est révélé au Sinaï et qui, cette fois-ci, pousse jusqu'au bout sa révélation, et manifeste plus qu'il n'avait fait jusqu'à maintenant, son désir d'être vraiment présent avec les hommes.

 

AMEN

 
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