AU FIL DES HOMELIES

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SAINT JEAN L'APÔTRE

1 Jn 1, 1-2,2 ; Jn 21, 20-24
St Jean - (27 décembre 1990)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


M

on cher Jean, c'était pratiquement devenu une tradition intangible que tu prêches pour le jour de ta fête et voici qu'avec un esprit novateur qui nous surprend de ta part tu n'as pas voulu prêcher cette année. Je suppose que ce n'est pas parce que tu manques d'imagination pour nous parler de saint Jean, mais tu as dit toi-même, avec beaucoup de gentillesse que comme tu reviendrais dans un mois pour nous remplacer pendant notre retraite, tu aurais l'occasion de faire beaucoup de sermons et que tu te réservais pour ce moment-là. Alors je vais moi-même parler de saint Jean et tu me permettras d'en parler à partir de cet évangile comme d'un midrash. Mais je ne voudrais pas te faire un midrash rabbinique car c'est toi qui sais faire ces choses-là et les interpréter, je voudrais te faire un petit midrash monastique.

Dans le texte que nous venons d'entendre, il a été question auparavant de l'apparitions de Jésus au bord du lac de Galilée pendant laquelle Jésus avait fait connaître à Pierre, par trois fois correspondant au triple reniement, que l'amour de Jésus était toujours dans le cœur de Pierre, grâce au pardon de la Pâque de Jésus pour Pierre et pour tous les hommes. Après que Jésus eût révélé à Pierre cette présence toujours neuve et toujours pardonnante dans le cœur de Pierre, "Simon-Pierre, M'aimes-tu plus que ceux-ci ?", Jésus avait chaque fois donné à Pierre une mission précise : "Pais mes agneaux ! Pais mes brebis !" Et à la fin, cette mission se concrétise par le geste : "Viens et suis-Moi !"

Ainsi donc la mission qui est donnée à Pierre c'est de suivre le Christ en faisant paître le troupeau. Le ministère de Pierre est éminemment pastoral, c'est-à-dire qu'il a le soin de la communion dans le trou­peau. Or, on se demande pourquoi, tout à coup, Pierre pose à Jésus une question au sujet de Jean : "Et celui-là, Seigneur ?" Et là Jésus répond : "Celui-là, s'il me plaît qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne.'' Nous savons effectivement que cette venue n'est pas un retour, nous savons aussi que cette venue ne cesse de s'accomplir, mais précisément ce qui est important c'est qu'il y a une opposition et c'est là mon midrash entre suivre le Christ en faisant paître le troupeau ce qui est la part de Pierre, tandis que la part de Jean c'est de demeurer. Chez Jean, le mot demeurer est lié fondamentalement à la contemplation. C'est une sorte de stabilité et d'enracinement dans le mystère de Dieu que l'on contemple.

C'est là, me semble -t-il, que nous avons la double figure du mystère de l'Église. "Suivre en fai­sant paître le troupeau", ministère de Pierre et de­meurer pour contempler. C'est non pas un ministère mais c'est le don qui a été fait à Jean puisque Jésus Lui-même dit : "Et s'il me plaît que celui-là demeure jusqu'à mon retour" ! C'est précisément, je crois, la raison pour laquelle dans l'Église il y a des pasteurs et il y a des moines. Les pasteurs, c'est la figure de Pierre, ce sont ceux qui, dans la suite du Christ, le suivent d'une certaine manière en faisant paître le troupeau et donc ils ont la charge de la communion, ils ont la charge de l'unité, de faire que le troupeau ne se disperse pas, mais qu'il reste uni dans le mystère du Christ. Et il y a les moines, et c'est Jean, ce sont ceux qui demeurent simplement là pour contempler. Et c'est la raison pour laquelle, parce qu'ils demeurent, ils sont appelés à être simplement là, en attendant la venue de Dieu.

Tel est, à mon avis, le mystère même de ce moment où Jésus, quittant la terre, laisse au milieu du peuple, de tout le peuple baptisé par sa Pâque, deux signes : le signe du ministère, le Christ-Tête qui ras­semble son troupeau, et le signe charismatique de la vie monastique de ceux qui sont appelés à être là sim­plement pour demeurer dans le mystère de Dieu pour le contempler et le regarder. Et entre les deux, entre ces deux figures de Pierre et de Jean, je dirais qu'il y a simplement la Parole de Dieu, l'évangile. Ce qui per­met de passer de cet enracinement dans le mystère de la contemplation de Dieu à cette annonce de l'évan­gile, à cette entente de la communauté chrétienne dans la proclamation de l'unique foi et dans le partage d'une unique charité, c'est le mystère de la Parole de Dieu, c'est le Verbe Lui-même, Celui que nous avons fêté au jour de Noël. Il y a comme une sorte de va-et-vient, non pas une opposition, non pas une sorte de recharge mutuelle, mais un va-et-vient permanent entre le mystère de Jean enraciné dans la demeure de la contemplation et le ministère de Pierre qui assure la cohésion et l'unité de tout le peuple dans le mystère de la foi et de la charité.

Voilà ce qu'il nous est donné aujourd'hui de contempler à travers la fête de saint Jean. Que chacun d'entre nous qui porte en lui, d'une manière ou d'une autre, ce mystère de Pierre et ce mystère de Jean, sa­che à la fois tout mettre en œuvre pour que le trou­peau soit vraiment un et tout mettre en œuvre pour que nous demeurions toujours enracinés dans la contemplation du mystère de Dieu.

 

 

AMEN

 
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