AU FIL DES HOMELIES

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SAINT JEAN L'ÉVANGÉLISTE

1 Jn 1, 1-2,2 ; Jn 21, 20-24
St Jean - (27 décembre 1993)
Homélie du Frère Michel MORIN

 

C

elui qui mériterait peut-être le plus des amou­reux, c'est probablement saint Jean, j'entends des amoureux de Dieu.

Saint Jean est cet apôtre qui, avec la finesse de son cœur, la grandeur de son intelligence, a com­pris deux choses : qu'en Jésus il approchait à la fois l'amour infini de Dieu et la finitude de l'homme. Quand il s'est penché sur le cœur du Seigneur, au moment de la Cène, il a senti palpiter toute la miséri­corde, toute la grandeur, toute la tendresse du cœur de Dieu, mais il a aussi senti palpiter le cœur d'un homme qui, dans quelques heures, serait ouvert et acculé à la mort. L'apôtre saint Jean a compris à la fois que Dieu, dans son infinité, venait rencontrer l'homme et qu'Il rencontrait l'homme dans sa finitude, dans sa fin, dans cette limite extrême qui est sa mort. Et ceci à travers la chair du Verbe de Dieu. Saint Jean a compris que le mystère de l'amour et de la mort était le même mystère. Non pas de façon lugubre, mais que c'est l'amour qui vient de Dieu qui se répand dans notre cœur qui nous permet de vivre éternellement, au-delà de toute mort, au-delà de tout dépouillement, au-delà de toute finitude. C'est pourquoi son témoi­gnage est vrai comme le dit la dernière phrase de l'évangile. "Nous savons que son témoignage est véri­dique." Non pas d'une vérité abstraite ou intellec­tuelle, mais de la vérité même de Dieu qui est la vérité même de l'homme. Mais vérité de l'homme qui ne peut être connue et acceptée que dans la lumière et le don de la vérité de l'amour de Dieu pour nous.

Saint Jean nous a aussi appris deux choses de façon irremplaçable, deux choses infiniment simples, c'est pourquoi infiniment difficiles. La première c'est que Dieu est amour. La seconde c'est que l'amour s'apprend. Le jour où le chrétien aura découvert que Dieu est amour, sa vie sera définitivement transfor­mée, définitivement transfigurée. C'est pourquoi la nôtre l'est si peu encore, car il ne suffit pas de dire : "Seigneur, Seigneur, Tu es amour !" il faut aussi l'ap­prendre. Et à travers ses épîtres saint Jean nous a invités à apprendre que Dieu est amour, que ce n'est pas une révélation aussi évidente que les mots pour­raient le laisser croire ou paraître, qu'un Dieu amour c'est un Dieu qui vient renverser complètement toutes les données religieuses que l'homme peut véhiculer, non seulement l'homme encore païen, mais cet homme chrétien que nous commençons à être malgré tant de traits ou de réflexes qui viennent encore de notre paganisme. Dieu est amour. saint Jean nous invite à apprendre cet amour.

C'est pourquoi dans le passage de l'épître que nous avons lu, il peut parler du péché ou du mensonge car ces péchés, ces mensonges, dans la réflexion de saint Jean, ne correspondent pas d'abord à tous ceux qui émaillent notre vie, mais correspondent d'abord au refus d'apprendre ce qu'est l'amour. C'est une contre-vérité, c'est le refus de croire que Dieu est amour d'une part, et le refus d'apprendre comment L'aimer. Saint Jean nous a simplement indiqué que le chemin par lequel on peut à la fois reconnaître que Dieu est amour et apprendre à l'aimer, c'est le chemin de l'amour mutuel, de l'amour les uns pour les autres, puisqu'il ira jusqu'à écrire cette phrase qui, à la limite, est inacceptable, dans une certaine limite : "Celui qui n'aime pas son frère qu'il voit et qui dit aimer le Dieu qu'il ne voit pas, est un menteur." Il est dans une si­tuation de contre-vérité c'est-à-dire du mal le plus absolu.

Nous le savons autant pour ce qui est de notre amour pour Dieu ou de notre amour les uns pour les autres, c'est une tâche, c'est une œuvre, c'est un la­bour. Le labeur amoureux. Peut-être le rapprochement des deux termes vous semble paradoxal, contradic­toire, mais ils ne le sont pas. Nous réduisons souvent l'amour à nos sentiments et nous pensons que Dieu nous aime de façon sentimentale. Dieu merci, ce n'est pas comme cela, autrement quelles variations, quelle fluctuance dans son amour pour nous. Et nous-mê­mes, nous le savons, si nous réduisons l'amour au sentiment que nous avons, nous le constatons avec peine et parfois des profondes blessures, il n'y a rien de plus friable, de plus fragile, de moins fiable. L'amour n'est pas d'abord ce sentiment que nous croyons parfois nous mener ou nous conduire mais l'amour est le labeur d'une volonté, la labeur et la tâ­che d'un être qui apprend à aimer l'autre. C'est à dire qui va faire en sorte que la différence avec l'autre ne soit plus séparation ou division mais communion. L'amour c'est quand la différence n'est plus opposition ou division mais communion, l'amour entre Dieu et nous et notre amour les uns avec les autres.

Didier et Emmanuelle, Marc et Sylvie, c'est dans cette perspective que nous ouvre l'apôtre saint Jean que vous engagez officiellement votre démarche de futur époux, votre route de fiancés. Vous allez donc avoir à courir cette route ensemble, à commen­cer à vivre dans cette découverte l'un de l'autre, dé­couverte qui, j'espère, vous montrera l'autre dans la plus grande différence d'avec vous, mais pour que cette différence devienne communion, pour que l'alté­rité ne sépare pas ou ne brouille pas, mais devienne le principe même et la raison de l'unité. C'est un chemin d'amour, c'est évident, mais, et je suis sûr que vous le pressentez, c'est un apprentissage de la vérité. Car un discours sur l'amour sans discours sur la vérité est indécent. C'est pourquoi d'ailleurs le discours de l'Église passe si mal, parce que l'homme qui veut ai­mer n'aime pas la vérité et ne la cherche pas. Amour et vérité ce sont les deux battements de votre vie de fiancés, ceux qui vous conduiront à vous aimer vrai­ment, tout à recommencer, à vous aimer vraiment dans l'amour que Dieu vous donnera et qu'il vous signifiera le jour où vous recevrez, dans l'Église et dans la force de l'Esprit Saint, le sacrement du ma­riage.

Emmanuelle et Sylvie, vous portez à votre doigt la bague de fiançailles. Elle-même porte un diamant, la pierre la plus dure. C'est la pierre la plus belle. Et pour qu'elle scintille, il faut la tailler. Et plus l'arête est vive, je ne dis pas coupante, je dis vive, plus le diamant brille. L'amour c'est ce qu'il y a de plus dur, c'est-à-dire de plus inscrit dans la durée, dans l'éternité. Mais pour qu'il brille et soit témoin, en vous, et l'un pour l'autre, et pour nous, de cette éter­nité de l'amour, c'est à vous de le tailler selon les exi­gences qui sont les vôtres, selon les exigences qui viennent de Dieu, parce que de votre amour ou de l'amour de Dieu, cela ne fait qu'un.

 

 

AMEN

 

 
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