AU FIL DES HOMELIES

Photos

LE DISCIPLE QUE JESUS AIMAIT

1 Jn 1, 1-2,2 ; Jn 21, 20-24
St Jean - (27 décembre 1994)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

C

'est ce disciple qui témoigne de ces faits et qui les a écrits." Ce dernier verset de l'évangile de saint Jean est comme une signature par laquelle il nous affirme que c'est bien lui qui a écrit l'évangile de l'amour, même si ces phrases ont été sans doute écrites par les disciples de Jean. Oui est donc ce disciple ?

Le passage que nous venons de lire nous donne plusieurs caractéristiques qui nous permettent de cerner la personne et le rôle de ce disciple dans le collège apostolique.

C'est d'abord "le disciple que Jésus aimait", le disciple bien-aimé de Jésus. Est-ce à dire que Jésus avait des préférences, qu'Il aimait davantage Jean que les autres ? Pouvons-nous penser que Jésus aimait plus saint Jean qu'Il n'aimait saint Pierre dont Il a fait le chef du collège apostolique ? qu'Il l'aimait plus qu'André ou Jacques qui donnera le premier sa vie pour Lui ? Je ne pense pas que ce titre "le disciple que Jésus aimait" que Jean emploie toujours pour parler de lui-même signifie un privilège, comme s'il avait été aimé davantage.

Sur ce point, nous pouvons peut-être esquis­ser une comparaison éclairante entre saint Jean et saint Pierre dont il est aussi question dans cette der­nière page de l'évangile de Jean, saint Pierre qui dia­logue avec Jésus au sujet de Jean, saint Pierre dont il est dit quelques lignes plus tôt que Jésus lui de­mande : "Pierre, M'aimes-tu plus que ceux-ci ?" Et Pierre répond : "Oui, Seigneur, Tu sais que je T'aime!" Serait-ce à dire que Pierre aimait Jésus plus que les autres ? qu'il L'aimait plus que saint Jean par exemple ? comme s'il y avait eu un apôtre qui "aimait davantage", Pierre, et un autre qui "était aimé da­vantage" Jean ? Je crois que nous ferions fausse route en interprétant ainsi ces paroles de Jésus.

Il ne s'agit pas de privilège, il s'agit d'une mis­sion caractéristique. Pierre est celui qui a reçu de Jé­sus cette grâce de savoir qu'il aime Jésus et qu'il L'aime plus que les autres. Quand on aime vraiment, on aime toujours plus, on aime toujours davantage ou plus exactement on emploie ces termes qui sont quantitatifs pour essayer de dire tout l'absolu de l'amour, car il n'y a pas dans l'amour du plus et du moins, il y a simplement le fait que quand on aime, on aime totalement. Et c'est cela que Pierre a expéri­menté, de même que Jean a expérimenté qu'il était aimé plus parce qu'il était aimé totalement, absolu­ment, jusqu'à la racine de lui-même. Et il témoigne qu'il est le disciple qui a vécu cet amour reçu de Jésus jusqu'à l'absolu. Mais ce que Jean a expérimenté, ce que Pierre a expérimenté, ils ne l'expérimentent pas comme un privilège qui leur appartiendrait en propre et à eux seuls, mais comme quelque chose qu'ils vi­vent au nom de tous. Jean est le "disciple que Jésus aimait" pour qu'il puisse témoigner devant chacun d'entre nous que nous sommes, nous aussi, chacun d'entre nous, "le disciple que Jésus aime", le disciple que Jésus considère comme son bien-aimé. Et Pierre témoigne également que chacun d'entre nous aime Jésus plus que tout autre, plus que n'importe qui d'au­tre parce que nous sommes appelés, chacun d'entre nous, comme Pierre, à aimer Jésus absolument. Jean est donc celui qui a expérimenté dans sa relation avec Jésus cet absolu de l'amour. Et comment l'a-t-il com­pris ? C'est là que je veux venir à un deuxième carac­tère de la vie de saint Jean qui nous est indiqué dans ce texte. "C'est lui qui, durant le repas s'était penché sur la poitrine de Jésus". Le mot employé ici par Jean, pour parler de la poitrine, du sein de Jésus, Jean ne l'emploie que deux fois et ce sont les deux seules fois où ce mot est employé dans la Bible : au tout début de l'évangile de Jean, quand il dit du Verbe que "Il était dans le sein du Père, dans la poitrine du Père" et ici Jean a eu avec Jésus le même rapport d'intimité que Jésus, le Verbe, le Fils, a connu de toute éternité avec le Père. Et cela aussi n'est pas un privilège, mais une révélation. Saint Jean nous révèle que nous avons avec Jésus, chacun d'entre nous, comme il l'a expérimenté, cette même intimité avec Jésus que Jésus a avec son Père.

C'est dans l'indicible, inexprimable intériorité de communion et de communication qui existe depuis toujours entre Jésus et son Père que Jésus veut nous introduire. Nous reposons, comme Jean, sur le sein, sur la poitrine de Jésus, comme Jésus repose sur le sein, sur la poitrine du Père. C'est le même mot qui est employé ici et là.

Et le résultat de cette intimité, Jésus nous le dit dans ce dialogue avec Pierre : "Si Je veux qu'il demeure jusqu'à ce que Je vienne". Demeurer c'est encore un mot-clé de cet évangile, "demeurer" signi­fie habiter et habiter dans une sorte de permanente intimité. La demeure est appelée à durer toujours et quand Jésus parle de l'eucharistie.

Il dit : "Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en Moi et Je demeure en lui."

Je fais ma maison, je fais ma demeure, établis ma présence définitive en lui et pour cette raison celui qui le mange demeure, établit sa maison d'une ma­nière définitive en Moi. Voilà ce que Jean a expéri­menté et ce qu'il a eu pour mission de nous communi­quer. Comme lui nous sommes "celui que Jésus aime", celui que Jésus a aimé et ne cesse d'aimer de toute éternité. Nous sommes "le disciple aimé de Jé­sus", chacun. Nous sommes ceux qui reposent sur le sein de Jésus, dans la même intimité que celle de Jé­sus avec le père. Nous entrons dans cette incroyable intimité de la Trinité. Et pour cela, nous sommes ap­pelés à établir notre demeure définitive en Jésus, comme Jésus établit sa demeure définitive en nous.

Que ces quelques mots qui décrivent saint Jean et qui décrivent ce à quoi chacun d'entre nous est appelé, remplissent notre cœur de vie et de joie.

 

 

AMEN

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public