AU FIL DES HOMELIES

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LA SOURCE DE L'AMOUR

1 Jn 1, 1-2,2 ; Jn 21, 20-24
St Jean - (27 décembre 2002)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

B

eaucoup de spéculations sur l'évangéliste saint Jean et récemment encore les exégètes s'en donnent à cœur joie pour savoir s'il n'y a qu'un seul évangéliste, ou s'il y en a plusieurs, pour savoir finalement comment saint Jean arrive à raconter ce que personne ne raconte, ni la résurrection de Lazare, ni les noces de Cana, et autres grands textes de l'évangile de Jean ne se trouvent chez les autres évangélistes, dans les synoptiques, voir même à penser que le disciple bien-aimé qui repose sur la poitrine de Jésus n'est autres que son disciple et ami Lazare et non pas saint Jean. Bref, autant dire que c'est un monument, une difficulté majeure, que cet évangile, et encore plus peut-être l'évangéliste lui-même.

Cela dit, nous nous fierons devant cette forêt de suggestions ou de propositions, à la tradition de l'Église et plus exactement à un autre monument, parce que je me sens bien démuni pour vous com­menter, ou penser même quelque de très profond, ou trop profond sur saint Jean, alors, je préfère laisser parler un autre monument : saint Augustin.

Vous le savez sans doute, saint Augustin ai­mait commenter l'évangile de saint Jean et il l'a fait d'ailleurs de manière admirable. Il avait une concep­tion très particulière de la manière dont saint Jean nous livre son évangile, parce qu'il n'a pas vécu peut-être de la même manière également que les autres évangélistes, sa relation à Jésus. saint Augustin écrit, voulant parler du Fils de Dieu : "Saint Jean a regardé le ciel et la terre. Il les a regardés et il les a dépassés. Il a considéré au-dessus du ciel les milliers de l'armée des anges, il les a considérés et comme l'aigle qui dépasse les nuées, son esprit a dépassé tout l'ensem­ble de la création. Il s'est élevé au-dessus de tout ce qui est grand et il est parvenu à ce qui est plus grand que tout, et il a dit : "au commencement était le Verbe". On attribue effectivement à saint Jean, par rapport aux quatre animaux de l'Apocalypse, l'aigle, cet animal dont on pensait que c'était l'oiseau qui vo­lait le plus haut. Il a dépassé les limites de la terre et atteint à l'origine, au cœur même de la révélation : "Et le Verbe s'est fait chair". Mais saint Augustin ajoute, et c'est là je crois ce qui peut être très intéressant : "Ce n'est pas de n'importe quelle manière que saint Jean arrive à cette hauteur". Il arrive à cette hauteur parce qu'il passe par le cœur du Christ. Il dit : "Il reposait sur la poitrine du Seigneur, et il buvait à la poitrine du Seigneur ce qu'Il nous donnerait à boire." Vous le savez, saint Jean raconte qu'un soldat transperce le côté du Christ, qu'il en jaillit de l'eau et du sang, et saint Augustin sait que saint Jean reposait sur la poi­trine du Christ et va même jusqu'à dire qu'il boit à cette source et à cette ouverture. D'où l'originalité de l'évangéliste par rapport aux autres évangélistes. Saint Augustin poursuit et dit : "C'est pourquoi les trois autres évangélistes ne se sont presque pas éloignés du terrestre, c'est-à-dire de ce que Notre Seigneur Jésus-Christ a accompli sur la terre. Marchant pour ainsi dire sur la terre avec Lui, ils ont très peu parlé de sa divinité. Reste l'aigle, Jean, le prédicateur des mystè­res célestes qui a contemplé fixement de ses yeux, la lumière intérieure et immuable de Dieu". saint Au­gustin nous révèle qu'en fait, saint Jean a su percevoir à travers l'humanité du Verbe, le Fils de Dieu. Effec­tivement, tout le mystère de ce Fils de Dieu qui est un mystère d'amour, est celui de la Trinité. Et il poursuit, toujours la même remarque : "C'est en raison de cette proximité avec le Christ. S'il reposait sur la poitrine du Seigneur, c'était pour y boire, les secrets de sa plus haute sagesse, et reprêcher dans son évangile ce qu'il avait bu par amour". C'est d'ailleurs le maître mot de l'évangile, comme des lettres de saint Jean. Ce qu'il avait bu par amour … on disait que saint Jean aimait à répéter au terme de sa vie : "Dieu est amour". A la fois la chose la plus simple et la plus compli­quée.

Cela nous rappelle à nous-mêmes ce que l'évangile peut produire en nous, parce que l'évangile n'est pas d'abord un écrit, l'évangile c'est une per­sonne. Notre relation à cette personne n'est pas de l'ordre de l'idée ou des spéculations, c'est une relation profonde qui doit être une relation d'amour. Peut-être que pour comprendre et témoigner de l'évangile au­jourd'hui, nous faut-il passer par ce même acte :reposer sur la poitrine du Christ, boire à sa poitrine, boire cet amour, et boire avec amour. Autant dire que lorsqu'on parle du sacrement de la charité que sont nos frères, quand on parle de l'exercice de cet amour dans notre monde, "comment peux-tu dire que tu ai­mes Dieu si tu n'aimes pas ton frère que tu vois alors que Dieu tu ne le vois pas forcément". La vision, la contemplation et l'évangile prêché aujourd'hui passent par le même acte que saint Jean a fait : reposer sur la poitrine du Christ, boire avec amour, contempler alors le Verbe, deviner le secret de la Trinité, un secret d'amour.

Voilà le message de saint Jean, non pas celui du passé, mais celui d'aujourd'hui, pour des hommes qui aiment. C'est saint Augustin qui disait : "Trouvez-moi un homme de désir, un homme qui aime, et il comprendra".

 

 

AMEN

 

 
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