AU FIL DES HOMELIES

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L'EAU C'EST LA VIE

1 Jn 1, 1-2,2 ; Jn 21, 20-24
St Jean - (27 décembre 2011)
Obsèques de Bruno
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

L'eau vive (Barèges)

F

rères et sœurs, la famille de Bruno a voulu rajouter une lecture à ces lectures qui sont orientées verts l'apôtre Jean. Cette première lecture que vous avez entendu est tirée du Cantique des cantiques, et je ne pouvais évidemment pas m'empêcher d'y voir Françoise en train d'accueillir Bruno : "J'entends mon bien-aimé, voilà qu'il arrive, sautant sur les montagnes". Et enfin, Bruno pouvant à nouveau s'adresser directement non plus comme coupé de sa femme, non plus simplement à partir de quelques souvenirs, souvenir d'un corps, d'une odeur, d'une voix, mais pouvoir la retrouver face à face et continuer à lui dire ce qu'il a toujours dit ces derniers mois, là maintenant.

J'aurais voulu plus particulièrement avec vous nous tourner vers Bruno et partir de quelque chose de très simple et en même temps de percutant qui a été dit par Isabelle et partagé par Anne, c'était presque un slogan peut-être à graver sur le cœur de Bruno : "L'eau c'est la vie, l'eau c'est sa vie". J'y vois comme une continuité entre un homme qui était épris de la nature, épris de l'eau, de la réalité même de la terre et ce qu'il a continué à faire dans un domaine dont on pourrait penser que cela n'a rien à voir et qui est tout ce qui touche à l'enseignement catholique, à la construction et au bien-être pour que des enfants puissent dans un cadre donné, construire une humanité et construire un caractère chrétien.

Or, je crois que les deux sont liés. Je ne voudrais pas faire injure à Bruno, mais vous me l'avez dit, ce n'était pas un grand théologien. Les grands théologiens ne sont pas ceux qui planent au point d'oublier qu'ils vivent sur la planète terre, et notamment la planète eau, et comme saint Jean l'évangéliste, ce sont souvent les gens qui sont les plus proches de la réalité et de la chair qui sont capables de donner une coloration actuelle et évangélique. Je crois que Jean l'évangéliste et Bruno auront beaucoup de choses à se dire. Ce que Bruno et Jean l'évangéliste partagent, c'est la constatation que nous avons entendu dans la lecture de saint Jean. Oui, il y a les ténèbres, oui, nous sommes pécheurs, oui, nous sommes tous frappés par la mort, et saint Jean le dit, la pire mort n'étant peut-être pas la mort physique, mais la mort liée au péché et du fait que cette mort nous coupe complètement avec ceux que nous aimons et avec Dieu.

Ce qu'a voulu faire Bruno dans cette continuité auprès de l'enseignement catholique, c'est de partir de cette constatation très simple : on n'invente pas l'eau. On n'a pas encore réussi à faire de l'eau, semble-t-il, à moins que j'aie oublié un épisode, mais l'eau, elle nous est donnée. La grâce de Dieu elle nous est donnée, ce n'est pas nous qui l'inventons. L'inventivité de l'homme, son intelligence, sont à ce moment-là au service d'une invention, d'une grâce, et il faut se dire : je reconnais que je ne suis pas Dieu. Je ne suis pas capable d'inventer l'Esprit Saint, je ne suis pas capable d'inventer l'évangile, pas capable d'inventer la vie, mais il y a quelque chose que je peux faire, parce que cela m'est donné dans ma condition limitée d'être humaine et de pécheur, c'est de faire en sorte que cette eau et que cette grâce puissent circuler. C'est de faire en sorte que cette eau à la place qu'elle aille se perdre dans les profondeurs de la terre, elle puisse venir irriguer un paysage, des arbres, des cultures, et changer profondément le paysage et le monde.

Je crois que là, nous sommes au cœur de ce que Bruno a voulu faire simplement auprès de l'enseignement catholique, non pas des cours d'exégèse ou de théologie, non pas même de se mettre au service des aumôneries, mais de partir simplement de ce qu'il savait faire en se disant : moi je vais comme construire une cruche, un lieu, un réceptacle dans lequel cette eau qui est la vie, cette eau qui est l'évangile, cette eau qui est la grâce et l'Esprit Saint, puisse venir s'y reposer et ainsi profiter à tous ceux et à toutes celles qui viendront dans ce lieu.

C'est ce que nous laisse Bruno, un homme profondément ancré dans la terre, dans l'eau, et en même temps qui avait compris que cet élément qui est au cœur de la vie, de l'univers, de notre terre, est une des plus belles images que l'on a pu trouver dans la religion, dans l'évangile, pour parler de cette grâce de Dieu, pour parler de cette vie que nous recevons de Dieu, et que nous avons à transmettre.

Frères et sœurs, je le disais au début de cette eucharistie, même s'il peut arriver que l'eau soit parfois amère, et que nous ayons des difficultés, c'est bien normal, de nous retrouver face au départ d'un être qui nous manque, de nous retrouver aussi face à notre propre mort qui arrivera un jour, ce que Bruno veut nous dire, c'est que nous n'avons pas à perdre du temps dans ces considérations, nous n'avons pas à nous laisser paralyser par ces grandes questions qui sont parfois terribles, qui sont notre péché, la question de savoir si Dieu existe, mais il faut simplement se lever et passer à l'action. Il faut simplement et avec humilité, accepter de transmettre ce qui ne nous appartient pas, la grâce de Dieu, la vie de Dieu.

 

AMEN

 

 

 

 

 

 

 

 
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