AU FIL DES HOMELIES

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NOS ENFANTS SONT FORMIDABLES

Si 3, 2-6+12-14 ; Col 3, 12-21 ; Mt 2, 13-15 + 19-23
Fête de la Sainte Famille – année C (27 décembre 2009)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC


Anvers : Le regard des tierces personnes

 

Frères et sœurs, en ce jour où l'Église nous invite à méditer sur la Sainte Famille, et par conséquent aussi sur nos familles, nous pourrions bien sûr, être comme paralysés par ce que nous devons faire. C'est la première lecture que nous avons entendue où l'on a le sentiment que tout est du côté des enfants qui doivent révérer leurs parents. On ne dit pas qu'on doit les aimer, mais on doit les honorer. Et dans la lecture de saint Paul, les choses semblent être un peu plus apaisées. Il faut rappeler que ce n'est pas une lecture qui s'adresse en premier aux familles mais plus particulièrement à la communauté des croyants. Là, saint Paul explique qu'il y a des devoirs réciproques. Nous avons terminé la deuxième lecture sur ce passage délicieux où saint Paul rappelle aux parents de ne pas exaspérer leurs enfants. Je ne vous dis pas de mon fauteuil toutes les réactions que j'ai pu voir pendant la deuxième lecture, c'était très enrichissant et instructif !

Est-ce que Jésus aurait été exaspéré par ses parents ? Peut-être dans un premier temps. L'évangile ne nous le dit pas d'une manière particulière ? En tout cas, on nous dit après qu'il est soumis, qu'il rentre bien dans le rang à Nazareth et qu'il grandit en sagesse. Mais ce que nous avons peut-être à méditer aujourd'hui, c'est la famille vue sous un autre angle. Il est bien connu que notre famille est toujours moins bien que la famille du voisin qui a beaucoup moins de problèmes, dont les enfants sont beaucoup plus obéissants, qui ont beaucoup mieux réussi dans la vie, et qui n'ont absolument pas de problèmes avec leurs propres parents, etc … Ce que je trouve assez beau dans cet évangile, c'est le témoignage d'une tierce personne dont on ne fait pas toujours vraiment mention. J'ouvre une parenthèse et je la referme très vite : d'aucuns pourraient trouver que les parents de Jésus sont extrêmement laxistes et qu'ils auraient dû se préoccuper de la disparition de leur petit garçon beaucoup plus tôt. Il n'y avait pas encore à l'époque de plans spéciaux organisés par la police pour retrouver les enfants. Je ferme la parenthèse.

En fait, le témoignage de cette tierce personne, c'est le témoignage des docteurs. Je ne sais pas si vous vous êtes déjà posés la question, vous les parents, est-ce que vous vous êtes demandés ce que font vos enfants quand ils ne sont pas avec vous ? Je crois que c'est cela l'évangile d'aujourd'hui, et c'est une réflexion intéressante à creuser dans nos familles. Que font les enfants quand vous ne les avez pas sous les yeux ? De fait, quand ils sont très jeunes, on trouve toujours tout très dangereux, quand ils sont à côté, on les entend, tout va bien, quand on ne les entend plus on se doute qu'il y a une bêtise qui se prépare … et généralement, la suite des événements nous donne raison quatre fois sur cinq.

Mais ce qui est intéressant dans l'évangile, c'est le témoignage de tierces personnes qui ne font pas partie de la famille et qui voient l'enfant en-dehors de la soumission aux parents et de l'obéissance. Jésus n'est ni avec Joseph, ni avec Marie, et comme on dit maintenant, il s'éclate ! Dans le secret d'une activité dont ses parents ne sont pas témoins, Jésus est éblouissant, et tout le monde se dit qu'il est extraordinaire. Or, dans le même temps, les docteurs trouvent qu'il est extraordinaire, et les parents disent qu'il n'est pas obéissant, il nous a fait peur, il est parti, ce n'est pas normal, il aurait pu lui arriver quelque chose. En ce jour où nous célébrons justement cette fête, il est intéressant de convoquer une autre personne pour entendre autre chose sur les enfants. Bien sûr, nos enfants sont nos enfants, ils sont toujours les plus beaux, les plus forts, les plus intelligents, mais quand même nous avons une certaine méfiance, une certaine peur vis-à-vis d'eux, nous pensons qu'ils ne sont jamais exactement comme nous voudrions qu'ils soient, nous avons de la peine à nous en détacher. Le bac est terrible parce qu'il faut à la fois avoir le bac mais en même temps, c'est le moment où le petit oiseau va s'échapper du nid, et va-t-il savoir faire la vaisselle, laver ses affaires, ne pas avoir de mauvaises fréquentations ? Et voilà que l'évangile nous dit au cœur de nos familles, les enfants, bien sûr font des bêtises on ne peut pas dire l'inverse, mais nos enfants sont formidables ! Dans le secret de certaines activités propres, dans le secret de certaines activités qui leur sont propres, dans certaines passions qu'ils aiment, les enfants sont éblouissants.

J'aurais voulu d'une manière très simple et très courte me positionner vis-à-vis de vous un peu comme les docteurs de la Loi. Je sais, le niveau baisse, les enfants n'ont pas la qualité théologique et exégétique ni de Jésus ni de ceux qui ont fait de grandes études en théologie, mais il y a un laboratoire assez bouleversant pour les prêtres, qui sont témoins de la même chose vis-à-vis des enfants, comme les docteurs de la Loi vis-à-vis de Jésus, c'est la confession. Vous me direz qu'il y a de moins en moins de gens qui se confessent. Malgré tout, une certaine partie des jeunes qui vont à l'aumônerie va se confesser, et je suis toujours impressionné de ressentir la qualité des confessions des jeunes qui viennent. Et cela, il faut le dire parce que non seulement on pourrait avoir tendance à vouloir protéger nos enfants, et il y a un deuxième problème dans notre société actuelle et en plus, on leur demanderait de tout nous dire. Vous savez combien les parents sont angoissés comme Marie et Joseph, mais là pour d'autres raisons : il ne me dit pas tout ! L'ado ne me dit pas tout ! Heureusement. Ce n'est pas parce que les adultes actuellement, adorent se mettre en scène et utiliser la radio la télévision, pourquoi faudrait-il que les ados fassent de même ? En fait, les ados sont beaucoup plus pudiques que pas mal d'adultes. On ne doit pas les forcer à s'exposer vis-à-vis de la famille. Je dirais même que quelque part, c'est un manque de confiance. Bien sûr, il faut quand même vérifier pour que certaines choses ne se passent pas. Mais l'enfant a un certain jardin secret qu'il sait articuler et enrichir avec la famille qui est la sienne. Ce qui est très beau, c'est que la confession est un lieu de témoignage pour nous les prêtres, où nous rencontrons, je ne dis pas petits Jésus à l'âge de douze ans dans le temple, mais des adolescents qui, dans le secret de leur cœur, ont une vie morale, spirituelle, affective, d'une qualité beaucoup plus grande que ce que nous pourrions nous, imaginer.

Frères et sœurs, aujourd'hui, je crois que c'est cela la fête de la Sainte Famille. Cette fête n'est pas là pour nous redire tout ce que nous devons faire et que nous ne faisons pas. La fête de la Sainte Famille ce n'est pas d'essayer d'idéaliser une famille qui n'a jamais existé, la Sainte Famille elle-même est quand même assez bizarre, si vous voyez ce à quoi je fais allusion. Non, mais je crois qu'aujourd'hui avec cet évangile, il nous est donné l'occasion d'entendre un témoignage sur nos familles à partir d'un témoignage extérieur. C'est ce témoignage qui est fondamental, c'est ce témoignage que peuvent apporter les prêtres, que peuvent aussi apporter certains professeurs ou éducateurs. Autrement dit, le fait que nous, nous avons une place privilégiée par rapport à vous, parents, c'est-à-dire qu'à l'image des docteurs de la Loi, nous pouvons voir beaucoup plus souvent que vous ne l'imaginez, vos propres enfants en actes, dans le secret de leurs affaires, le secret de leur croissance, dans le secret de leur intelligence, nous les voyons s'épanouir et acquérir une certaine autonomie, non pas parce qu'ils ne vous aiment plus ou qu'ils vous méprisent, mais parce que justement, c'est cela la vie : à la fois s'épanouir dans la famille et en même temps, s'épanouir dans la société pour prendre son envol et acquérir ce juste lien entre la famille qui reste la famille et la société dans laquelle on doit s'épanouir.

Jésus dit à ses parents : "Ne savez-vous pas que je dois être aux affaires de mon Père ?" C'est cela le cœur même de la famille. Les parents, la famille et la société ce sont des lieux d'invention permanente qui ont pour but d'aider les enfants à être aux affaires de leur Père, tout simplement parce que par le baptême, nous sommes tous fils et filles de Dieu et que par conséquent nos familles et la société doivent être ces lieux de liberté, d'échange et de passage, pour que chacun d'entre nous nous puissions véritablement expérimenter dans notre chair et dans notre cœur et dans notre intelligence, le fait que nous sommes appelés à être aux affaires de notre Père, aux affaires de Dieu. Etre aux affaires de Dieu quand on grandit, quand on devient mature, c'est aussi prendre à bras-le-corps, le corps de l'Église, le corps ecclésial et savoir aussi trouver sa place. De fait il et quelquefois encore trop dommageable que dans nos communautés paroissiales nous ayons autant de mal à laisser la place aux jeunes,un peu comme Marie et Joseph, nous voudrions qu'il ne bougent pas, qu'ils écoutent, comme s'ils n'avaient rien à nous dire.

Frères et sœurs, que l'exemple du Christ qui absolument fasciné les docteurs de la Loi dans le temple soit pour nous l'occasion de regarder d'un regard frais, d'un œil neuf, tous nos enfants qui s'épanouissent, qui grandissent et qui désirent être aux affaires de notre Père.

 

AMEN

 

 

 
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