AU FIL DES HOMELIES

Photos

CÉLÉBRATIONS DE FAMILLE

Si 3, 2-6+12-14 ; Col 3, 12-21 ; Lc 2, 41-52
Fête de la Sainte Famille – année C (28 décembre 2003)
Homélie du Frère Yves HABERT

 

En cette fête de la Sainte Famille, quelle est pour moi, l'urgence pour les familles d'au­jourd'hui ? Quelles est la priorité aujourd'hui sans surcharger les familles davantage, sans ignorer les difficultés qu'elles traversent, sans les majorer non plus, quelle est pour moi la priorité ? Peut-être que cette priorité, je l'ai trouvée avec ce que nous allons fêter ce soir, ce fameux passage du millénaire, peut-être aussi cet évangile qui nous parle d'une famille qui célèbre la fête de la Pâque. Je crois donc que la prio­rité pour les familles aujourd'hui ce serait de veiller à la qualité de leurs célébrations. Attention, je ne veux pas enfermer les familles dans la sacristie, ce n'est pas leur place, je ne vais pas non plus forcément parler de prière familiale. Je crois qu'elle jaillira de cette célé­bration familiale communautaire dans ses plus hum­bles moments. Il nous faut veiller à cette qualité de la célébration, parce que si l'on doit comme le dit l'orai­son d'entrée, imiter la Sainte Famille, s'il y a une chose qui est imitable chez elle, c'est cette sorte de liturgie familiale.

Vous savez comme la liturgie juive surtout après la chute du Temple s'est comme ramassée sur la famille et que la famille est devenue le lieu par excellence de la célébration, ce lieu où toutes les réalités les plus humaines, les plus profanes étaient saisies dans une sorte de dépassement, mais sans miè­vrerie aucune, parce que si la Sainte Famille est Sainte, ce n'est pas parce qu'elle est mièvre. Ce n'est pas parce qu'elle est mièvre, qu'elle est Sainte, au contraire. Une chose est sûre, c'est que la Sainte Fa­mille a célébré et que sa sainteté s'est épanouie dans la qualité de sa célébration. Nous devons imiter la Sainte Famille dans cette célébration quotidienne. Mais d'abord se poser la question de savoir de quelle fête, de quelle célébration l'on parle ? L'Église a tou­jours relié les deux, l'Église a toujours relié la fête et la célébration. Il est impossible de les séparer et de­puis quelques années, depuis un certain ministre, on multiplie les fêtes et les célébrations à un niveau plus large au niveau de la société, du cinéma, de la poésie, du théâtre, de la musique ... Certes, il y a des débor­dements, on est pour ou contre, mais il faut reconnaî­tre qu'il y a des personnes qui se rencontrent, et c'est bien. Nous allons tenter de joindre ainsi la fête et la célébration pour frayer ensemble un chemin, nous ouvrir une piste aujourd'hui.

Quand dans une entreprise on a fixé un chal­lenge, quand on a fixé un niveau à obtenir et qu'on l'obtient, à ce moment-là on partage le champagne, il y a des avancements dans l'air, il y a quelque chose qui va se passer, et qui va rompre la routine. Quand dans une équipe sportive on gagne, on envahit le vieux port, mais c'est pas ça la célébration. La célé­bration ce n'est pas parce qu'on a gagné, c'est pas parce qu'on est les plus forts, mais la célébration va naître de personnes qui sont heureuses ensemble, de personnes qui reconnaissent à chacun même au plus petit sa place unique. C'est ainsi que la célébration tout d'un coup va jaillir. La célébration crée l'unité de la communauté et elle en est le fruit. Et d'ailleurs, une communauté qui ne célèbre plus risque de devenir au sens péjoratif que ce terme a pris, une institution, quelque chose qui serait un peu figé, dans lequel la place de chacun ne serait plus retenue et qui ne serait plus à proprement parler une communauté. Il y a deux manières de célébrer. Il y a ce que je pourrais appeler le "propre du temps", c'est-à-dire les fêtes, qu'est-ce que c'est qu'une fête ? C'est reconnaître dans la tribu la place unique de chacun, il y a les anniversaires, qu'est-ce que c'est qu'un anniversaire ? c'est en offrant des cadeaux reconnaître que l'autre est un cadeau, et il y a aussi tout ce qu'on pourrait imaginer autour des anniversaires de baptême, des anniversaires de ma­riage, l'installation dans la nouvelle maison. Il y a mille façons de célébrer en quelque sorte le propre du temps d'une famille. L'autre façon, c'est le repas. Et il y a aussi parce qu'on connaît toute l'étymologie de tout ce qui vient de "cum pane". La célébration se vit aussi dans le repas, dans le partage du repas. Pour vivre l'unité, il faut prendre le temps de manger, de bien manger, il faut raconter des histoires, son his­toire.

Hélas, c'est un truisme, une vraie vérité d'évi­dence que de dire qu'aujourd'hui le repas risque de perdre sa signification, et que partout on voit s'infil­trer des habitudes de self-service qui ruinent l'aspect de célébration du repas. Alors il nous faut retrouver cette respiration de la famille qui est la respiration de l'Église, la respiration entre un repas partagé et la célébration des événements familiaux. D'ailleurs, curieusement la respiration de l'Église est la même que la respiration de l'écclesiola, de la famille comme petite Eglise. Alors qui a copié ? Peut-être que l'Église s'est inspirée de ce rythme familial pour vivre à un échelon un peu plus grand dans la famille qu'est l'Église, le rythme aussi d'un propre du temps, d'une Eucharistie qui est le sommet du temps. D'une Eucha­ristie où l'on prend le temps de partager, où l'on prend le temps de célébrer, une Eucharistie où l'on va se retrouver plus fort pour envisager ce propre du temps et pour inventer. Parce que c'est du côté de l'invention qu'il faut chercher. On se demande comment réussir une fête ? Il n'y a pas de recette magique, il n'y a pas de chose qui marcherait à tout coup, il n'y a pas un "Marabout" des dix commandements pour réussir une fête. Je crois qu'une fête d'abord va briser la routine, une fête va casser cette routine, une fête il va falloir être inventif, il va falloir se dépasser, il va falloir prendre du temps, il va falloir être attentif à la créati­vité de chacun, il va falloir mettre chacun dans le coup. Pour que la fête soit réussie, la célébration soit réussie, il va falloir que chacun soit impliqué.

C'est peut-être le sens aussi de ce texte de saint Paul de tout à l'heure, il va falloir que chacun soit impliqué dans cette fête d'une manière particulière. C'est vrai, je n'ignore pas non plus qu'il n'y a pas de célébration ou de fête comme célébration sur terre qui ne soit aussi quelquefois voilée par des tiraillements, des peurs, des ténèbres. Ce n'est pas encore le ciel, ce n'est pas encore cette fête du ciel. Il faudrait enlever beaucoup de passages de l'évangile ou de la Bible, s'il fallait ne plus envisager le ciel comme une fête. Le ciel ce sera la fête réussie, et pourquoi elle sera réussie ? Parce que même le plus petit, même le plus humble, le plus simple aura trouvé sa place et sera rendu participant de cette fête. Nous vivons cette fête dans l'espérance, et c'est précisément dans la fête que nous puisons de nouvelles sources d'espérance, si quelquefois nous sommes tentés de désespérer, à ce moment-là, célébrons. Si nous sommes tentés de nous enfoncer dans la routine, célébrons, et à ce moment-là une nouvelle espérance doit pouvoir jaillir, quand on a célébré ensemble, à ce moment-là c'est tout un avenir qui se trouve ouvert. C'est pour cela aussi que la Bible utilise des images de fête, de célébration pour parler du ciel, parce que dans une fête et une célébration qui n'aura pas de fin nous trouverons une espérance qui n'aura pas de fin non plus.

Pour terminer en réfléchissant sur cet aspect de célébration qu'il nous faudrait vraiment vivre en famille, je trouve qu'il y a peut-être là un enjeu au niveau missionnaire. Dans les réunions de prêtres, souvent quand on ne sait plus quoi dire on dit : "il faudrait rejoindre les familles, on dit ça, les familles sont moins présentes, il faudrait les rejoindre davan­tage, trouver de nouvelles manières". Et puis tout d'un coup il y a un autre qui dit à juste titre : "les familles on les croise sans arrêt, quand on prépare des baptê­mes, quand on prépare des mariages". Il y a là comme une sorte de paradoxe, une sorte de difficulté qu'il va falloir résoudre, parce que les familles acceptent que l'Église se mêle de leurs fêtes, les familles acceptent que l'Église se mêle des mariages, des baptêmes, mais curieusement, les familles, pas toutes, parce que je vois que vous êtes beaucoup de familles, mais les familles acceptent plus difficilement de se mêler de la fête de l'Église. Vous voyez, il y a comme une sorte de difficulté, d'un côté les familles sont attirées par cette fête que propose l'Église et cette célébration, et de l'autre côté, elle a du mal à se joindre à la célébra­tion de l'Église. L'Église qui devrait apparaître comme un lieu de fête puisqu'on vient sonner à sa porte quand il s'agit de se joindre à cette fête, et en particulier à cette fête de l'Eucharistie de chaque dimanche, à ce moment-là il y a comme une espèce de blocage Alors je propose de repartir, de renverser la proposition, en partant de la famille elle-même.

Je crois que si toutes nos familles, peut-être à l'image de la Sainte Famille dans cette célébration familiale qu'elle vivait, si nos familles avaient ce sens un peu génial de la célébration, de la fête dans les réalités un peu toutes simples, si elle avait ce génie de faire participer chacun des membres de cette famille, de faire jouer tout ce qu'il y a de plus beau dans la famille, tous les talents cachés de chaque famille, et si elle mettait tout son talent à célébrer. Et bien, à ce moment-là, je crois que des familles qui n'ont peut-être pas grand-chose à voir avec l'Église, mais en voyant cette famille qui célèbre, se dirait que peut-être la célébration a quelque chose à voir avec leur vie. Dans les Actes des apôtres, on dit : "Voyez comme ils s'aiment". Et si on pouvait dire de nos familles, "voyez comme elles célèbrent", voyez comme elles ont un sens très particulier de la fête, non pas une fête qui épuise, mais une fête dans laquelle on trouve une espérance nouvelle pour repartir. Si nos familles avaient ce sens-là, à ce moment-là je suis sûr que des personnes même très extérieures à l'Église comprendraient peut-être ce que l'Église célèbre, peut-être. Peut-être que c'est une manière de dépasser cette difficulté que nous avons soulevé.

Alors, que nous ayons chacun le goût de la célébration dans chacune de nos familles. Il faut que nous sachions briser la routine, que nous sachions, peut-être en profitant de cet espace un peu plus large qui est laissé avec la diminution du temps de travail, pour vivre une célébration, une fête plus attentive, une fête plus joyeuse, une fête qui fasse participer le plus grand nombre, et à ce moment-là, peut-être que nous verrions des fruits qui nous étonneraient dans notre famille d'abord et ensuite autour de nous.

 

 

AMEN

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public