AU FIL DES HOMELIES

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L'INITIATION EN TROIS CHIFFRES

Si 3, 2-6+12-14 ; Col 3, 12-21 ; Lc 2, 41-52
Fête de la Sainte Famille – année C (31 décembre 2006)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

C'est d'abord une affaire de chiffres, douze ans ! C'est l'âge habituel où l'on fait sa barmistwa, c'est-à-dire qu'on a la capacité de pouvoir lire l'Écriture, et ainsi de pouvoir prendre la parole au milieu de l'assemblée de ceux qui croient, de ceux qui prient, de ceux qui sont dans la synagogue. Il y a aussi, même si ce n'est pas aussi explicite, c'est au terme de la fête, à la fin de la semaine, le chiffre sept. En effet, au terme de la fête de la Pâque, le chiffre sept, cette fête annuelle où chaque année les parents de Jésus l'emmènent, et là, ils l'ont emmené à l'âge de douze ans. Ce chiffre sept qui évoque la semaine, celle qui achève toutes choses, quand Dieu finit son œuvre de création et qu'Il s'est reposé. Le chiffre sept nous renvoie à cette création comme le chiffre douze nous renvoie aux douze tribus d'Israël. Ainsi, nous avons comme un résumé déjà de l'histoire du salut.

Et puis, Jésus introduit un autre chiffre qu'on n'avait pas tout de suite saisi, le chiffre trois. Au bout de trois jours, ses parents le retrouvent et comme vous êtes performants en matière théologique, vous saurez tout de suite à l'instar des Pères de l'Église qu'il s'agit du chiffre de la Résurrection : après avoir reposé trois jours dans le tombeau, le Seigneur ressuscite et c'est déjà une préfiguration de ce chiffre si symbolique avant d'atteindre le mystère ineffable de la Trinité bien sûr.

Douze, sept et trois. Je crois que ce qui est en jeu derrière cet évangile, même si cela ne nous apparaît pas clairement, c'est le propos même du Dieu auquel nous croyons. En quel Dieu croyons-nous ? La plupart de ceux qui ont réfléchi à la question pourraient résumer l'affaire en disant : nous croyons au Dieu qui se révèle, c'est-à-dire au Dieu qui parle, qui s'adresse, qui communique. Un Dieu qui prend plaisir même à discuter avec les hommes à certains moments, à batailler avec eux, dans des propos, des échanges de paroles, un Dieu qui aime se dire, en fait, un Dieu qui aime parler aux hommes.

Nous croyons en un Dieu de la révélation, et quand je dis que ce n'est pas anodin, c'est que d'abord dans l'évangile de Luc, nous avons avec ce passage de Jésus qui enseigne les docteurs de la Loi, nous avons la conclusion du cycle de l'enfance. Cette conclusion par le fait que saint Luc nous montre Jésus qui enseigne, comme on le voit si bien sur cette icône, Jésus est assis sur un trône, il bénit et tient le livre de la Parole de Dieu, et il s'adresse à des vieux sages, docteurs de la Loi, tout étonnés qui regardent les parents tout aussi étonnés, tout le monde a l'air stupéfait. C'est d'ailleurs ce que dit l'évangile.

L'enseignement de Jésus est stupéfiant. C'est ce même enseignement qui va catalyser l'ensemble de l'évangile de Luc, car lorsque Jésus reprend la Parole ce sera pour inaugurer son ministère, et dans la synagogue de Nazareth, chez lui, après avoir lu le prophète Isaïe : "Aujourd'hui, les aveugles voient, les boiteux marchent, les sourds entendent, tous ont le regard tourné vers Jésus". Et Jésus dira : "Aujourd'hui cette parole s'accomplit". Là aussi, tous sont frappés par son enseignement. Je n'ai pas le temps de le faire pour tout l'évangile de Luc, mais rappelez vous à la fin de l'évangile, Il dit à ses apôtres que le repentir doit être proclamé à toutes les nations, et Il fait de ses apôtres, des témoins. Mais pour faire de ses apôtres et de ses disciples des témoins, Il procède d'une manière tout aussi étonnante qu'Il avait inaugurée dans son enfance : il marche avec deux hommes qui vont vers un village nommé Emmaüs. Là, les disciples d'Emmaüs échangent leurs propos, et il leur pose une question : "De quoi parlez-vous en chemin ?" Quelle question posez-vous ? Comment, Tu ne sais pas tout ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth. Et les disciples d'Emmaüs refont toute l'histoire du compagnonnage, de la Passion. Et Jésus leur reprend les Écritures et leur explique. Stupéfaits, les disciples d'Emmaüs vont avoir la même réaction : "Notre cœur n'était-il pas tout brûlant alors qu'Il nous parlait en chemin ?"

Autrement dit, il y a une cohérence et cet évangile de Jésus enseignant par mi les docteurs de la Loi semble au moins pour saint Luc, fondamental. Cela nous dit quelque chose de profond et de vrai sur la nature de Dieu, cette nature d'un Dieu qui parle, qui se révèle, mais qui avant de parler et de se révéler, écoute. Il écoute les docteurs de la Loi et Il leur pose des questions. L'évangile dit qu'ils étaient stupéfaits de ses réponses, sachant que certainement les docteurs de la Loi portés avec ce souci de celui qui cherche, qui essaie de comprendre, de celui qui est vraiment intellectuel, ils portaient en eux-mêmes les vraies questions et ils reçoivent les réponses. Et dans quoi les trouvent-ils ? Les réponses ne sont pas dans le livre, ils ne les trouvent pas simplement dans un savoir ou même un enseignement. Ils ne les trouvent pas dans la doctrine, puisqu'ils posent justement des questions eux qui sont censés savoir. Ils trouvent les réponses en écoutant un enfant de douze ans qui ne fait pas que parler, mais qui signifie qu'Il est lui-même Parole, enseignement.

C'est la grande différence que nous n'avons pas toujours saisi, qu'il ne suffit pas de savoir pour croire, mais que pour croire, il faut entrer dans ce en quoi nous croyons, et ce n'est pas un savoir, c'est une Personne, c'est le Christ lui-même, le Verbe fait chair, celui qui enseigne. Même si Dieu avait déjà pris l'habitude d'écouter, c'est ce qu'Il dira à Caïn : "J'entends le sang de ton frère qui monte vers moi. Qu'as-tu fait de ton frère ?" Caïn est obligé de trouver la réponse. Dieu ne l'abandonnera pas et le marquera d'un signe pour le protéger. Comme Dieu a écouté le cri de son peuple en esclavage : "J'entends le cri de détresse et d'angoisse de mon peuple". Nous avons un Dieu qui écoute et qui nous renvoie à nos propres questions, à nos propres existences. Et ayant trouvé la question à poser, nous nous rendons compte qu'elle nous fait entrer dans le mystère de relation avec un Dieu qui se dit, avec un Dieu qui nous dit : dans la question que tu portes, tu as déjà la réponse. Tu peux poser cette question parce que je t'écoute. Dans un monde où plusieurs questions sont posées, j'écoute, moi, le Seigneur, toutes les questions, aucune ne me fait peur.

L'enseignement de Jésus, nous le voyons, est un enseignement qui va au fur et à mesure se laisser découvrir. Jésus accompagne l'homme jusqu'à l'ultime question qu'il est obligé de se poser, qui est celle de l'existence face à la mort. La réponse de Jésus est tout aussi stupéfiante sur cette croix, ultime réponse d'un Dieu qui va si loin dans l'aventure avec les hommes, qu'Il va jusqu'à la dernière limite de l'aventure humaine qui est hélas, la mort. C'est dans cette mort-là que le Seigneur inscrit définitivement le signe posé du chiffre trois. "Douze", vous êtes un peuple, "sept" j'accomplis parfaitement et j'achève l'œuvre par le repos ultime dans le tombeau, et "trois", je vous appelle à ressusciter.

Ce chemin de compréhension, nous le voyons est un chemin d'initiation. La pédagogie d'initiation c'est exactement cela. C'est-à-dire d'abord : faire le chemin avec Jésus, parce que c'est lui qui est venu croiser la route des hommes et Il nous rencontre sur ce chemin-là. Et ensuite, Jésus nous introduit dans la célébration même du mystère de son Alliance et de sa communion, le signe de l'Alliance, c'est-à-dire de la Pâque, du don d'un Dieu qui se donne et qui ne se contente pas de parler parce que chez lui, sa parole est action. La célébration même de cette Pâque introduit définitivement et très certainement dans la propre redécouverte de notre vocation, de notre existence, de ce que les Pères de l'Eglise ont aimé à appeler la mystagogie. Ainsi ces trois axes d'initiation, de célébration, de mystagogie, nous sont déjà donnés dans tout le mystère liturgique, car comment comprendre notre christianisme ? Vous le savez, il est important d'étudier, mais le christianisme ne se réduit pas à cela. Il faut pour comprendre, accepter que Jésus nous pose des questions qui touchent notre propre existence.

Lorsqu'Il nous a posé ces questions-là, Il nous demande alors de trouver des réponses, mais il nous y aide en disant : vous faites partie d'une communauté, douze, vous êtes l'Église ; vous êtes amenés à poursuivre ce travail avec moi, sept, et à participer à l'œuvre de création, de travail en ce monde ; vous êtes amenés à comprendre la hauteur, la largeur, la profondeur de l'amour de Dieu manifesté au cœur même de nos existences, trois, le chiffre de la Pâque et de la Résurrection.

 

AMEN

 

 

 

 
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