AU FIL DES HOMELIES

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SERVITEURS DE L'ACCOMPLISSEMENT DU DESSEIN DE DIEU

Si 3, 2-6+12-14 ; Col 3, 12-21 ; Mt 2, 13-15 + 19-23
Dimanche de la Sainte Famille – année A (26 décembre 2010)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC


Germigny : présence protectrice

 

Frères et sœurs, j'ai vérifié, la première lecture a toujours fait son effet sur vous chaque année, au moment où l'on parle des vertus familiales, du fait que les enfants doivent honorer leurs parents. J'ai vu des regards mi de crainte, mi de complicité entre les parents et les enfants, et cela vaut aussi pour les enfants plus âgés d'une bonne quarantaine d'années, qui regardaient leurs parents !

Bien sûr, dans cette première lecture, il y a comme un jeu de miroir entre ce que doit être la famille et ce que doit être la religion. Comme on évoque et on explique la relation de Dieu avec l'homme à travers les termes de père et fils, cette première lecture nous explique dans la religion comme dans la famille, l'homme qui est du côté du fils doit honorer ses parents qui sont du côté de Dieu. Il y a ce strict parallèle entre les hommes et Dieu d'une part et d'autre part, les enfants et les parents. Nous n'imaginons pas toujours la révolution qui apparaît avec la Nativité et avec ce qu'on appellerait le modèle de la Sainte Famille. Dans cette première lecture, c'est l'enfant qui doit obéir à ses parents. C'est le seul moyen d'ailleurs pour avoir une récompense, pour avoir une rétribution, et le texte se termine par : "pour sauver la maison". La maison ce n'est pas simplement les quatre murs avec le toit, mais la maison c'est-à-dire, la pérennité de la cellule familiale. Il faut qu'il y ait de l'ordre, et cet ordre consiste à ce que les plus jeunes obéissent aux plus vieux, que la maison perdure et que les choses continuent à être comme ont toujours été.

Dans l'évangile, on voit l'inverse. Je ne pense pas que la révolution aille jusqu'à ce que la famille ait adopté les valeurs de ce que nous appelons maintenant le "maternage proximal", qui consiste à laisser faire aux enfants pratiquement tout ce qu'ils veulent, quoique sur certaines représentations du petit Jésus on le voit qui tête le sein de sa mère jusqu'à un âge extrêmement avancé, comme le propose le maternage proximal. Mais sans aller jusque-là, le modèle est bouleversé et renversé. C'est le père, Joseph, qui est au service de son enfant, Jésus. Ce qui est célébré dans l'évangile, ce ne sont pas les valeurs telles qu'elles étaient décrites dans la première lecture, c'est le fait que les parents, et très précisément Joseph, soient au service corps et âme entièrement à leur fils pour sa survie, pour sa vie, et pour que le projet de Dieu puisse un jour s'accomplir.

Ce n'est pas tout à fait nouveau, car dans l'Ancien Testament, nous avons régulièrement des exemples de pères, de parents qui ont tout fait pour sauver leurs enfants. A travers cet évangile, il nous est rappelé que Jésus est comme un nouveau Moïse. Comme Pharaon voulait trouver tous les premiers-nés d'Israël, il y a des parents qui, comme Joseph et Marie ont tout fait pour protéger leurs enfants de cette mort. C'est l'histoire de ce petit Moïse déposé dans son berceau dans le Nil et qui va se retrouver être sauvé par la fille même de Pharaon. Il ne faut pas non plus caricaturer entre les modèles et opposer strictement l'Ancien Testament et le Nouveau Testament.

La nouveauté dans l'évangile par rapport à l'histoire de Moïse, c'est que dans l'histoire de Moïse et dans l'histoire d'Israël, Dieu était à la fois acteur de l'économie du salut, mais il n'était pas clairement menacé. Dieu aurait quand même trouvé un autre moyen pour que son plan perdure, même si les premiers-nés des hébreux avaient tous été tués. Là, fondamentalement la nouveauté dans l'évangile, consiste en ce que ce soit Dieu lui-même qui se remet dans les mains d'une famille humaine. Là, les choses sont beaucoup plus délicates.

Vous voyez frères et sœurs, à travers ce schéma, il nous est dit cette chose extrêmement belle. Nous avons toujours l'habitude de dépeindre les traits de Dieu à travers l'image du Père, Dieu, notre Père, et nous allons encore le chanter tout à l'heure. Et à travers d'autres textes, Dieu est aussi celui qui est l'Époux qui vient épouser l'humanité.

A travers le mystère de la Nativité que nous célébrions hier et plus précisément aujourd'hui à travers le mystère de la Sainte Famille, ce qui nous est donné de découvrir, c'est le mystère de Dieu en tant qu'enfant. Dieu se confie en tant qu'enfant à deux types de créatures : la créature terrestre, en l'occurrence ici Joseph, et la créature céleste, car vous avez bien entendu que dans ce texte, il est aussi question d'ange. Il ne faut pas tout de suite dire, oui, les anges, c'est le côté merveilleux, extraordinaire, et passons à autre chose. L'ange, qui est-il ? C'est celui qui est au service du plan de Dieu. C'est celui qui est envoyé régulièrement auprès des hommes non seulement pour leur annoncer le plan de Dieu, mais aussi pour les assister à la réussite de ce plan.

Tout à l'heure, je parlais de Moïse pour éclairer la figure de Jésus. J'utiliserai un autre personnage de l'Ancien Testament pour éclairer la figure de Joseph, c'est la merveilleuse histoire de Tobie. Comment Tobie fait-il pour devenir un adulte, pour devenir un époux, pour fonder une famille ? Il va vivre des aventures extraordinaires au péril de sa vie avec un ange. Et Joseph lui aussi, de son côté, non pas pour être époux, mais pour devenir père de Jésus, va être assisté par un ange. Vous allez me dire, c'est gentil, c'est une histoire, moi si j'avais eu un ange mon gamin n'aurait pas fait de bêtises, mais non, ce n'est pas ça. Ce que je veux dire, c'est que la créature terrestre que nous sommes, nous avons la même mission que l'ange qui assistait Tobie ou qui assistait Joseph. Nous pouvons nous aussi, avec la grâce de Dieu faire preuve de la même inventivité, de la même ingéniosité et de la même science que l'ange qui assistait Joseph, et que Joseph lui-même. Vous avez même vu qu'il y avait une certaine plasticité, parce que ça chauffe à Bethléem, on part en Égypte, un pays quand même assez compliqué, avec lequel Israël a des rapports extrêmement tendus et ambivalents. Hérode meurt et l'ange dit : maintenant, retourne en Israël, mais il y a une hésitation parce qu'en Israël cela semble vouloir dire qu'il faille retourner à Bethléem, et puis, comme le GPS, à un moment donné, la route continue pour arriver à Nazareth. Autrement dit, là aussi, les chemins ne sont jamais droits, mais il y a dans l'esprit de l'ange et de Joseph, au même moment, la perspective de l'accomplissement du plan de Dieu, et en même temps, la souplesse et l'inventivité pour prendre en compte les réalités de la mort, de la souffrance, du risque.

Frères et sœurs, vous voyez qu'à travers cette histoire de la Sainte Famille, ce qui est en jeu, ce n'est pas simplement les valeurs. Je ne veux pas faire injure aux valeurs, mais beaucoup de gens, vous le savez comme moi, pas croyants, non chrétiens, partagent un certain nombre de valeurs avec nous, des valeurs de pardon, des valeurs d'amour, des valeurs de dons, etc … La Sainte Famille et la famille chrétienne, ce n'est pas simplement les valeurs, ce n'est même pas la préservation de ces valeurs, comme si nous étions entourés d'ennemis dans notre propre château et que nous fassions en sorte que tout tienne le coup. Eventuellement, cela se trouve dans la première lecture, faire en sorte que cela tienne pour que ça perdure. Ces valeurs si elles ne sont pas mises au service de l'accomplissement du plan de Dieu, elles ne servent à rien. C'est parce qu'elles sont mises au service de l'accomplissement du plan de Dieu qu'elles ont autorité et qu'elles ont valeur aux yeux de Dieu. Si c'est pour rester les uns avec les autres, cela ne sert à rien.

Or, quel est l'accomplissement du plan de Dieu ? C'est de faire en sorte que vos enfants, ou les enfants dont vous avez la charge, parce qu'ici il est question directement des parents mais aussi de tout éducateurs, c'est de faire en sorte que l'enfant qui est le nôtre ou qui nous est confié, puisse participer à l'accomplissement du plan de Dieu. Nous sommes déjà sauvés par la mort du Christ et par sa résurrection. Mais ce qui nous est donné de vivre au sein des familles, c'est de devenir coopérateurs du salut. Et c'est la mission nous, en tant qu'adultes, que nous avons reçu.

Je fais encore une incise avant de terminer. Dans le modèle de l'économie de Dieu, la continuité de ce plan du salut passe à certains moments à travers des institutions, comme la royauté d'Israël mais en même temps quand les institutions ne fonctionnent plus, la continuité du plan de Dieu passe par une cellule plus petite qui est la famille. Je le disais il y a un instant avec l'exemple de Tobie. Tobie est déporté en Babylonie, le royaume d'Israël n'existe plus, et pourtant le plan de Dieu va perdurer par le moyen de cette cellule familiale. Et les Hébreux en terre d'Égypte, là aussi sans autre institution, le plan de Dieu va perdurer par le moyen de la famille.

Frères et sœurs, je crois qu'aujourd'hui dans le monde dans lequel nous vivons, nous avons à nous intéresser à la société et la politique (ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit !), mais avant même de vouloir changer la société ou la politique, la première chose que nous avons à faire, c'est qu'au cœur même de nos familles, nous soyons porteurs de ce projet du plan de Dieu. Il est fort probable que le reste suivra. C'est ce qui s'est passé dans l'Antiquité quand la société gréco-romaine n'était pas chrétienne. Les chrétiens ont eu d'abord le souci comme Joseph que cette annonce bouleversante de l'évangile puisse être transmise dans la famille et qu'elle soit protégée. Et il se trouve qu'un jour cette annonce de l'évangile a fait écho dans les institution, et que le christianisme est devenu à la fin du quatrième siècle la religion d'état.

Que cette célébration soit pour nous l'occasion de méditer sur notre manière d'aider les jeunes à être porteurs de ce plan divin, de cet accomplissement du salut de Dieu sur terre et que cette célébration soit aussi pour nous l'occasion de rendre grâces à Dieu qui nous associe à son mystère.

 

 

AMEN

 

 

 
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