AU FIL DES HOMELIES

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JE DOIS ÊTRE AUX AFFAIRES DE MON PÈRE

1 Jn 2, 22-28 ; Lc 2, 41-52
6ème jour dans l'octave de Noël (31 décembre 1983)
Homélie du Frère Michel MORIN

N

 

e savez-vous pas que je dois être aux affaires de mon Père ?" C'est la première parole de Jésus, du Fils de Dieu, dans l'évangile de Saint Luc. Elle est située à la fin de l'ensemble de ce qu'on nomme les textes de l'évangile de l'enfance et donc au début, au commencement du ministère public de Jésus qui sera inauguré par la prédication de Jean-Baptiste. "Il faut que je sois aux affaires de mon Père". Cette parole de Jésus est donc à la charnière de sa vie cachée et de sa vie publique. Située à cet endroit, c'est elle qui donne la clé, le sens profond et ultime de tout le récit évangélique de Saint Luc. C'est donc une parole essentielle, une parole capitale, sur laquelle il nous faut, ce matin, réfléchir quelques instants. C'est la confirmation, de la bouche même de Jésus, de son mystère, c'est la profession de foi, chez Jésus âgé de douze ans, de sa mission sur la terre. Il affirme, à travers cette parole et ces mots très simples, qui Il est et pourquoi Il est venu. Il est Fils de Dieu, Fils du Père et Il doit être soumis au Père, Il doit être soumis à la volonté du Père et ne s'occuper que des affaires de son Père. Et cela dans un contexte d'étonnement et à la fois d'incompréhension. D'étonnement, parce que les docteurs de la Loi qui viennent de l'écouter, "ont été saisis par son intelligence, par sa sagesse et par ses réponses." Saisis parce qu'ils comprennent qu'ils ne comprennent pas tout de ce que ce jeune garçon est en train de leur révéler. Ils comprennent que cette parole qu'ils entendent est beaucoup plus qu'une parole humaine, que cet enfant qui est au milieu d'eux est là beaucoup plus pour s'occuper d'autres affaires que les affaires humaines, fussent-elles les affaires de la Loi, de l'interprétation de la Loi comme c'était l'objet des études et des discussions de ces docteurs. Étonnement et en même temps incompréhension, même de la part de Marie et de Joseph qui "ne comprirent pas ces paroles", qui n'ont pas saisi ce que Jésus a voulu leur dire lorsqu'Il leur a demandé de ne pas s'inquiéter de Lui parce qu'Il "était aux affaires de son Père".

Et dans cet étonnement, dans cette interrogation, dans cette incompréhension, jaillit devant l'intelligence de l'homme et pour elle, le mystère de la Sagesse du Christ le mystère de sa grâce. Il est rempli de la Sagesse de Dieu parce qu'Il est Verbe de Dieu Il est rempli de la grâce de Dieu parce qu'Il doit donner cette grâce, en plénitude, à tout homme, pour que tout homme devienne, comme Lui, enfant et fils de Dieu. Saint Jean le dira dans cette parole saisissante : "Il est le Verbe, plein de grâce et de vérité, et de sa plénitude nous avons tous reçu." mystère de sagesse, mystère d'intelligence, mystère de vérité à l'intérieur du mystère de l'obéissance, car Jésus nous apparaît ici comme Il se manifestera toujours, jusqu'à sa mort, soumis à son Père, dans l'obéissance au dessein du Père et à la volonté du Père. Cette obéissance se situe à un triple niveau. C'est d'abord l'obéissance à la Loi, l'obéissance à son peuple, au peuple d'Israël. Avec ses parents, Il venait chaque année pour accomplir la célébration de la fête pascale à Jérusalem. Obéissance à ses parents, l'évangile nous le dit : "De retour à Nazareth, Il leur était soumis !"

Et troisième obéissance, la plus importante, la soumission à la Parole du Père. Car, vous l'avez remarqué, cette scène se passe, se déroule dans le Temple qui est la demeure de Dieu, qui est le lieu de la manifestation de Dieu, qui est le lieu où l'homme rencontre Dieu. C'est dans ce Temple que le Christ manifeste qu'Il est obéissant à la Loi, aux hommes à travers ses parents, mais plus encore à son Père des cieux. Et cette scène se passe à l'âge de douze ans et vous savez que vers l'âge de douze ans, pour le jeune garçon juif, c'est l'époque de la célébration de sa majorité religieuse dans le peuple d'Israël. A douze ans, au moment de cette célébration, l'enfant devient Bar Mitsva, c'est-à-dire "fils du précepte", enfant de la Loi, véritable fils d'Abraham, véritable fils de Moïse. Et à partir de ce moment-là, il va porter sur son front et sur ses bras, des versets de la Loi inscrits sur des petits objets en cuir. Et il devra ainsi vivre cette Loi que Dieu imprime dans son cœur, qu'Il écrit dans son intelligence. Et c'est à ce moment-là que Jésus va manifester son obéissance non plus seulement à la Loi juive, aux préceptes de la loi juive mais à cette autre Loi qui est l'amour du Père, qui est l'amour de son Père, qui est le Dessein que le Père lui a confié en l'envoyant en mission sur la terre.

Jésus, fils d'Israël, fils de Marie et de Joseph est bien fils du précepte mais aussi Fils de Dieu. Engendré par l'Esprit, il est Fils du Père, le Verbe, la Parole donnée par Dieu. Et à travers cette obéissance à la Parole de Dieu, Il va accomplir tout précepte, Il va accomplir toute la Loi, sans rien en abolir, pour la porter à sa perfection, non pas en la détruisant, mais en révélant aux hommes la plénitude de cette Loi.

Cela se passe dans le Temple. Désormais, il n'y aura plus de Temple, ni de Loi, mais il y aura la Parole de Dieu dans le Temple de Jésus qui est le Verbe de Dieu fait chair. Et désormais, c'est dans l'obéissance, non plus à la Loi mais au Fils de Dieu, que nous trouverons l'accomplissement de la Loi, que nous vivrons du don que Dieu veut nous faire : "Car Marie et Joseph Le cherchaient, angoissés". Nous aussi, frères et sœurs, toute notre vie n'est qu'un désir de comprendre la Parole de Jésus, comme les docteurs. Toute notre vie est une recherche passionnée de Jésus-Christ que parfois nous perdons ou que nous avons l'impression de perdre, parce que nous avons quitté le Temple pour retourner dans nos maisons. C'est dans l'obéissance à Jésus, obéissant Lui-même au Père, que nous trouverons le véritable sens, le sens ultime de notre vie. C'est d'ailleurs à la fin de sa vie, dans sa Pâque, que Jésus se manifestera Fils de la Parole, fils du Père et qu'il atteindra la véritable taille de sa stature d'homme et de Fils de Dieu, qu'Il atteindra sa véritable taille, sa véritable grâce, sa véritable sagesse, lorsque, enfant abandonné à la mort, Il remettra son Esprit au Père. C'est à ce moment-là que, comme nous le dit Saint Paul, Il atteint sa véritable taille d'homme. Et c'est dans cette taille d'homme que nous trouvons, nous aussi, sa grâce, sa sagesse et sa vérité, lorsque nous-mêmes nous accomplirons, dans l'obéissance au Père, notre Pâque comme Lui-même l'a accomplie.

 

AMEN

 
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