AU FIL DES HOMELIES

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LA VIEILLESSE

1 Jn 2, 15-21 ; Lc 2, 15-21
6ème jour dans l'octave de Noël (31 décembre 1984)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

L

 

es évangiles de l'enfance, dans saint Luc, baignent dans une très douce atmosphère un peu gérontophile. Déjà pour ce qui était de Jean-Baptiste, les parents étaient avancés en âge. Zacharie et Elisabeth étaient très vieux et ne pouvaient plus avoir d'enfants. Ici, lorsque le Christ est conduit au temple, ce sont également deux vieillards qui l'accueillent, Siméon et la prophétesse Anne.

Dans la tradition biblique, cette vieillesse est riche de toute une signification. La vieillesse, le grand âge est quelque chose de très honorable, mais en même temps inexorable. En effet, la vieillesse, dans l'Ancien comme dans le Nouveau Testament, c'est le signe de l'usure de ce monde. Que nous le voulions ou non le temps passe et nous vieillissons. Par conséquent, nous avons beau mettre tous les freins que nous voudrions pour essayer de retenir ce temps, en réalité, nous sommes livrés à cette usure du monde, à cette usure de nous-mêmes. Et il n'est pas nécessaire d'avoir atteint le quatrième âge pour nous en rendre compte. Nous sommes toujours, d'une manière ou d'une autre, livrés à cette usure intérieure qui ne se lit pas nécessairement dans les rides du visage, mais qui se lit souvent simplement dans une certaine usure du cœur, une certaine impossibilité ou une limitation très très forte dans le domaine de la conversion.

C'est cela d'abord que signifie la vieillesse. Notre cœur ne se rajeunit pas naturellement, notre cœur est livré à une sorte d'usure qui fait que, petit à petit, il sent l'épuisement de ses propres forces et de son propre désir. Saint Jean nous le disait tout à l'heure : le monde passe, le monde s'essouffle dans sa convoitise, dans son désir, c'est-à-dire dans cela même qui devrait lui donner de l'énergie et de la vigueur. Mais la vieillesse signifie aussi quelque chose d'autre, heureusement. La vieillesse signifie l'attente.

Israël est vieux, mais Israël a toujours attendu : "Mon âme attend le Seigneur plus qu'un veilleur attend l'aurore !" Et si en Israël il y avait des gens qui attendaient, c'était bien Siméon et Anne. Et ils attendaient sous la vigilance et sous la garde de l'Esprit Saint, car même si Israël participe à la vieillesse du monde qui s'use et qui s'épuise, Israël est vieux de son attente. Cela fait plus de quinze cents ou dix-sept cents ans qu'Abraham a reçu le premier appel, et sans cesse Dieu a relancé l'espérance de son peuple. Et même si Israël vieillit, il vieillit précisément dans une attente, et d'une certaine manière on pourrait dire que c'est son attente qui le fait vieillir. C'est le cri de tous les prophètes : "Ah ! si tu déchirais les cieux !" Envoie maintenant ton messager. C'est la vieillesse qui, au lieu de se désespérer d'elle-même, pense toujours qu'il faut s'en remettre à la toute-puissance de son Dieu Et c'est peut-être là que Siméon et Anne ont une signification importante pour nous. Voici pourquoi.

La vieillesse de Zacharie et d'Elisabeth est une vieillesse sacerdotale, une vieillesse selon le rythme des castes sacerdotales qui alternent dans le culte. D'une certaine manière c'est une vieillesse qui est surprise de la nouveauté que Dieu vient insuffler en leur donnant d'être père et mère de Jean-Baptiste. Tandis que la vieillesse de Siméon et d'Anne qui accueillent le Messie dans le Temple c'est une vieillesse prophétique Siméon n'est pas un prêtre, c'est un prophète, et Anne est aussi une prophétesse Dans leur vieillesse, ils vivent sous la force et la puissance de l'Esprit. Leur vieillesse, c'est une vieillesse qui est traversée par l'espérance de l'irruption de la jeunesse de Dieu. Et c'est pourquoi, d'une certaine manière, on peut dire que toute la rencontre de l'Ancien et du Nouveau Testament, se concentre dans le moment ou le vieillard Siméon reçoit dans ses bras, dans ses bras qui ont espéré la venue du Christ, reçoit la jeunesse de l'Israël sauve, ressuscité.

C'est l'accomplissement de l'espérance, c'est vraiment l'accomplissement de toutes les prophéties. Et, à ce moment-là, Siméon peut crier dans l'Esprit : "Il est la Lumière des Nations et la Gloire du peuple d'Israël !" reprenant ainsi les mots de la plus haute prophétie de l'Ancien Testament, celle du prophète Isaïe concernant le Serviteur souffrant. On peut dire que, ici, recommence l'histoire de l'espérance d'Israël comme elle avait commencé au premier livre de Samuel, Samuel avait été choisi par Dieu pour porter l'onction au messie David, au roi David, Ici, Siméon, comme un nouveau Samuel, est choisi par Dieu pour proclamer l'espérance des nations au cœur même de Jérusalem.

Et Anne, elle-même prophétesse, prend le relais d'Anne, également une figure du début du Livre de Samuel, Anne qui avait entonné ce premier magnificat dans lequel elle exaltait la puissance de Dieu qui intervient dans le cours de l'histoire et qui peut en bouleverser toutes les valeurs, selon qu'il lui plaît d'organiser son dessein.

Ainsi, en ce moment même où nous terminons l'année, où nous vieillissons tous, où nous sentons tous en nous cette usure de temps, mais où, en même temps, nous essayons de vivre dans la nouveauté même de l'Esprit, adressons notre prière et notre supplication à Dieu par l'intercession de ces deux vieillards, Siméon et Anne. Demandons au Seigneur qu'Il nous rénove sans cesse par la vie, par la force et par la vigueur de son Esprit prophétique.

 

AMEN


 
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