AU FIL DES HOMELIES

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RETOURNER A JÉRUSALEM

1 Jn 2, 18.22-28 ; Lc 2, 41-52
6ème jour dans l'octave de Noël (31 décembre 1986)
Homélie du Frère Michel MORIN

 

I

l faut toujours, à un moment ou l'autre de notre marche, nous arrêter et nous mettre à rechercher la présence du Christ. Il faut parfois aller jusqu'à abandonner un instant la caravane pour retourner au cœur même de notre foi et y découvrir le Seigneur Jésus, Parole éternelle, Sagesse éternelle du Dieu vivant. Et ceci est nécessaire pour reprendre sa mar­che, pour rentrer chez soi, vivre sa vie et "méditer toutes choses dans son cœur", et laisse grandir, au cœur même de notre vie, la présence de Jésus, source de toute sagesse, de toute croissance et de toute grâce. Et c'est ainsi que nous devenons frères du Christ, fils de Dieu, au cœur même de l'Église.

D'un regard rapide, je vois que vous tous qui êtes ici ce matin, vous venez quasiment chaque jour dans l'église. Vous arrêtez un instant la marche, votre vie, vous revenez au cœur de Jérusalem et vous vous retrouvez en présence du Christ, Sagesse de Dieu, pour écouter sa Parole. Je ne sais pas s'il vous arrive souvent d'être, comme ces docteurs de la loi "étonnés et stupéfaits de ce qu'Il vous enseigne", mais pourtant c'est cela la réalité quotidienne. Et le plus étonnant, c'est peut-être qu'elle soit quotidienne et que, chaque jour, ensemble, nous revenions à la source de la Sa­gesse pour écouter cette parole d'un enfant. Ce n'est pas une des grandes voix du monde actuel, c'est une parole fine, imperceptible, lumineuse, discrète, pers­picace. C'est la Sagesse, c'est la Parole de Dieu. C'est celle qui s'introduit, presque subrepticement, dans notre vie, dans notre cœur, on ne sait pas trop ou, on ne sait pas trop comment, mais de temps en temps on s'aperçoit que telle ou telle chose arrive parce que la Parole de Dieu est venue féconder notre vie, puisque Dieu l'a promis : "Ma Parole vient du Ciel, mais elle n'y remonte pas avant d'avoir fait son travail dans le cœur des hommes, au plus profond de la terre, comme une semence qui germe et qui grandit."

Cela, je crois, nous ne le savons pas très bien. C'est vrai que venir tous les jours à la messe, nous le faisons par piété et c'est très bien. Mais aussi c'est une fidélité que Dieu nous a donnée, tout au long de cette année, de venir dans son temple écouter sa Parole nous laisser façonner, refaçonner un visage nouveau, un esprit nouveau, un cœur nouveau, par sa Sagesse, par sa Parole. "Dieu dit et cela est !" le Christ s'est fait chair, Il nous transforme en fils nouveaux, en fils uniques, en fils proches de Lui, en frères les uns des autres.

Je vous propose en cette eucharistie, vraiment de rendre grâces à Dieu, pour tout ce que nous igno­rons mais qu'Il a fait au fond de notre cœur, parce que nous avons eu cette fidélité humble, pas toujours fa­cile, pas toujours éblouissante, de venir écouter le Pa­role de sa Sagesse, en son temple, en cette église. Il nous faut rendre grâces à Dieu, à la fin d'une année, pour tout ce qu'Il a fait pour nous et qu'Il a rendu visi­ble, que nous connaissons et dont nous nous réjouis­sons, mais plus encore, parce que c'est encore plus grand et plus profond, le remercier pour cette œuvre intime, insoupçonnée, extraordinaire que la Sagesse fait en nous.

Au livre de la Sagesse il est dit : "Que celui qui se lève tôt pour la chercher n'aura pas à peiner, il la trouvera assise à sa porte !" La Sagesse est levée avant nous, elle brille dans notre cœur avant l'aurore, elle est éveillée, au fond même de tous nos sommes et dès que nous nous éveillons pour la rechercher, nous la trouvons là, assise à notre porte et nous n'avons qu'à la faire entrer dans notre cœur. Et au livre des Proverbes, il est dit encore : "Quand la Sagesse en­trera dans ton cœur, que le savoir fera les délices de ton âme, la prudence veillera sur toi, l'intelligence te gardera pour t'éloigner de la voie mauvaise." C'est cela que Dieu, discrètement mais avec une fidélité inlassable, a tissé dans notre cœur, cette rencontre quotidienne, si nous voulons bien nous lever, même si ce n'est pas toujours très tôt, pour rencontrer la Sa­gesse et la laisser entrer dans notre cœur, la laisser faire son chemin, un chemin de guérison, un chemin de transformation un chemin de transfiguration. Et déjà nous le savons, nous pouvons le goûter et en faire nos délices en vivant avec elle, en la méditant jour et nuit et en essayant de la laisser s'incarner dans tous les gestes de notre vie.

Oui, frères et sœurs, ensemble, vous qui ve­nez recevoir cette Parole de Dieu, et nous-mêmes qui avons le ministère de vous la donner, mais qui avons d'abord le devoir de l'écouter, de nous laisser ensei­gner par elle, ensemble il nous faut remercier Dieu pour cette fidélité de sa Parole, pour sa Sagesse hum­ble, sans prétention, sans bruit, mais si présente si agissante et si féconde. Ce n'est qu'à la fin des temps, ce n'est que dans la lumière de l'au-delà que nous dé­couvrirons tout ce que cette Sagesse incarnée, cette Parole aura tissé aura brodé, aura fécondé, aura per­mis, non seulement dans notre cœur, mais dans le cœur des autres et des plus proches qui nous parais­sent souvent si lointains de ce que nous désirons qu'ils soient, de ce que nous voulons pour eux, et aussi dans le cœur de cette humanité. Il y a, à l'intérieur de tout homme, ce feu discret comme une braise qui est la Sagesse de Dieu qui vient pour le purifier, qui vient pour l'enflammer qui vient pour que nous puissions devenir des fils de sa lumière. Oui, que chaque jour de l'année qui vient soit un jour où, encore, nous puis­sions nous lever pour trouver la Sagesse assise à notre porte, pour la laisser entrer dans notre cœur. C'est encore cela que nous célébrons maintenant, puisque la Sagesse vient nous servir, vient préparer la table. C'est elle-même qui sert le pain qui nourrit et le vin qui réjouit. C'est elle qui féconde notre vie, et c'est elle notre vie.

 

AMEN


 

 

 
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