AU FIL DES HOMELIES

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CHUTE ET RELÈVEMENT

1 Jn 2, 18.22-28 ; Lc 2, 33-40
6ème jour dans l'octave de Noël (31 décembre 1987)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

C

ette page a été retenue à cause des paroles de Siméon à Marie : "Cet enfant doit amener la chute et le relèvement d'un grand nombre en Israël." Siméon annonce à Marie, de manière prophé­tique, que Jésus est venu pour une œuvre de rédemp­tion qui s'adresse à la liberté des hommes, c'est pour­quoi certains refuseront cette rédemption, ce rachat, cette libération et ce refus sera pour eux occasion de chute.

"Il doit être un signe en butte à la contradic­tion afin que se révèlent les pensées intimes de bien des cœurs." C'est au fond du cœur que s'adresse la prédication de Jésus et elle révélera ce que chacun de nos cœurs contient d'ouverture ou de fermeture à Dieu. C'est pourquoi il sera un signe de séparation entre ceux qui veulent s'ouvrir à la grâce et ceux qui la refusent.

"Et toi-même, un glaive de douleurs te trans­percera l'âme" puisque cette rédemption, ce rachat, s'accomplira sur la croix où Marie verra son Fils mou­rir pour nous.

Tous les évènements qui entourent la nais­sance et l'enfance de Jésus sont profondément orientés vers la Pâque du Christ, vers sa croix, sa mort et sa résurrection. Le massacre des saints innocents conclut dans le sang cet avènement du Christ sur la terre. La haine du roi Hérode enveloppe de toute part l'adora­tion des mages. La révélation de la mission de Jésus qui doit être aux affaires de son Père s'est faite dans l'angoisse et l'inquiétude. Au baptême du Christ Jésus sera proclamé l'Agneau de Dieu qui porte le péché du monde et déjà Il s'avance vers sa croix. Et aux noces de Cana, Jésus Lui-même, avant de changer l'eau en vin, dira à Marie : "Mon heure n'est pas encore venue !" annonçant ainsi cette Heure de sa Passion et de sa mort où Il accomplira toute chose en se livrant pour nous. C'est donc tout au long de ces premières pages de l'évangile que, de manière constante et insistante, la Passion du Christ nous est annoncée, nous est ré­vélée comme l'arrière-fond de tous ces événements.

En effet, si le Christ est venu sur la terre, si Dieu le Fils a voulu devenir homme, ce n'est pas pour accomplir merveilleusement la croissance de l'huma­nité vers sa destinée divine, c'est d'abord parce que, à cause de notre péché, il fallait que Dieu Lui-même vienne prendre sur Lui nos fautes et en mourir sur la croix. C'est en vue de la Rédemption que Dieu s'est fait homme, c'est en vue de sa Pâque que Jésus est né. Et sur les icônes de la Nativité, la crèche est repré­sentée comme un tombeau, avec la forme d'un sépul­cre. Souvent cette crèche se détache sur un fond noir qui représente peut-être la nuit de Bethléem mais plus encore la nuit de la mort, la nuit du tombeau. Et l'En­fant-Jésus est représenté enveloppé de langes comme s'il était déjà enveloppé de bandelettes comme il nous est dit du Christ au moment de son ensevelissement.

Tout cela veut nous montrer à quel point il y a une unité dans tout ce mystère du Christ, à quel point sa naissance, sa vie, sa mort et sa résurrection ne font qu'un seul événement à plusieurs facettes. C'est par amour pour nous que le Christ est venu sur la terre, c'est par amour pour nous que le Christ est mort, c'est par amour pour nous que le Christ est ressuscité. Il n'y a qu'un seul motif et par conséquent une profonde unité entre tous ces événements : c'est l'amour infini de Dieu pour nous. C'est parce que nous étions pau­vres et abandonnés que Dieu est venu jusqu'à nous. C'est parce que Dieu nous aime qu'Il s'est abaissé pour venir à notre rencontre, pour se mettre à notre portée, pour se faire notre frère. C'est parce qu'Il nous aime que Dieu a voulu nous sauver de ce mal qui est notre malheur, du péché qui est la destruction de notre être. C'est pourquoi, d'un même mouvement, "Lui qui n'a pas gardé jalousement le rang qui l'égalait à Dieu" mais qui s'est mis à notre rang, à notre niveau, "Il s'est abaissé plus encore jusqu'à la mort et la mort de la croix, afin que nous soyons exaltés avec Lui par la gloire de sa Résurrection."

Tout le mystère de la philanthropie de Dieu, de cette tendresse de Dieu pour les hommes, se dé­ploie ainsi de la naissance de Jésus jusqu'à sa Pâque et dés maintenant, nous devons porter la totalité de ce mystère dans notre cœur, pour que notre action de grâces soit totale. Alors, devant cet Enfant qui vient de naître, reconnaissons Celui qui nous aime d'une telle infinité de douceur qu'Il a voulu venir tout parta­ger, jusqu'au plus terrible de notre condition humaine, jusqu'à cette mort et jusqu'à ce poids du péché qu'Il porte sur ses épaules, afin de nous sauver et de nous donner sa gloire et sa joie.

 

 

AMEN

 

 
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