AU FIL DES HOMELIES

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CHACUN SELON SON ESPÈCE

Gn 1, 1-13

Vigile

(31 décembre 2008)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Dinant : collégiale Notre-Dame
L'Esprit planait sur les eaux (vitrail)

F

rères et sœurs, nous commençons aujourd'hui la lecture courante de l'évangile de saint Marc, et en même temps nous commençons aussi la lecture du premier chapitre de la Genèse. Puisque nous sommes dans la semaine de l'unité, je voudrais dans cette perspective vous commenter quelque peu ce texte de la Genèse que nous avons entendu.

En effet, ce texte nous dit une première chose, c'est que Dieu est Créateur, de la lumière, du ciel, du firmament, des eaux qui sont au-dessus et au-dessous du ciel, de la terre, de la verdure. Nous continuerons ce récit avec la création des animaux, de l'homme. Dieu est Créateur, c'est-à-dire qu'Il est source, point de jaillissement. Cela veut dire que tout l'univers depuis le ciel, les cieux des cieux, les étoiles, jusqu'à l'homme en passant par les végétaux, les animaux, l'univers tout entier sort, jaillit de cette source unique qu'est Dieu. S'il y a unité dans le monde, c'est d'abord une unité d'origine et de racine. Nous avons comme les animaux, comme les étoiles, comme les végétaux, et les uns comme les autres, une même origine, une même racine, qui est le cœur même de Dieu. Nous sommes tous fruits de cet amour de Dieu et c'est cela le titre le plus fondamental de notre unité. Nous ne pouvons en aucune manière nier cette unité puisque nous venons du même jaillissement, du même acte créateur.

En même temps, l'œuvre de création de Dieu est une mise en ordre qui se fait par séparation. Dieu crée la lumière, et Dieu voit que la lumière et bonne et il sépare la lumière et les ténèbres. Puis Dieu crée le firmament pour séparer les eaux qui sont au-dessous des cieux et ce que les anciens croyaient être les eaux qui sont au-dessus des cieux, (entendez par là les pluies !) et puis Dieu va séparer la terre et la mer. Et quand il créera les plantes, et ce sera la même chose pour les animaux, il les crée chacun selon leur espèce, chaque arbre selon son espèce. Par conséquent, Dieu crée non pas un "magma" informe où tout se vaudrait, où tout serait semblable en vrac, mais Dieu crée un univers où chaque chose est pleinement elle-même dans sa différence. Ainsi l'unité et la différence ne sont pas contradictoires, l'unité n'est pas l'uniformité. La seule forme d'unité n'est pas que nous soyons tous pareils, au contraire, l'unité est d'autant plus riche d'autant plus profonde que nous sommes chacun nous-mêmes, chacun allant jusqu'au bout de son être, de sa différence, de sa personnalité et de sa particularité, enrichissant par là-même l'unité qu'il constitue avec les autres dans un même amour fraternel.

Si la diversité est cause de divisions, si elle est cause d'oppositions, elle devient perverse, mais si la diversité permet la complémentarité, si elle permet la découverte, l'enrichissement, si elle nous ouvre à des perspectives plus vastes que celle que nous trouverions en nous seuls, alors cette diversité est comme une sorte de démultiplication de l'unité. Je crois ainsi que l'unité de l'Église c'est très exactement cela. Jésus n'a jamais voulu d'une Église où nous serions tous pareils, et saint Paul l'a très bien dit : si l'œil disait à l'oreille, tu ne fais pas partie du corps puisque que tu n'y vois pas, est-ce que l'oreille ne ferait pas pour autant partie du corps, et si le pied disait à la main, tu ne fais pas partie du corps parce que tu ne sais pas marcher, qui tiendrait les outils, qui étreindrait son frère, sinon les mains ? Par conséquent, que nous soyons les uns comme des mains, les autres comme pieds, ou des oreilles ou des yeux, loin de compromettre l'unité, cela au contraire la constitue. Il n'y aurait pas de corps, il n'y aurait pas d'unité organique du corps, s'il n'y avait pas des yeux, des oreilles, des pieds et des mains, pour pouvoir accomplir toutes les opérations de ce corps dans sa plénitude et dans sa richesse.

Donc, Dieu a voulu que nous soyons "un" en étant chacun nous-mêmes, et plus nous serons pleinement nous-mêmes, plus nous serons "un" avec nos frères. C'est donc en allant jusqu'au bout de notre foi, de notre grâce, de notre histoire, de ce don que Dieu nous a fait à travers les siècles qui nous ont précédés, de choses dont certaine sont apparemment bonnes et d'autres moins bonnes, c'est en essayant de découvrir la grâce de Dieu à travers tout cela, que nous pouvons construire une unité vraie avec nos frères, non pas en leur disant : soyez en tout semblables à nous, ou en nous disant que nous allons nous faire en tout semblables à eux, pire encore en fabriquant un espèce de robot intermédiaire qui serait le prototype de ce que nous devons tous être, mais en étant pleinement nous-mêmes, dans la fidélité au jaillissement créateur de Dieu. Ce qui nous permettra de retrouver par-delà les erreurs, les fautes, les péchés, de retrouver l'originalité profonde que Dieu a voulue pour chacun d'entre nous afin qu'en nous unissant comme des frères nous construisions la totalité, la plénitude de l'Église de Dieu.

 

AMEN


 

 
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