AU FIL DES HOMELIES

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ET DIEU VIT QUE CELA ÉTAIT BON

Gn 1, 14-25

Vigile

(31 décembre 2005)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Le Dourdou à Camarès

E

t Dieu vit que cela était bon ..." Frères et sœurs, vous l'avez entendu tout à l'heure, la lecture de ce jour nous invite à reprendre ce vieux récit de la Genèse qui est une sorte de grand poème, de grande louange à Dieu pour ce qu'il a créé. Et ce poème qui est écrit en six strophes, les six jours de la création, qui évoque tout ce qui existe, tout ce qui vit, le monde, les astres, la terre, le ciel, ce poème a comme refrain cette phrase toute simple que nous entendons presque machinalement, sans presque y faire attention : "Et Dieu vit que cela était bon ..."

En fait, si on y réfléchit, on a du mal à croire à cette phrase. Pourquoi ? parce qu'il me semble que surtout ces temps-ci il y a comme une sorte de défiance vis-à-vis de la bonté de la création. Je ne parle pas simplement du fait que nous ayons été les témoins et les victimes dans beaucoup d'endroits des tornades qui ravagent les arbres et les forêts, et qui provoquent des accidents mortels. Je ne parle non plus de cette manière dont à certains moments nous exploitons la création avec les compagnies pétrolières en mazoutant tous les oiseaux de la côte bretonne, mais plus profondément, il y a en nous quelque chose qui résiste à la bonté de la création. Et ce quelque chose qui résiste à la bonté de la création, c'est ce mal dont elle est le théâtre. Ces haines et ces violences qui se déchaînent entre les hommes, une espèce de violence qui vient dans la nature elle-même dans le monde lui-même, et puis finalement, terrible, ce moment de la mort qui est là comme pesant sur tout ce qui est créé. Comme si ce monde était voué à la mort.

On sait que les étoiles s'éteindront, on espère le plus tard possible, dans des millions ou des milliards d'années, on sait que ce monde va vers sa mort, on le sait maintenant, pas simplement instinctivement, mais de façon scientifique, et cela crée en nous une sorte de doute assez subtil mais tenace : "est-ce que vraiment, la création est bonne ?" Tout cela est confirmé par notre expérience, la mort de nos proches, je pense à Laurence, et à tous ceux et celle que nous aimons et qui sont entrés dans la mort. Ils faisaient partie de la création, ils étaient avec nous, ils partageaient avec nous un certain bonheur de vivre, ou même des moments difficiles, mais peu importe, et tout d'un coup, ils sont comme arrachés, la mort vient frapper, jeter une sorte de voile obscur sur la création.

C'est là qu'il faut changer notre regard. Non pas un regard naïf qui dit : "Au fond, tout est beau, tout est merveilleux, les couchers de soleil sur les montagnes, et l'eau qui coule si fraîche, si pure, etc..." cette espèce d'admiration naïve du cosmos dont on a un peu déchanté, mais revenir à la lettre même de la Parole de Dieu : "Et Dieu vit que cela était bon". Croire, on ne peut pas faire autrement, croire que là où notre regard se brouille, de larmes, de souffrances, de doutes, croire que là Dieu est encore capable de voir du bon, de la bonté. Il n'y a pas d'autre moyen d'être chrétien.

Etre chrétien, c'est finalement, à sa racine, croire que le regard de Dieu sur ce monde y voit du bien, là où la plupart du temps, par lassitude, par complicité, par faiblesse, nous ne voyons que du mal. C'est ça notre espérance, mais ce n'est pas facile. Il faut convertir notre regard, mais c'est le cœur même de tout, c'est pour cette raison que la Bible commence par ce texte. La Bible commence par ce refrain, et elle n'en démord pas. Et notre existence commence par là, on sait la joie de la naissance, et je crois qu'il y a là une sorte d'analogie profonde entre le moment où Dieu voit le monde arriver à son existence, et le regard au moment de sa naissance : "et les parents virent que leur enfant était bon, qu'il était fait pour le bien et pour le bonheur !".

Simplement, là où le regard est impuissant, incapable d'assurer, de donner pleinement ce qu'on voudrait, une sorte de sécurité absolue de bien, ce que nous croyons, c'est que Dieu est capable de faire resplendir cette bonté qui est au cœur de tout être parce qu'il existe et parce qu'il est créé par Dieu, même au cœur de sa souffrance, de son existence et de sa mort.

C'est vrai que c'est quelque chose de très difficile à croire, c'est vrai que c'est quelque chose qui nous provoque jour après jour, chaque fois que nous sommes confrontés à la souffrance d'autrui, à notre souffrance, à la mort d'autrui et à notre propre mort. Mais c'est vrai aussi que l'essentiel, le cœur même de la foi chrétienne c'est de croire que ce que nous voyons, ce que nous comprenons du monde n'est encore que partiel, et que c'est Dieu qui par son regard a le dernier mot sur tout ce qu'il y a dans ce monde. Et de même que son premier mot a été de constater que tout cela était bon, je crois que pour chacun d'entre nous, je crois que le dernier mot de Dieu, ce sera la bonté du cœur qu'il voit au fond de nous au moment où nous venons en sa Présence.

 

AMEN


 

 
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