AU FIL DES HOMELIES

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L'ENFANT GRANDISSAIT

1 Jn 2, 18.22-28 ; Lc 2, 33-40
6ème jour dans l'octave de Noël (31 décembre 1988)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

L

'évangile nous invite à terminer l'année avec ce que l'on a appelé improprement "les années obscures de Jésus". Obscures si c'est une fa­çon d'exprimer la sobriété de l'évangile puisque deux versets vont suffire à résumer trente ans de vie cachée à Nazareth. Peut-être vaudrait-il mieux parler de vie lumineuse, mais de fait dans le secret. Comme si, jour après jour, rien ne pouvait se dire que ce que le Fils a connu dans son apprentissage d'homme. Il a grandi c'est-à-dire qu'il a acquis, qu'il a emprunté à l'exté­rieur ce dont il avait besoin pour devenir l'homme qu'il sera.

Grandir, acquérir, croître cela veut dire rece­voir de ce qui nous entoure ce dont nous avons besoin pour être quelqu'un d'autre, plus grand. C'est aussi le chemin qu'a pris le Christ, dans son enfance et dans sa jeunesse. Il a appris, auprès des hommes, à être un homme parmi les hommes. Il a appris la langue, il a appris à reconnaître le mal et le bien. Une seule chose cependant le distingue de nous, une chose dont nous pourrions faire notre souhait de fin d'année. Le Christ Jésus, dans son enfance, n'a pas dû s'habituer à la médiocrité, au mal, au péché, au mensonge, à la ca­lomnie, à tout ce que les enfants savent faire les uns avec les autres et ce que nous savons faire aussi. Et lorsqu'on lit l'évangile, après ces trente années ca­chées, on découvre la même spontanéité dans le cœur de cet homme qui se met en colère qui est comme neuf à chaque situation, qui retrouve une compassion nouvelle et profonde devant la foi du centurion, de­vant un enfant malade. C'est une façon de nous dire que, tout au long de ces trente ans, Il ne s'est jamais habitué à ce que les choses aillent mal, à ce que les choses tournent mal.

Alors, en cette fin d'année, où il est coutume de compter à la fois les peines et les joies de l'an écoulé, où il est coutume de faire le bilan de nos bles­sures ou de nos croissances, essayons de ne pas nous projeter dans l'avenir en disant avec crainte : "A quoi ressemblera l'année par rapport à celle-ci ?" mais d'avancer dans la noblesse même du Fils de l'Homme qui avançait jour après jour, sans savoir ce qu'était le terme de sa vie. Car rien, dans ces années cachées, ne fait pour l'instant figure de mort ou de passion. Même si la façon dont le Fils de l'Homme, en ce qu'il vit à Nazareth avec ses parents, suppose déjà cette naïveté profonde, cet amour total qui se heurtera à la haine et au mensonge des hommes, il avançait d'un pas sûr, prêchant l'évangile, annonçant la proximité du royaume, ne sachant pas ce que serait son lendemain, car comment pouvait-il prévoir que les hommes et les femmes qui l'entouraient réagiraient à son message ? Ces années cachées ouvrent la porte sur une noblesse, sur le fait de ne pas savoir ce que sera notre lende­main mais d'avancer avec confiance.

Alors balayons cette peur qui gît tout au fond du cœur de l'homme, qui gît au fond de nous, et lais­sons-la doubler par une autre espérance, celle de Ce­lui qui nous a précédés qui avançait, jour après jour, sans savoir ce que serait son lendemain, mais offrant son cœur toujours ouvert, cette compassion toujours nouvelle aux situations, aux hommes et aux femmes qui l'entouraient. En parlant de Jésus, un théologien, Urs Von Balthazar, dit : "Jésus est un homme authen­tique. Et la noblesse inaliénable de l'homme est de pouvoir, de devoir même projeter librement le dessein de son existence dans un avenir qu'il ignore. Si cet homme est un croyant, l'avenir dans lequel il se jette et se projette c'est Dieu dans sa liberté et son immen­sité. Priver Jésus de cette chance et le faire avancer vers un but connu d'avance, cela voudrait dire le dé­pouiller de sa dignité d'homme. Il faut que le mot de Marc soit authentique : "Nul ne connaît son heure, pas même le Fils."

Ainsi, frères et sœurs, dans cette porte ou­verte, pleine de noblesse et de dignité, que le Fils de l'Homme vient d'ouvrir pour nous, avançons à grands pas et avec fermeté, dans la foi que nous donne Dieu.

 

 

AMEN

 

 

 
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